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« Prêts ? Partez !!! »
Et ils sont partis… Par le « jeu » des impératifs d’ organisation du Diplôme National du Brevet, je ne retrouverai pas le collège. Stéphanie, de nouveau amoureuse, a déjà obtenu ce qu’elle désirait : intégrer le lycée de son choix mais une petite déception est venue assombrir son sourire : elle est sur liste d’attente des candidats à la seconde européenne … Pour le moment, sa seule certitude, c’est qu’ elle va évidemment échouer au « Brevet ». Et évidemment, elle l’obtiendra avec mention qui plus est…
Ils sont donc partis. Je n’ai jamais aimé cette étrange période des grands départs. Les troisièmes, surtout, celles et ceux avec lesquels on commençait à partager des conversations et des travaux de plus en plus aboutis, ceux là s’en vont quand on les connaissait enfin… Pour certains, nous les avons accompagnés pendant quatre ans ! Ce ne sont pas nos enfants ; ce sont bien nos élèves et surtout nos élèves…Mais que de souvenirs ! Je revois Stéphanie en sixième, espiègle, déjà meneuse de troupes, déjà douée pour beaucoup de choses, déjà si charmeuse… Aujourd’hui si grande !
« Monsieur C.? Monsieur C.!!!! Vous rêvez ou quoi ? »
C’est elle qui me sort de ma torpeur. Ils révisent ; je les autorise à se rassurer, mais aussi à se préparer à la première épreuve scolaire de leur vie. C’est leur premier examen, leur première expérience avec la confrontation à des sujets, au décorum des salles préparées, aux vérifications administratives, à une surveillance stricte, à l’exigence de la concentration. Certains affirment que ce Diplôme est sans valeur. Je ne partage pas cet avis qui dévalue les efforts consentis pendant l’année par l’immense majorité de nos élèves de troisième. Il a la valeur de la satisfaction légitime qui sera la leur lorsqu’ils viendront lire les listes des reçus ; il a la valeur des larmes et des mines déconfites de celles et ceux qui auront échoué. C’est le premier examen de leur vie… J’aimerais tant qu’aucun ne soit triste dans quelques jours…
« Non, non Stéphanie, je réfléchissais à l’exercice suivant… ». Sa moue me laisse imaginer qu’elle a éventé mon mensonge… Je pense parfois à d'autres choses en
classe... A d'autres gens... A cette femme que j'aime... On se connaît bien maintenant… On se connaît bien, et c’est maintenant que nous allons nous séparer…Mais c’est mieux
ainsi !
« On ne vous oubliera jamais Monsieur C.! »
Mais si vous m’oublierez…Vous nous oublierez tous…En revanche vous n’oublierez pas nos lectures, nos débats, nos prises de becs au sujet de la métaphore et de la comparaison, de la valeur des temps toujours difficiles à comprendre et à expliquer, nos émerveillements partagés sur une page de Maupassant, un poème d’Hugo, un extrait de Giraudoux. Oubliez-moi mais n’oubliez rien ! En tout cas, gardez ce que vous avez aimé…
Je consulte ma montre, nerveusement… Dans quelques minutes, je sais que je vais les regarder sortir, un par un, sans en oublier un seul. Et comme depuis vingt-neuf ans, à chaque sourire échangé ou pas, à a chaque regard croisé, mon cœur se serrera de les voir disparaître dans les couloirs. Je ne devrais pas pourtant, je le sais… Dès septembre, je retrouverai d’autres élèves qui attendront de moi, de nous, qu’on les accompagne de notre autorité bienveillante, stricte sans être injuste, de nos compétences éclairées mais surtout éclairantes, de notre compréhension et non de notre amitié. Nous ne sommes en aucun cas les amis de nos élèves, mais bien leurs professeurs, leurs maîtres, et c’est ainsi qu’ils nous estiment. Mais comment faire pour ne pas tomber en amour devant ce sourire éclatant qui accompagne cette sortie, définitive ?
« On pourra venir vous voir l’an prochain quand on viendra chercher notre Diplôme Monsieur C.? »… Mais oui vous pourrez…
Ma porte restera toujours ouverte sur le couloir, ce couloir qui aujourd’hui vous engloutit et vous enlève, ce couloir qui vous guide vers d’autres lieux, vers d’autres maîtres, vers d’autres savoirs, vers ailleurs…
VOTRE ailleurs où je n’ai plus ma place…
Christophe
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