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PROF EN CAMPAGNE

Mardi 13 mars 2007
Animaux 
FB se présente souvent comme un grand défenseur de la laïcité. Mais qu'entend-il exactement par ce terme ?

La laïcité républicaine, du point de vue de FB, a pour avantage de renforcer les religions : « Elle donne à l'engagement religieux une authenticité personnelle qu'il n'y avait pas avant. » (8e rendez-vous de l'Histoire à Blois, 17 octobre 2005)
Pour lui, elle n'est pas neutralité, mais défense et protection des religions : « la laïcité ce n'est pas la neutralité, malgré les affirmation simples, de Renan par exemple. La laïcité, ce n'est pas un ensemble vide » ; « La laïcité dit " dans tout cela, il y a du sacré ". Pour nous, Français, on n'y touche pas. Exemples : juifs, shoah, races, etc. » (Audition par la Commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité, présidée par Bernard Stasi, 7 octobre 2003). Mais que recouvre exactement ce « etc. » ? Par exemple, faut-il « ne pas toucher » au voile pour les femmes ?
Sa position est donc tout sauf claire, comme le résume son attitude ambiguë à propos de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905 : « Un code de la laïcité est devenu nécessaire, un code qui reprenne de manière simplifiée et solennelle les textes qui fondent l'architecture juridique de notre laïcité et ont construit le compromis laïque. Je ne suis pas favorable à modifier l'arsenal juridique, notamment la loi de 1905. Si des adaptations doivent être trouvées, la rédaction d'un tel code le permettra. ». En résumé, il faut changer la loi, sans la changer, tout en la changeant !
Alors que la laïcité revient à ce que l'Etat ni ne soutienne, ni n'attaque les religions, FB regrette que l'Etat ne prenne pas en compte explicitement les religions, et envie le communautarisme religieux anglo-saxon : « Les sociétés anglo-saxonnes, par exemple, sont moins sensibles à ces sujets [la laïcité] que nous ne le sommes. C'est qu'elles ont dès l'origine intégré le communautarisme pluriel dans leur représentation d'elles-mêmes. » (Audition par la Commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité, présidée par Bernard Stasi, 7 octobre 2003).
 
F. Bayrou ne défend pas la laïcité républicaine, mais une version très personnelle de celle-ci, selon laquelle l'Etat doit prendre en compte et soutenir tous les cultes : « La laïcité n'est pas l'ennemi de la conviction religieuse, mais la prise en compte de toutes » (discours pour le vote d'abstention du groupe UDF le 10 février 2004, pour la loi sur le voile).

Une ambiguïté qui se traduit dans ses actes

Le ministre de la loi Falloux

Alors qu'il est ministre de l'Education nationale en 1993, FB tente de réformer la loi Falloux sur le financement de l'enseignement privé. Son projet propose de permettre aux collectivités locales de financer sans restriction la construction et l'entretien des établissements d'enseignement privé.

S'ensuivit une mobilisation nationale, et même l'intervention du Conseil constitutionnel, qui censure le projet de loi, en particulier parce qu'il « contrevient au principe de la laïcité de la République posé par l'article 2 de la Constitution et méconnaît le devoir de l'Etat concernant l'organisation de l'enseignement public, gratuit et laïque à tous les degrés imposé par le Préambule de la Constitution de 1946 » (Décision n° 93-329 DC du 13 janvier 1994).
 
L'opposant à la loi sur le voile

Se protégeant derrière la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, FB ainsi que certains députés UDF ont refusé de voter la « loi sur le voile » en 2004, qui visait à défendre la laïcité à l'école en y interdisant le port de signes religieux ostensibles.

FB explique le 3 février 2004 : « sauf à démontrer que le port d'un insigne religieux est nuisible à la société, nul n'a le droit de l'interdire ».
 
Le défenseur de l'enseignement catholique

FB déclare dans un discours du 25 janvier 2007 à Orléans : « Personne ne peut soupçonner en moi un ennemi de l'enseignement privé. J'ai pris suffisamment de risques pour être objectif et compréhensif en la matière pour pouvoir prétendre que je suis partisan de la liberté de l'enseignement. »
Pour comprendre la portée de ces propos, il faut se souvenir que, en France, 97% de l'enseignement privé est catholique
 
Le chrétien militant

FB n'hésite pas à mettre en avant ses croyances comme argument électoral :

« Je suis croyant, j'ai un attachement pour les religions et si j'avais été directeur d'un de ces journaux, je n'aurais pas publié (ces dessins). », déclare-t-il dans Libération le 8 février 2007, alors même qu'il prend la défense de Charlie Hebdo dans le procès des caricatures !
 
Comme toujours, François Bayrou joue la carte de l'ambiguïté, du « un coup à droite, un coup à gauche » pour tromper les Français et attirer à lui plus d'électeurs. Sa posture de défenseur de la laïcité est démentie par une lecture attentive de ses propos, et par ses actes. Sur ce sujet comme sur d'autres, sa stratégie revient à parer les idées de Nicolas Sarkozy avec les mots et les principes de Ségolène Royal et du PS.

par Chris publié dans : profencampagne
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Mardi 13 mars 2007
Humains 
 
20 minutes met ³l¹éducation au banc d¹essai² . Le journal propose une synthèse des programmes et des propositions des candidats pour l¹école. Celle-ci est utile car elle montre bien, en peu de mots, que lesproblématiques dégagées par les présidentiables divergent profondément selon
les objectifs. Rappelons aussi qu¹on peut avoir un tableau comparatif complet sur le thème de l¹éducation sur le site Votons.net
 
Les cinq grandes fédérations de l¹éducation - FSU, FERC-CGT, UNSA éducation,SGEN-CFDT et FAEN - appellent à une semaine de mobilisation, du 19 au 24 mars, dans tous les établissements sous « des formes diversifiées ».Plusieurs syndicats de l¹enseignement secondaire appellent par ailleurs à
une journée de grève, le 20 mars prochain, dans les collèges et lycées. En tête des revendications, toujours, la suppression drastique de moyens à la  rentrée prochaine
 
Dans le même temps, on apprend que le ministre de l¹Education Gilles de Robien a annoncé mardi à l¹AFP que 11.700 enseignants du second degré seront promus en catégorie "hors classe" ce qui signifie qu¹ils seront donc mieux rémunérés. il a annoncé aussi le doublement des indemnités des directeurs d¹école.
"Je comprends que les enseignants aient parfois du vague à l¹âme compte tenu que dans notre pays leur rémunération paraît modeste par rapport à leur mission et leur tâche", a t-il déclaré.
Cette distribution de dernière minute risque de ne pas suffire pour calmer l¹insatisfaction (je déteste le mot ³grogne² utilisé par les journalistes) des enseignants...
 
Peut être un motif de satisfaction... Claude Allègre, ancien ministre de l¹Éducation Nationale "ne votera pas Ségolène Royal".
On s¹en doutait depuis son interview au Figaro (voir la chronique de lundi) . Pourquoi le rappeler alors ?
 
Peut être pour l¹épitaphe prononcée par un des porte-parole de la candidate socialiste  : "Puisqu¹on nous dit depuis un moment que l¹on aurait des difficultés avec les enseignants, cette déclaration d¹Allègre est pour nous un vif soulagement et devrait permettre une réconciliation avec les enseignants", a déclaré M. Peillon, interrogé lors d¹un point de presse, tout en précisant qu¹il s¹exprimait "sur le ton de la blague".
 
Bonne Lecture...
 
 
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Pour lire le détail de cette revue de presse du mardi 13 mars 2007 et le
renvoi vers les articles
 
Allez sur
Ou
ars-2007.html>
 
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Philippe Watrelot (CRAP-Cahiers Pédagogiques)
 
 
ou
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Lundi 12 mars 2007
Fond d'écran - papel pintado - Wallpaper 
par Chris publié dans : profencampagne
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Lundi 12 mars 2007
La sublime Hélène Grimaud...la pianiste "aux loups"... La Chaconne in D minor BWV 1004 de Bach "arrangée" par Ferruccio Busoni
par Chris publié dans : profencampagne
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Lundi 12 mars 2007

Animaux 

• Le 20 septembre 1994, ce Ministre de l’Education Nationale adresse une circulaire aux chefs d’établissements. Il affirme, péremptoire : « On me saura gré d’avoir arrêté la montée de l’Islamisme en France ». En novembre 1994, la médiatrice de l’Education Nationale, Hanifa Chérifi, chiffre à 400 le nombre de jeunes filles voilées en France. En septembre 2003, elles sont 1465. Vous parlez d’une efficacité ! Il avait beau être parti depuis 1997, l’outil qu’il avait laissé était inutilisable. La loi du 15 mars 2004, texte sur lequel il s'est abstenu, a permis à la rentrée de septembre d’en recenser 639, avec seulement 72 cas non résolus au final et 47 exclusions (elles travaillent par correspondance).

Retrouvez vous le nom de ce Ponce Pilate qui laisse toutes les responsabilités aux chefs d’établissements ?

 

• La réforme dont il est le plus fier a été celle de l’Université avec pour ambitition une réorientation plus facile lors du premier semestre. Résultats : ces réorientations sont marginales. A quand un numérus clausus pour les filières qui n’ont pas de débouché ? Vous ne devinez toujours pas de qui il s‘agit ?

• Dernier indice: depuis, il dénonce les gouvernements qui n’ont rien changé depuis 25 ans. Il a raison mais certains Ministres sont plus à dénoncer que d’autres … Avec lui, c'est sûr, ça va stagner...

par Chris publié dans : profencampagne
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Lundi 12 mars 2007
Humains 
Par Thomas PIKETTY
 
Thomas Piketty est directeur d'études à l'EHESS.
      
 
 
François Bayrou incarne-t-il la synthèse idéale entre droite et gauche souhaitée par les Français, ou bien bénéficie-t-il, grâce au vide qui l'entoure, du nihilisme des électeurs face aux grands partis ? Pour se faire une idée, il n'est pas inutile de jeter un coup d'oeil aux programmes des différents candidats en matière scolaire, en principe domaine d'excellence du candidat centriste. D'autant que le clivage entre les deux principaux candidats est particulièrement fort sur ces questions.
Pour Nicolas Sarkozy, la cause est entendue : la mise en concurrence généralisée des écoles doit permettre de tirer par le haut l'ensemble du système éducatif. Il suffit en particulier de mettre fin à la carte scolaire, de supprimer les ZEP (zones d'éducation prioritaire) et de les remplacer «par rien». Le simple jeu de la concurrence entre écoles et collèges permettra alors d'augmenter la qualité de tous les établissements, chacun pouvant librement développer son projet pédagogique et trouver sa niche sur le marché scolaire.
 
A l'opposé, Ségolène Royal se contente d'évoquer une «révision de la carte scolaire pour supprimer les ghettos et assurer la mixité sociale». Surtout, elle propose, pour la première fois en France, la mise en place d'un véritable ciblage des moyens en faveur des écoles faisant face aux plus lourds handicaps. Son pacte présidentiel annonce ainsi qu'en ZEP les effectifs des classes de CP et de CE1 seront réduits à 17 élèves par classe, contre environ 22 élèves actuellement (et 23 élèves hors ZEP), soit une réduction significative de 5 élèves par classe, et une multiplication par 6 du ciblage des moyens. Cette mesure, qui concernerait l'ensemble des écoles classées en ZEP (environ 15 % des écoles, soit plus de 250 000 élèves par an en CP et CE1), et non pas une infime fraction d'entre elles (comme dans les expériences menées jusqu'ici), constitue la première tentative pour doter les écoles défavorisées de réels moyens supplémentaires.
 
Si on les confronte aux recherches les plus récentes en économie de l'éducation, ces deux visions opposées apparaissent inégalement convaincantes. En particulier, tout laisse à penser que les vertus de la concurrence, au niveau de l'enseignement primaire, sont limitées : à partir du moment où la collectivité nationale a convenu du programme de connaissances que tous les enfants doivent acquérir, les marges de différentiation entre écoles sont réduites. Elles sont un peu plus fortes au niveau du collège (choix de langues, etc.), tout en restant limitées. Sans compter que les innovations plébiscitées par les parents ne sont pas toujours souhaitables : dans les school boards américains, les parents ont parfois promu d'étranges réformes des programmes. De fait, les expériences de mise en concurrence des écoles primaires et des collèges à partir du système de vouchers (chèques-éducation que les parents donnent à l'école de leur choix) promu par l'administration Bush ont donné des résultats décevants en termes d'amélioration de la qualité du service éducatif et de performances scolaires.
 
En revanche, les coûts de la mise en concurrence peuvent être clairs et immédiats, en particulier pour les écoles défavorisées qui s'enfonceront davantage dans la ghettoïsation sociale. Il n'est guère réaliste d'imaginer que les modestes gains d'efficacité que l'on peut espérer tirer de la compétition généralisée entre écoles primaires sont de nature à compenser de tels handicaps. A contrario, les recherches les plus récentes suggèrent qu'une politique de ciblage des moyens en faveur des écoles défavorisées pourrait avoir des effets tangibles. La réduction de la taille des CP et des CE1 à 17 élèves en ZEP permettrait ainsi de réduire de près de 45 % l'inégalité entre ZEP et hors ZEP aux tests de mathématiques à l'entrée en CE2. Pour une mesure qui coûtera moins de 700 millions d'euros, le rendement apparaît excellent.
Il reste que ces deux visions antagonistes ont le mérite de la cohérence et de la clarté. Elles permettent de poser de vraies questions ­ jamais véritablement formulées dans le débat français. Insister sur les mérites de la concurrence en matière éducative est légitime et utile, même si c'est plutôt du côté de l'enseignement supérieur que les bénéfices sont à attendre. Introduire explicitement la question du ciblage des moyens entre écoles constitue une innovation majeure et permet de franchir une nouvelle étape dans le vieux débat égalité-équité mené en France depuis quinze ans, même si ce débat est loin d'être clos.
 
Face à ces deux visions cohérentes et antagonistes, que propose François Bayrou dans son programme ? Les objectifs affichés sont ambitieux : il s'agit de «diviser par deux l'échec scolaire et de multiplier par deux la réussite». Mais, quand on en arrive aux propositions concrètes et aux moyens de parvenir à ce résultat, le moins que l'on puisse dire est que l'on reste sur sa faim. Bayrou insiste surtout sur des questions de méthode (aucune réforme éducative ne peut être menée sans les enseignants et leurs organisations représentatives, etc.) et ne se prononce clairement ni sur la question de la concurrence scolaire ni sur celle des ZEP. Sur ce terrain, comme sur la plupart des grandes questions économiques et sociales du moment, le candidat centriste apparaît dans une posture «ni-ni», et non comme porteur d'une synthèse nouvelle.
par Chris publié dans : profencampagne
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Dimanche 11 mars 2007
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Dimanche 11 mars 2007
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Dimanche 11 mars 2007

Humains 

Les projets d'école et d'établissements claironnent tous pompeusement qu'il faut former les élèves à "l'autonomie". Concrètement, je trouve cette exhortation ou ridicule (en contradiction avec toutes les pratiques quotidiennes de l'école) ou dangereuse : je connais des collègues qui, après avoir "fait confiance" aux élèves et mis en place une pédagogie avec beaucoup d'autonomie, se sont rabattus, à la moindre difficulté, sur des sanctions très dures, sous l'oeil satisfait d'autres collègues qui se moquaient d'eux et se frottaient les mains en répétant :"Je vous l'avais bien dit que c'était des canailles et qu'il fallait les tenir !". Comment faire pour que l'autonomie ne soit pas une illusion ?
 
ELEMENTS DE REPONSE :

La question de l'autonomie a le mérite de ne pas nous laisser indifférents. Elle suscite même chez les professeurs de vives polémiques :

- Les uns invoquent l'autonomie "naturelle" des enfants, leur capacité spontanée à se prendre en charge, leur don d'initiative et leur sens des responsabilités... Cette foi justifie à leurs yeux la mise en place d'un enseignement moins directif : ils laissent chacun organiser leur travail et prennent le risque de la confiance...

- Les autres, au contraire, se plaignent du fait que les élèves sont incapables du moindre travail autonome, qu'ils se dispersent, chahutent, en profitent pour ne rien faire dès qu'ils n'ont plus la bride sur le cou. Ceux-là justifient ainsi le recours à des méthodes autoritaires, l'exclusion définitive du travail de groupe - insurveillable ! - et du travail individualisé - incontrôlable !

Ce débat devient d'autant plus passionné qu'il arrive que les mêmes enseignants passent facilement d'une position à une autre et se rallient à la thèse de "l'enfant-à-dresser" après avoir défendu celle de "l'enfant-à-respecter"; ils sont alors d'autant plus durs pour leurs jeunes collègues pleins d'illusions dont eux-mêmes, forts de leurs expériences, "sont revenus". Eux qui avaient misé sur la liberté, avaient laissé chacun s'exprimer, avaient fait confiance... Eh bien ! Ils ont été trahis ! Et maintenant ils savent ce qu'il faut faire, on ne les y reprendra plus !

Ce n'est pas un hasard si ce mouvement de balancier est si fréquent et,   à la réflexion, il n'est pas si curieux. Il y a même une parenté profonde entre les deux thèses en ce qu'elles enferment toutes les deux l'enfant dans une "nature" et que la première, par l'abstention pédagogique qu'elle engendre, ne peut, pour le praticien, que faire le lit de la seconde. Le théoricien, lui, peut toujours écrire que l'enfant est "libre et bon". N'ayant pas à référer sa thèse aux exigences du quotidien, il peut prôner le refus d'enseigner, considérer tout acte d'autorité comme un manque de respect au développement naturel de l'enfant. Tant qu'il reste dans le domaine de la théorie, il n'aura guère à affronter que des thèses ni plus, ni moins absurdes que la sienne. Dans la pratique, au contraire, le pédagogue sait bien que le "respect absolu", même assorti de velléités d'accompagnement, cette contemplation émerveillé de l'enfant supposé autonome, sont de tacites reconductions des inégalités. Aux uns - ceux qui par ailleurs ont déjà acquis la langage, la maîtrise de quelques outils intellectuels - cette liberté accordée profitera sûrement et le temps perdu à l'école sera certainement moindre. Mais les autres, l'immense majorité des autres, ceux qui ne savent pas ou mal lire, ceux qui ne savent pas ou mal observer les consignes, classer des documents, apprendre une leçon... ceux-là n'ont guère ici que la liberté d'échouer.

Ainsi, supposer l'autonomie c'est bien souvent laisser jouer les privilèges et se creuser les écarts. Faire comme si l'enfant était déjà autonome c'est prendre l'objectif pour le point de départ, et quoique cela soit souvent l'expression de la meilleure volonté du monde, c'est souvent l'origine d'amères déconvenues. Miser sur l'autonomie spontanée c'est s'exposer à des situations impossibles à maîtriser, où l'enfant écrasé par le poids de responsabilités qu'il ne peut porter (qu'il n'a pas appris à porter) ne pourra que nous décevoir, nous pousser peut-être jusqu'à d'absurdes répressions. Supposer l'autonomie, enfin, c'est éviter de chercher quels dispositifs on pourrait mettre en place pour - concrètement - rendre l'élève autonome.

Car, c'est bien là le noeud : l'autonomie n'est pas un don. C'est quelque chose comme la capacité de comprendre et de maîtriser les situations dans lesquelles on est inséré, la capacité de "faire face". Et, cette capacité s'acquiert à travers des apprentissages que l'école doit mettre en place. Mais, trop souvent, sur ce sujet, nous parlons beaucoup, ce qui nous permet de faire peu. Et, surtout, nous parlons dans le vague : nous en restons aux voeux pieux et aux bons sentiments. Or, ici, plus que dans aucun autre domaine, il nous faut être concrets, dire précisément de quoi nous parlons. J'attends de cet élève qu'il soit autonome : est-ce que je peux nommer, décrire précisément le comportement que je cherche à développer chez lui? Pas seulement au niveau des généralités ("qu'il prenne des responsabilités, qu'il s'épanouisse, etc...") mais dans chaque moment de la vie de la classe.

Etre autonome c'est être capable de lire et de comprendre des consignes : prévoyons-nous des exercices susceptibles d'apprendre cela.
Etre autonome c'est être capable de se fixer un objectif, de prendre les moyens pour y parvenir et d'évaluer le résultat : organisons-nous cela avec suffisamment de soin ?
Etre autonome c'est être capable d'organiser son travail, de réunir tous les instruments nécessaires, de préparer sa table de travail : prenons-nous le temps d'apprendre ces choses si simples quand on sait les faire, si génératrices d'échecs quand on les ignore ?
Etre autonome c'est être capable de surmonter une difficulté et pas seulement par le recours à l'adulte, mais aussi en revenant en arrière, cherchant le renseignement au bon endroit, consultant un document ou un dictionnaire nous sommes-nous assurés que les enfants savent faire ces choses-là ? Sinon les leur avons-nous apprises ?
Etre autonome c'est être capable de mener une recherche, de faire un brouillon, de le relire avec cette distance que permet la critique, de le reprendre, de l'amender, le découper et le recomposer : n'avons-nous pas tendance à laisser l'élève faire ces tâches "à la maison", sans aide ni contrôle, comme s'il savait les faire spontanément ?
Etre autonome c'est être capable d'analyser un échec, de chercher pourquoi telle ou telle méthode n'a pas été efficace et de mettre en place de nouveaux moyens : aidons-nous nos élèves à faire ces analyses , les faisons-nous avec eux ?
Etre autonome c'est être capable d'apprendre et de savoir quand on sait : avons-nous suffisamment le souci d'éviter la formule floue et facile "Apprends ta leçon", la volonté de donner à l'élève les indications qui lui permettront de contrôler lui-même ses propres apprentissages ?
Etre autonome c'est être capable de choisir ses partenaires de travail, d'organiser un travail de groupe en fonction des objectifs que l'on vise, de distinguer le groupe de recherche (nécessairement homogène) du groupe de production (dont l'efficacité est liée aux différences de compétences entre les membres) et du monitorat (où l'un des élèves joue rôle d'enseignant) : consacrons-nous suffisamment de temps à réfléchir avec nos élèves sur le fonctionnement des groupes ?
Etre autonome c'est être capable d'écouter, non pour renoncer à être soi-même et se soumettre aveuglément à une autorité extérieure, mais pour se confronter à l'autre et mieux assurer sa propre autorité : multiplions-nous suffisamment les exercices de reformulation ? Mettons-nous assez en place des exercices progressifs d'attention et d'écoute ?
Etre autonome c'est être capable de prendre la parole, d'être compris et convaincant : ne nous contentons-nous pas, trop souvent, de laisser parler ceux qui savent le faire sans permettre aux autres d'apprendre à s'exprimer, sans créer toutes les dispositions pour qu'eux aussi puissent prendre la parole ?
Etre autonome c'est être capable de se déplacer dans la classe, chercher un renseignement ou un document (aller aux toilettes aussi) sans avoir à demander d'autorisation mais sans déranger le travail de ses camarades : savons-nous construire, avec nos élèves, un "règlement" simple et efficace dont ils puissent sentir eux-mêmes la nécessité ?
Etre autonome c'est être capable de se mettre au travail en l'absence du professeur. Car, avons-nous réfléchi parfois à ce fait extraordinaire - et pourtant si quotidien - : quand le professeur est absent, il ne se passe rien, le cours est supprimé ? N'est-ce pas la meilleure preuve de notre inefficacité, la meilleure preuve que nous n'avons pas pu mettre en place les dispositifs qui auraient permis aux élèves de devenir autonomes ?
Alors l'enjeu est simple :

- D'un côté, l'on s'en tient à des positions "idéologiques" dont la fonction n'est pas - n'est jamais - d'inspirer ou de renouveler une pratique, mais de justifier des attitudes qui ont leur origine ailleurs (dans notre peur de la nouveauté et notre subordination passive à la logique institutionnelle, ou bien dans les comptes que nous réglons avec notre propre scolarité et notre propre enfance). Alors, nous oscillons entre un autoritarisme qui ne laisse aucune place à l'autonomie et un laisser-faire qui ressemble souvent à la loi de la jungle, et où seuls quelques privilégiés tirent leur épingle du jeu. Dans ce cadre nous n'en finirons pas de débattre de l'autonomie et ces débats risquent de nous épuiser sans nous faire progresser

- D'un autre côté, et c'est la seule voie qui s'ouvre au pédagogue, nous devons partir du présupposé que tous nos élèves peuvent être autonomes, mais qu'ils ne le sont pas encore - que, peut-être, ils ne le seront jamais complètement - mais que c'est à nous, dans nos classes, d'inventer des dispositifs qui développent chez eux des capacités qui contribueront à construire leur autonomie. Si le néologisme n'était pas un peu lourd je dirais volontiers que nos élèves ne sont pas autonomes mais "autonomisables". Et tout ce qui, dans la vie quotidienne de nos classes, les arme pour leur avenir, tout ce qui les outille pour demain, tout cela construit leur autonomie.

par Chris publié dans : profencampagne
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Dimanche 11 mars 2007

Humains 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On n'a sans doute pas réfléchi suffisamment au lien constitutif qui unit l'École à la démocratie. Car, en réalité, seules les démocraties - ou, tout au moins, les régimes qui s'efforcent de l'être - ont besoin d'une École. Les tyrannies de tous acabits n'ont besoin que de systèmes de dressage plus ou moins sophistiqués : systèmes qui permettent d'acquérir les réflexes de survie, de vendre sa force de travail, d'éviter les sanctions encourues par les déviants. Dans certains cas, c'est une religion qui prend les rênes de ce qu'on nomme abusivement " éducation " : elle inculque le respect aveugle de la parole des clercs, l'adoration des " tables de la loi ", la crainte du châtiment divin. Ailleurs, c'est une machinerie politique qui prend les affaires en main : elle enrégimente la jeunesse dans des colonies, des camps ou des casernes, récusant même l'autorité familiale considérée comme dangereuse au regard de l'intérêt suprême de l'État. Ailleurs encore - et pas si loin de nous - ce sont les médias qui orchestrent la " pensée unique ", expliquant comment il faut parler, s'habiller, se comporter sexuellement et professionnellement pour être reconnu et avoir le droit d'exister. Là, ce ne sont plus ni l'intégrisme religieux ni le parti unique qui font la loi, mais les " animateurs " de télévision qui disent comment il faut penser, au risque d'être ridicule et humilié. C'est l'idéologie du " maillon faible " qui est érigée en principe absolu de fonctionnement sociétal.

Dans une démocratie, en revanche, il y a vraiment besoin d'une École. Une École où l'on apprend à construire du collectif sans tomber sous la coupe d'un chef de tribu quelconque. Une École où l'on apprend à distinguer ce qui relève de son intérêt individuel - légitime - de ce qui relève de l'intérêt commun - toujours à construire ensemble. Une école où l'on désintrique - souvent péniblement - le " croire " et le " savoir ", non pour rendre toute forme de croyance caduque, mais pour fonder la communication sur la recherche de la justesse, de la précision, de la rigueur, de la vérité scientifique. Une École où l'on s'efforce de " penser par soi-même ", non par individualisme, mais pour échapper à toute forme d'emprise sur les esprits et de pression à la conformité. Une École où l'on comprend que la loi commune n'est pas le caprice des " gens d'en face ", mais le seul moyen efficace pour protéger chacun de tous les dangers, y compris de lui-même. Une École où l'on découvre que la sanction n'exclut pas mais intègre : c'est la faute qui exclut et la sanction permet de retrouver sa place et sa dignité. Une École où l'on accède à cette idée, formulée par Rousseau, si simple et difficile à la fois, mais qui fonde la démocratie : " La loi qu'on s'est soi-même prescrite est liberté ". On découvre cela, dans cette École, en fabriquant soi-même de la loi, sous l'autorité du maître, pour " vivre ensemble ", en s'engageant à respecter les règles qu'on a définies, à tenir parole quand on a formulé et adopté un projet commun. On le découvre, aussi, en étudiant et comprenant comment la loi a progressivement permis aux hommes de s'émanciper des forces archaïques et de leur égocentrisme, en observant qu' " entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ", en reconnaissant que la culture ne délivre pas miraculeusement de la barbarie et qu'on n'est jamais assez vigilant devant la montée du " côté obscur de la force ".

Évidemment, dans cette École-là, on apprend aussi à lire, écrire et compter, à comprendre et parler le monde. Mais il ne faudrait pas croire qu'on le fait après avoir construit des " compétences civiques " : comme si les " compétences civiques " ne s'appuyaient sur aucun savoir linguistique, historique, juridique, logique, etc. ! Il ne faudrait pas croire, non plus, qu'on apprend, d'abord, des " connaissances pures ", en se soumettant à un savoir enseigné " de droit divin ", avant d'accéder, enfin, après un long parcours du combattant, à la possibilité de penser sur ce qu'on est ce qu'on fait. Dans cette École-là, on fait les deux choses en même temps : et les savoirs et la citoyenneté. Solidairement. Parce que tout véritable savoir est occasion de liberté. Et parce que la liberté se nourrit des savoirs. Dans cette École-là, on construit vraiment la démocratie de demain. Maintenant. Sans attendre. Sans rien abdiquer de l'autorité nécessaire des adultes. Mais en anticipant la liberté de l'élève dans la démarche qui lui est proposée. Dans cette École-là, on travaille sur les mots à dessein. C'est une belle École. Vous avez de la chance. Vous y êtes. Rentrez-y.

par Chris publié dans : profencampagne
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