
http://www.festivalmarrakech.info/photo/494316-604875.jpg
Mais il s'agissait surtout, dès la rentrée 2009, de recentrer l'enseignement sur un corpus d'œuvres "patrimoniales" (mettant fin à une dérive supposée, qui consisterait à proposer trop de
littérature jeunesse, à utiliser rap et bandes dessinées) ; le ministère voulait également rappeler l'importance des leçons systématiques de grammaire (débarrassées d'un jargon linguistique jugé
néfaste), comme des exercices de lexique et d'orthographe. Bref, l'opération (également menée dans quatre autres disciplines dont l'histoire-géographie et les arts plastiques) visait à retoquer
certaines "lubies" pédagogiques ou méthodes dites "post-soixante-huitardes", accusées d'avoir opéré un nivellement par le bas. Mission plutôt accomplie.
Dans le projet de nouveau programme, la place de la
dictée se voit réaffirmée ; « le professeur de
français construit [ses
cours] à partir de la découverte et de l'étude de
textes littéraires majeurs », dont la liste très
classique ne manquera pas d'engendrer un débat ; le recours à l'exercice orthodoxe de la rédaction est encouragé, au détriment de la production d'écrits tous azimuts (textes argumentatifs,
poèmes, etc.)...
http://www.mediapart.fr/journal/france/030408/college-mediapart-devoile-le-projet-de-reforme-du-francais
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Voilà… La boucle est bouclée. Elle commence déjà son étreinte…
Les « nouveaux » programmes de
français en collège sont appliqués. Et les travers observés pour les programmes du primaire sont identiques: l’utilisation abusive et trompeuse du mot « retour » laissant supposer aux
parents que décidément les enseignants ne faisaient plus rien depuis des années, par la faute de ces abominables « pédagos », véritables « chancres » d’ un enseignement digne
de ce nom, à éliminer donc au plus vite. Les textes littéraires, la dictée, la rédaction sont « à nouveau » à l’honneur. Alleluia ! L’Ecole n’est pas finie… Elle est
sauvée !
Pourtant, mes collègues de collège et
moi-même, professeur de français depuis 29 ans, n’avons jamais abandonné ni la dictée, ni la rédaction. Je peux même dire que nous n’en avons jamais fait autant depuis des années. Quant aux
textes littéraires, il suffit de lire les programmes antérieurs. Aucun ne prive, comme la présentation très politicienne des « nouveaux » textes officiels en préparation le laisse
croire, les élèves de la découverte ni de l’étude des grands auteurs. Que nous reproche-t-on alors ?
Sans aucun doute possible, d’avoir voulu
mettre en œuvre la démocratisation de l’école. Cette école non pas pour tous, mais pour chacun. D’avoir regardé l’élève pour ce qu’il est et non pas seulement pour ce que nous voulons, à tout
prix même aux forceps, qu’il soit. Manifestement, les concepteurs des programmes à venir, nostalgiques du Lagarde et Michard, du Castex et Surrer, souhaitent réencadrer tout cela. Pourtant, car
je fais partie de cette génération élevée au biberon des auteurs de manuels cités, les analyses littéraires, les exercices proposés, les consignes données pourraient faire l’objet de bien des
remarques. Je me souviens de cette sempiternelle question : « Qu’est ce que l’auteur veut dire ? ». Je trouvais, déjà, cette formulation d’une rare stupidité ! L’auteur
ne « veut » pas dire ! Il dit… Voilà tout… Je me souviens aussi, avec effroi, de cet exercice consistant à nous faire retrouver les « parties » du texte. C’était à mourir
d’ennui… J’ai été dégoûté de la lecture pendant mes trois années de lycée, me contentant d’expédier les œuvres au programme, quand je ne faisais pas semblant en me procurant la fameuse collection
« Profil d’ une œuvre », qui a sauvé bon nombre de mes camarades ! Ce sont mes professeurs d’Université, auxquels je dois tout, qui me réapprendront à lire…
S’il faut réenseigner ainsi, malgré toute
notre liberté pédagogique à laquelle on ne s’attaque pas (encore…), je risque et d’autres avec moi de m’ennuyer ferme et de me reposer beaucoup. Car enseigner, pour moi, c’est « mouiller sa
chemise ». Faire une dictée, faire une rédaction, ce que nous avons toujours fait, et limiter l’enseignement et la pratique de la langue à cela, c’est facile. Et nous réussirons à amener nos
élèves à faire moins de fautes, à l’issue d’un gavage permanent. Quelques semaines après ce gavage, ils auront tout oublié. Mais les apparences seront sauves. Ils auront progressé en orthographe
et leur moyenne seront en hausse.
Jamais les pédagogues, jamais les Meirieu
et autres, n’ont nié les problèmes de nos élèves en orthographe, en grammaire, en conjugaison. Jamais ils n’ont abandonné l’orthographe, la rédaction, le « par-cœur ». Ils ont même
souvent tiré la sonnette d’alarme avant ceux qui aujourd’hui se parent de toutes les vertus. Mais voilà… Ils ont commis le « crime » de vouloir permettre au plus grand nombre d’accéder
aux grands textes par d’autres voies, par d’autres biais. Ils ont osé toucher au saint des saints : oter à l’enseignant une partie de son pouvoir en donnant à l’élève la possibilité de
s’affranchir parfois de sa tutelle. C’est du moins ainsi qu’on caricature le pédagogue, dont l’autorité pourtant n’est pas moins importante qu’avant, cet « avant » où bien entendu, tout
était mieux… N’est pas moins importante que celle des enseignants « traditionnels »… Ils ont proposé d’autres pistes, d’autres moyens pour parvenir à résoudre ces difficultés, réelles.
Ils n’ont été que bien peu entendus…
Je crains que, par l’abandon programmé de la
démocratisation scolaire, car c’est de cela dont il s’agit, nous ne formions certes de très brillants littéraires, ce qui est toujours le cas, mais en même temps, que nous ne sacrifiions des
milliers d’autres qui, chez eux, dans leurs cités, leurs villages, devant une télévision débilitante, devant des sites Internet indigents, accrochés à leurs consoles de jeux, n’auront pas les
« clefs » du savoir. Ceux-là, avec les textes qu’on nous demandera d’appliquer et que nous appliquerons, seront à jamais écartés. Je pense souvent à Sandrine Bonnaire… Elle fut orientée
en CPPN (ces Classes Pré Professionnelles de Niveau qui m’ont donné beaucoup de joies quand j’en ai eu la responsabilité) car elle n’entrait pas dans le cadre, dans le moule. On sait ce qu’elle
est devenue aujourd’hui…
Combien de Sandrine Bonnaire allons nous
écarter ? Mais qui ne deviendront jamais des Sandrine Bonnaire…
Triste avenir qu’on nous prépare… Qu’on LEUR
prépare !
Christophe