Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 17:44

Les amibes ne laissent pas de fossiles. Elles n’ont pas d’os. (Pas de dents, pas de boucle de ceinture, pas d’anneau nuptial.) Il est par conséquent impossible de déterminer depuis quand les amibes sont sur terre.
Il est tout à fait possible qu’elles soient là depuis le lever de rideau. Il se peut même que les amibes aient dominé la scène au début du premier acte. Mais d’un autre côté, elles peuvent n’être apparues que trois ans – ou trois jours ou trois minutes – avant leur découverte par Anton van Leeuwenhoek en 1674. On ne peut prouver ni l’un ni l’autre.
Il y a cependant une chose certaine : étant donné que les amibes se reproduisent par division indirecte et ininterrompue, transmet - tant tout sans toutefois rien abandonner, la première amibe apparue vit encore. Qu’elle ait quatre milliards ou seulement trois cents ans, elle est parmi nous aujourd’hui.
Où ?
Ma foi, la première amibe est peut-être en train de faire la planche dans une piscine de luxe à Hollywood, Californie. La pre - mière amibe se cache peut-être parmi les racines de massette et les mirettes des hauts-fonds vaseux du lac Siwash. La première amibe a peut-être coulé récemment le long de votre jambe. On spéculerait en vain.
La première amibe, comme la dernière et l’après-dernière, est ici, là et partout, car son véhicule, son milieu de vie et son essence est l’eau.
L’eau – l’as des éléments. L’eau plonge des nuages sans parachute, sans ailes ou sans filet de sécurité. L’eau enjambe le précipice le plus escarpé sans sourciller. L’eau est enterrée mais resurgit de terre ; l’eau marche sur le feu et c’est le feu qui attrape des ampoules. De composition stylée dans toute situation – solide, gazeuse ou liquide –, s’exprimant en des dialectes compris de tous – animaux, végétaux ou minéraux –, l’eau voyage intrépidement à travers les quatre dimensions, capable tout à la fois d’entretenir (frappez une laitue dans un champ et elle hurlera “Eau !”), de détruire (rappelezvous le jour où le mont Ararat a failli perdre pied) et de créer (on a été jusqu’à avancer que l’eau avait inventé les êtres humains comme dispositif pour se transporter d’un endroit à un autre, mais c’est une autre histoire). Toujours en mouvement, coulant perpétuellement (que ce soit à la vitesse de la vapeur sous pression ou à celle des glaciers), rythmée, dynamique, douée d’ubiquité, changeante et modelant ses changements, mathématiques bride lâchée, philoso - phie dans tous ses états – l’odyssée continue de l’eau est virtuelle - ment irrésistible. Et où que l’eau aille, les amibes sont du voyage. Sissy Hankshaw apprit un jour à une perruche à faire de l’autostop. Mais elle pourrait toujours repasser pour apprendre à une amibe quoi que ce soit sur ce sujet.
Pour sa compétence dans ses pérégrinations aussi bien que pour sa résolution quasi parfaite des tensions sexuelles, l’amibe (et non la grue) est par la présente préface proclamée mascotte officielle de Même les cow-girls ont du vague à l’âme.
Et à la première amibe, où qu’elle se trouve, Même les cow-girls ont du vague à l’âme voudrait souhaiter un bon anniversaire. Bon anniversaire, amibe !
Bienvenue au Ranch de la Rose de Caoutchouc
Ce sont les plus jolies toilettes extérieures des deux Dakotas réunis.
On ne saurait faire moins.
Araignées, souris, courants d’air froids, picots de bois, épis de maïs et puanteurs coutumières ne sont pas considérés ici comme de bonne compagnie. Les filles ont rénové et décoré elles-mêmes le petit coin. Mousse de plastique, pots de fleurs, deux gravures de Georgia O’Keeffe (sa période crânes de vache), tapis duveteux, plaques d’isolation bon marché, cendriers, porte-encens, papier tuemouche, et une photographie de Dale Evans qui soulève quelques controverses. Il y a même une radio dans ces toilettes, bien que la seule station radiophonique de la région ne joue que des polkas. Bien entendu, le ranch dispose de waters intérieurs, de toilettes automatiques dans des salles d’eau normales, mais elles avaient été bouchées pendant la révolution et personne ne les avait débouchées depuis. La plomberie n’était pas le fort des filles. Le déboucheur le plus proche était à cinquante kilomètres. Et il n’existait nulle part de déboucheuse, pour autant qu’elles le savaient.
Jelly est assise dans les toilettes. Elle y est assise depuis plus long - temps que nécessaire. La porte est grande ouverte et laisse entrer le ciel. Ou plutôt, un bout de ciel car par un jour d’été dans le Dakota, le ciel est sacrément grand. Sacrément grand et sacré ment bleu, et aujourd’hui il y a à peine un nuage. Ce qui semble être une mèche de nuage n’est en fait que la lune, étroite et pâle comme une rognure d’ongle d’orteil d’un bonhomme de neige. La radio diffuse La Polka du dollar d’argent.
À quoi pense la jeune Jelly, dans cette pose pensive ? Difficile à dire. Elle pense probablement aux oiseaux. Non, pas à ces corneilles qui viennent de passer en haïkalant, mais aux oiseaux qu’elle et ses camarades sont en train d’enjôler là-bas, au bord du lac. Ces oiseaux donnent de quoi penser, c’est sûr. Mais peut-être qu’elle pense au Chinetoque et se demande ce que fabrique ce vieux fou à présent, tout là-bas sur sa crête. Peut-être qu’elle pense aux finances ran - chiennes et se creuse la tête pour savoir comme elle va joindre les deux bouts. Il est même possible qu’elle soit en train de méditer quelque problème métaphysique, car le Chinetoque lui a plus d’une fois soumis des données philosophiques, au petit bonheur de la citrouille cosmique. Si cela est peu probable, il est encore moins pro - bable qu’elle songe à la situation internationale – désespérée, comme d’habitude. Et apparemment, elle n’a pas la tête aux amourettes ou à quelque autre roucoulade romantique, car, bien que culotte et jeans soient descendus à ses pieds, ses doigts tambourinent sèchement sur le dôme de ses genoux. Peut-être que Jelly réfléchit à ce qu’il y a pour dîner.
Mais d’un autre côté, Bonanza Jellybean, patronne du ranch, se contente peut-être de contempler les choses. De passer en revue les corrals, les étables, le dortoir, la pompe, ce qui reste du sauna, les ruines du salon d’amaigrissement, la saulaie et les peupliers, le jardin où Delores a taquiné un serpent à sonnettes lundi dernier, le monceau de séchoirs à cheveux qui continuent à rouiller parmi les tournesols, la poussinière, les herbes sauvages, la camionnette à peyotl, les buttes et canyons lointains, le ciel plein de bleu. Le temps est chaud mais il y a de la brise aujourd’hui, et c’est doux de la sentir remonter par vagues le long de ses cuisses nues. Ça sent la sauge et ça embaume la rose. Ça vibre de mouches et d’échos de polka. Plus loin, les chevaux bougonnent ; elle entend les chèvres au pacage et l’écho faible et lointain des filles qui gardent la bande. La bande des oiseaux.
Un coq s’éclaircit les sinus. Il fait du bruit mais absolument rien à côté de ce que peuvent faire ces oiseaux si les gardiennes ne les font pas tenir tranquilles. Et elles ont intérêt !
Toujours sur son trône, Jelly concentre son regard rêveur sur le coq.
— Un jour, dit-elle au siège vide voisin, si cette Sissy Hankshaw se repointe jamais par ici, je lui apprendrai à hypnotiser un poulet. Les poulets sont les créatures de la terre les plus faciles à hypnotiser. Si vous êtes capable de fixer un poulet dans les yeux pendant dix secondes, il est à votre merci à tout jamais.
Elle remonte son pantalon, met son fusil à l’épaule et va d’un pas tranquille relever la garde au portail.
Bienvenue à la Rose de Caoutchouc. Le plus grand ranch de femmes de l’Ouest.

Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 17:39

Un chiffre, un numéro minéralogique, semble contenir toutes les peurs, tous les fantasmes liés à la banlieue, à l’insécurité et à l’islam qui inquiète : 93, la Seine-Saint-Denis. Après une enquête d’un an à Clichy-sous-Bois et Montfermeil (encadré ci-dessous), Gilles Kepel achève, avec Quatre-vingt-treize, un cycle de réflexion sur l’islam en France entamé avec Les Banlieues de l’islam en 1987. Le titre peut être lu comme une allusion à Victor Hugo, mais c’est davantage le lieu choisi (l’auberge des Thénardier se trouve à Montfermeil dans Les Misérables), qui fait le lien entre la modernité naissante du XIXe siècle et la réalité de ce début de XXIe siècle.

Revenant sur l’évolution de l’islam en France depuis trente ans, G. Kepel clarifie à la fois le rôle d’événements marquants pour les musulmans en France et la position des nombreux acteurs, des courants, des idéologies qui interagissent en permanence à l’occasion de débats résonnant dans la société française en son entier. Ce faisant, il met également au jour les stra­tégies à l’œuvre, dans un domaine où les calculs électoraux se mêlent aux visées fondamentalistes afin de contrôler une population musulmane qui n’en demande pas tant. L’histoire de l’islam en France a connu trois âges successifs, selon G. Kepel : l’« islam des darons » (des pères), l’« islam des Frères » et l’« islam des jeunes ». L’islam des darons est « un islam de soumission et de paix sociale » ; un islam en France plutôt qu’un islam de France, puisqu’alors l’Hexagone n’était qu’un lieu de passage avant le retour en terre d’Islam.


Deux événements vont venir perturber cette vision de la religion : la guerre israélo-arabe d’octobre 1973 puis la révolution iranienne de 1979. La hausse des prix du pétrole, son impact sur l’économie et l’installation d’un fort chômage structurel ont conduit les musulmans à se sédentariser définitivement et à faire venir leurs familles par le biais du regroupement familial. La tutelle traditionnellement exercée jusque-là par l’Algérie et le Maroc sur les musulmans en France se vit alors concurrencée par celle des pétromonarchies du Golfe soudainement enrichies. Et porteuses d’une vision plus impérative de l’islam.


La fin des années 1980 voit la fin du communisme et le déclin des solidarités ouvrières dans les banlieues. Parallèlement, l’extrême droite s’installait sur l’échiquier politique et l’accent était mis sur le thème de l’immigra­tion. L’État français cherchait de son côté à institutionnaliser l’islam de France : il y eut le Comité de réflexion sur l’islam de France (Corif) de Pierre Joxe, puis le Conseil représentatif des musulmans de France (CRMF) de Charles Pasqua, la Consul­tation de Jean-Pierre Chevènement, et enfin le Conseil français du culte musulman (CFCM) mis en place par Nicolas Sarkozy.


L’islam des Frères, c’est celui qui s’organise sous l’influence des Frères musulmans, mouvement né en Égypte dans les années 1920. À travers l’UOIF (Union des organisations islamiques de France), mais également par la voix de Tariq Ramadan, l’islam des Frères a notamment mené le combat pour le port du voile à l’école. Mais ses dirigeants, étudiants venus du bled, se trouvèrent progressivement en porte-à-faux vis-à-vis de la génération suivante, celle des musulmans nés, élevés et socialisés en France. Pour ces derniers, l’alliance avec l’extrême gauche, favorisée par un antisionisme commun, sembla plus profitable. La loi sur l’interdiction du port du voile en 2004, puis les émeutes d’octobre 2005 ont conduit les jeunes musulmans à s’inscrire massivement sur les listes électorales, rompant ainsi avec la stratégie des Frères. Il ne s’agissait plus de dépendre d’un organisme (le CFCM) selon eux trop proche du pouvoir, mais de constituer une force politique dans le jeu des élections locales. Cependant, comme l’écrit G. Kepel, « la traduction de la participation religieuse en action politique unifiée ne va pas de soi, et la pluralité du champ islamique, la concurrence entre associations, mosquées et prédicateurs, rend ce processus plus compliqué que le pensent ceux qui l’abordent sans grande expérience préalable. »

Selon l’auteur, la menace du repli identitaire est à prendre au sérieux. Alors que leurs aînés vivaient leur foi selon le modèle du mouvement Tabligh, courant piétiste né en Inde mais peu adapté à des jeunes scolarisés, un nouveau courant s’implante peu à peu en France : le salafisme. Celui-ci ne vise pas à l’implantation d’un islam de France mais préconise au contraire de quitter le lieu de mécréance qu’est un pays non musulman. Soumis aux oulémas (les clercs religieux saoudiens), ses adeptes adoptent une tenue vestimentaire et un mode de vie qui doit les prémunir contre les souil­lures d’une société d’infidèles. Bien que ses membres se déclarent apolitiques pour la plupart, ils ont participé aux polémiques autour du niqab (voile intégral). Mais le rigorisme de leur foi, la difficulté à émigrer en terre d’Islam, de même que leur refus de s’intégrer dans la société française les conduisent à une situation de rupture culturelle, entretenue par la fréquentation assidue des portails de propagande islamiste du Net. Média récent, Internet joue en effet un rôle primordial dans l’exacerbation identitaire, les sites et blogs des extrémismes de tout bord entretenant rumeurs et polémiques. « La société du spectacle cybernétique représente l’espace privilégié de déploiement des mouvements identitaires de tout poil, s’y prêtant d’autant mieux que le support visuel favorise la décontextualisation sociale des identités et leur réification. »

Différents mouvements apparus ces dernières années (Forsane Alizza par exemple), certa­ins tribuns incitant à l’affrontement contre l’État et ses institutions accentuent encore l’exacerbation de l’identité islamique et conduisent à des cloisonnements qui fragilisent la société civile. Et G. Kepel de conclure : « De l’islam à la race en passant par la “souche”, se mettent en place des discours populistes qui ont tous en commun de réduire la réalité de la société à des positions figées qui flattent la rhétorique de mouvements qui ont perdu pied avec le monde réel. Ils représentent le défi de la désintégration de la société – à laquelle ne peut répondre qu’une politique résolue d’intégration. »

Thierry Jobard

http://www.scienceshumaines.com/la-diversite-de-l-islam-en-france_fr_28941.html

Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 17:32

http://www.metier-prof.org/2010/03/iufm-midi-pyrenees-12-mars-mobilisation.html

Pouvez-vous imaginer un jeune chirurgien avec un bistouri entre les mains à qui on demanderait d'opérer un patient alors que jamais il n'a mené une opération de A à Z ? Pourtant, c'est bien dans une situation analogue que se retrouvent aujourd'hui les nouveaux professeurs certifiés. En effet, une fois leurs épreuves théoriques passées, ils avaient, cette année, pour apprendre le métier, à faire face à plusieurs classes (souvent de plus de 30 élèves) pendant 18 heures par semaine, le tout en trois ou quatre jours.

Pour les accompagner, une formation hebdomadaire pendant laquelle ils prenaient du retard sur leurs préparations de cours et corrections de copies. Inconsistants, les jeunes profs produisaient des cours fragiles et des prestations peu convaincantes. Les élèves n'y gagnaient guère et en étaient bien conscients. A la question : "Que pensez-vous de la formation actuelle des professeurs?", un lycéen répondait : "Si les profs sont mal formés, c'est nous qui en subirons les conséquences".

Intéresser les élèves, faire vivre un cours en s'appuyant sur l'énergie d'adolescents nécessite non seulement une formation à la hauteur de l'enjeu mais aussi de ne pas détruire, à peine sortis des concours, l'envie, le dynamisme, la singularité des professeurs qui devront petit à petit ajuster leurs forces aux réalités d'un métier qui requiert bienveillance, modestie, travail, patience et inventivité. Nous sommes convaincus que professeurs et élèves méritent mieux que cette année de stage inique à plein-temps, qui met immédiatement en situation de responsabilité des certifiés débutants sans les y préparer.

Parce qu'il paraît évident que le métier d'enseignant ne s'improvise pas, qu'il ne suffit pas seulement de créer 60 000 postes supplémentaires dans l'éducation nationale pour améliorer la réussite scolaire, nous vous appelons, monsieur le ministre, à instaurer après la réussite du concours, une formation annuelle alternée, modulable selon les besoins de chacun et la diversité des élèves et des établissements que nous aurons à rencontrer. Est-il en effet absurde d'imaginer une formation qui permettent aux professeurs débutants, majoritairement affectés en Zone urbaine sensible (ZUS), d'appréhender une réalité sociale à laquelle ils ne sont pas toujours familiers et qui bien trop souvent leur échappe. N'est-il pas nécessaire de penser une préparation où nous pourrions apprendre à connaître nos futurs élèves, leur rapport à l'école, leurs attentes et leurs besoins ? Penser, appréhender et vivre cette pluralité scolaire nous semble nécessaire pour donner un maximum de chances aux jeunes professeurs et à leurs futurs élèves dans leur réussite scolaire.

De même, nous pensons qu'il est indispensable d'être accompagné au début de notre carrière, c'est-à-dire de bénéficier d'une formation où nous passerions progressivement, sous la supervision de plusieurs enseignants chevronnés, de l'observation à la pratique accompagnée, puis à l'autonomie dans la conduite d'une classe. Enfin il nous semble important dès notre formation initiale d'apprendre à travailler ensemble car même si nous enseignerons des matières très différentes, nous ferons tous le même métier. Des cours et des projets transversaux au sein d'une école dédiée, nous apparaîtrait alors comme le meilleur moyen de garantir un apprentissage partagé et de développer l'interdisciplinarité.

A l'aube d'un nouveau quinquennat présidentiel placé sous le thème de la jeunesse et de la réussite scolaire, nous vous demandons, monsieur le ministre, de passer des promesses aux actes, afin que les jeunes professeurs que nous serons demain puissent réellement être en capacité d'apprendre leur métier et de mener à bien leur mission d'enseignant. De vous, monsieur le ministre, nous espérons beaucoup, mais ces attentes sont à la mesure du désarroi qui fut celui de nos prédécesseurs. De vous, monsieur le ministre, nous attendons du changement, maintenant.
Des étudiants en master préparant le CAPES à l'Université de Paris 8 et à l'U-PEC

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/29/education-nationale-pour-une-formation-annuelle-alternee-et-modulable_1708587_3232.html

Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 17:18

http://www.a2l.asso.fr/peinture.html

Parmi les rapports de l’Inspection Générale tenus secret par le ministère précédent, les deux cents pages du rapport sur la maternelle proposent un constat sans concession et réclament des ambitions urgentes.
On comprend vite pourquoi ce rapport n’est publié qu’aujourd’hui, alors qu’il est daté d’octobre 2011. Ce sont « les enfants les plus défavorisés, les plus vulnérables, qui ont le plus à pâtir d’exigences prématurées ». C’est à partir de ce diagnostic, à la fois sévère et exigeant que le récent rapport des inspections générales invite à une profonde transformation de l’école maternelle, à une « remobilisation » devant les doutes actuels sur l’avenir de la maternelle, renforcés par le manque de pilotage. Avec un leitmotiv à la clé : les enseignants ont besoin de formation professionnelle adaptée, clé de la qualité. Avec l’appui sur «une formation hybride avec les professionnels de la petite enfance » qui est « une chance plus qu’un danger », notamment en réactivant le « protocole d’accord Petite Enfance » qui donnait des pistes pour un partenariat de qualité. 
Pour cela, explique le rapport, il faut inverser la logique actuelle, et partir du développement de l’enfant, et pas des objectifs de l’élémentaire, en renforçant la professionnalité et développant les partenariats dans le cadre d’une politique publique de la petite enfance. Pour que chaque enfant puisse « devenir élève », c’est à dire entrer dans un processus d’apprentissage scolaire, il faut accepter qu’il ne le soit pas encore, et créer les conditions adéquates : faire observer, imiter, répéter, imaginer, chercher des réponses, jouer… 
Il invite aussi à améliorer l’aménagement et l’équipement des classes, pour limiter l’occupationnel, permettre des rythmes plus différenciés entre les tout-petits et les grands. Il remet même en cause les excès de la « forme scolaire » et demande une transition entre les différents systèmes de prise en charge : classe passerelle plus proche des structures de la petite enfance, et grande section permettant de se rapprocher progressivement de la « salle de classe ». 
Le rapport n’est pas avare d’exigences paradoxales, notamment lorsqu’il demande de concilier « pédagogie de l’encouragement » et de fixer des buts individuels à partir d’évaluations périodiques. Il demande cependant de considérer les écarts de performance comme des différences, pas comme des signes de difficulté précoce. Notons au passage qu’on y lit en creux une critique des risques de dérives de l’évaluation normative ou déficitaire que le gouvernement précédent a tenté de mettre en œuvre. 
Pour y parvenir, le rapport invite le ministère à préciser les objectifs de compétences en matière de développement du langage oral (priorité des priorités, en production et en compréhension…) et dans le domaine numérique, en associant « spécialistes reconnus » et « praticiens experts ». Il insiste pour mettre les moyens nécessaires sur les territoires de l’Education Prioritaire, là où les apports de l’Ecole en matière de langage peuvent être décisifs.
A l’opposé des discours simplificateurs qui dévalorisaient l’importance de l’école maternelle, ce rapport est à l’image de ses auteurs principaux : exigeant et engagé, souhaitant sortir des renoncements et fixer des objectifs ambitieux. Mais pour qu’il devienne un levier pour que l’école joue davantage son rôle dans la réduction des inégalités, il faudrait plusieurs révolutions mentales :
-           d’abord, investir dans la production de recherches sur les savoirs et l’enseignement en maternelle, mais aussi dans la formation de formateurs pour qu’effectivement, les connaissances disponibles se renforcent et se diffusent, entre les universitaires et les formateurs, autant ceux de la formation initiale que de la formation continue,
-           mais aussi développer le pilotage, à tous les niveaux, permettant au système éducatif de se mobiliser sur la petite enfance et la maternelle. Cela passe à la fois par la mise en place d’un véritable service public de la petite enfance, tel que réclamé par l’appel de Bobigny, mais aussi par une mobilisation des cadres de l’éducation nationale. Dans trop de rectorats, la maternelle est loin d’être une priorité des projets académiques, et l’investissement dans la formation de formateurs reste aléatoire. 

Mais maintenant que le diagnostic est sur la table, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas…

Marcel Brun 

Le rapport

 

http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2012/05/29052012Article634738723245560138.aspx

Par fjarraud , le mardi 29 mai 2012.
Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 07:23

80 000 enseignants et auxiliaires en moins depuis 2007, la formation des maîtres réduite au minimum, voire à moins que rien, la carte scolaire supprimée, l’infantilisation des évaluations nationales, sans jamais de véritable dialogue avec les enseignants. Sans autre réponse que le mépris du pouvoir. Les professeurs de maternelle qui « passent leur temps à changer des couches » de Xavier Darcos ou les dizaines de milliers de postes supprimés « sans problème » par Luc Chatel. Et la crise économique qui a placé les professeurs en première ligne face au malaise social grandissant. Et la chasse aux enfants de clandestins jusqu’aux portes du sanctuaire scolaire… Des cinq années de sarkozysme, l’école sort étrillée, humiliée et plus tout à fait sûre de son rôle dans la société.

Pour prendre le pouls de cet organisme épuisé par une idéologie caricaturale et un train de réformes menées à marche forcée, Mediapart a interrogé, avant l'élection présidentielle, plusieurs enseignants : Anaïs et Christophe qui se donnent « un an grand maximum » dans l’éducation ; Abdel, Blandine, Sophie, Michelle, professeurs précaires ; Claire et Sandy, en ZEP, qui s'accordent sur le diagnostic mais pas sur les remèdes ; Mélanie, enseignante isolée, ou Laurent qui raconte comment la réforme du lycée professionnel a favorisé le décrochage scolaire qu’elle devait résorber.

Prix : 3.00 € TTC

Cet eBook est disponible dans les formats suivants :

eBook pour smartphone et tablettes (iPhone, iPad et Android - format ePub)

eBook pour Kindle (format Mobi).

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