Dimanche 20 avril 2008
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Un an après l'élection de Nicolas Sarkozy, les Français portent un regard critique sur son bilan. L'action du président et de son gouvernement n'a pas permis d'améliorer
la situation de la France et des Français, estiment 79 % des personnes interrogées par l'Ifop pour le Journal du Dimanche. Ils n'étaient encore que 59 % à le penser en novembre
2007. Selon ce sondage
publié dimanche 20 avril, 49% des Français estiment même que l'action du chef de l'Etat et du gouvernement n'a "pas du tout" amélioré la situation. Même chez les sympathisants de
l'UMP, l'action du gouvernement n'obtient pas plus de 50 % d'approbation.
Une certaine impatience se lit également dans ce sondage, puisque parmi les réponses suggérées à la question posée - " Un an après l'élection de Nicolas Sarkozy, diriez-vous que l'action du
président et de son gouvernement a permis d'améliorer la situation de la France et des Français ?" -, aucun sondé (ou trop peu pour être comptabilisé) n'a répondu qu'il était "trop tôt pour
juger".
Par ailleurs, la cote de popularité de Nicolas Sarkozy a encore fléchi, pour atteindre son niveau le plus bas depuis son élection en mai 2007. Elle se situe désormais à 36% (- 1 point), loin
derrière celle du premier ministre, François Fillon, 52% (- 6 points).
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Chaque jour ou presque, on rapporte à François Fillon un agacement de Nicolas Sarkozy, une phrase un peu vive d'un collaborateur du président à son égard. A l'Elysée,
on tempête, on s'impatiente. Un ministre dérape ? "C'est la faute à Fillon." Un dossier mal préparé et mal vendu ? "Fillon." Un manque de visibilité : "Fillon bien
sûr." "Sarkozy est condamné à s'occuper de tout", lâche un proche du président. Une autre manière de dire que le premier ministre ne fait rien.
De son côté, le chef du gouvernement s'interroge à haute voix. Sur le rôle de l'Elysée : concernant la carte Familles nombreuses, Matignon a beau jeu de souligner que c'est de là-bas qu'a
été pilotée la révision générale des politiques publiques. Sur l'autorité même du chef de l'Etat : commentant les propos de Nathalie Kosciusko-Morizet, sur "les lâchetés" de ses pairs,
le premier ministre fait remarquer que sa secrétaire d'Etat à l'écologie assistait, la veille de l'incident, à un petit-déjeuner des ministres sarkozystes - dont il n'était pas - au cours duquel
le président avait réclamé davantage de solidarité. Et M. Fillon de conclure : "Les messages du président doivent être répétés plusieurs fois pour être compris, même de ses
plus proches supporteurs."
Pour l'heure, rien ne change. "Sarkozy n'aime pas tuer", explique un de ses visiteurs. Le chef de l'Etat en a-t-il seulement les moyens, face à un premier ministre soutenu par sa
majorité et par l'opinion ? "J'aime sentir que le message passe", confiait chef du gouvernement, le 11 avril au Japon. De son passage sur TF1 le 30 mars, il a retenu les
"nombreux" SMS reçus après sa prestation : "Quand on a le sentiment d'être entendu, c'est plus agréable que l'inverse." Et les sondages ? "Ce serait malhonnête de dire que
je ne les regarde pas", confie-t-il.M. Sarkozy ne les ignore pas non plus. Mercredi 16 avril, alors que le chef de l'Etat a mis en garde ses ministres après une série de "couacs", il a pris
soin d'associer son premier ministre : "François et moi estimons que ça suffit !"
MM. Fillon et Sarkozy n'ont jamais été amis. Les sarkozystes remarquent que le premier n'a rejoint le second qu'après son éviction du gouvernement en 2005. Autant dire hier... Un proche des deux
hommes explique : "Tout s'est détérioré quand Fillon à dit en Corse, en septembre 2007 : "Je suis à la tête d'un Etat en faillite". Ce n'est pas le mot de "faillite" qui a provoqué Sarkozy,
mais l'expression "à la tête"." Autre explication avancée à l'UMP : en mal d'ennemis, M. Sarkozy cultiverait une rivalité avec son premier ministre pour se galvaniser... "François et moi
nous avons nos désaccords mais ce n'est rien par rapport à ce qui se passait entre moi et Chirac ou entre Chirac et Giscard", a confié le chef de l'Etat, mercredi. Presque un regret...
En attendant, M. Sarkozy s'essaye à l'art mitterrandien de la gestion par la rivalité, faisant émerger un potentiel successeur à son premier ministre : aujourd'hui Xavier Bertrand, demain
peut-être un autre. Les députés s'en amusent : "Tu viens de faire un pas vers Matignon car Fillon a été brillant", a glissé à M. Bertrand, le député (UMP) du Morbihan, François Goulard
après la réponse du premier ministre à la motion de censure socialiste. A l'Elysée un conseiller assure que le chef de l'Etat "ne déteste pas Fillon parce qu'il sait quand et par qui le
changer". Il poursuit : "Mais ils doivent se séparer bons amis. C'est essentiel pour l'opinion publique et la majorité."
En attendant, il faut donner le change. François Fillon détestait naguère qu'on l'interroge sur sa relation avec Nicolas Sarkozy. Désormais, il en joue : "On a écrit le programme ensemble, on
met au point le calendrier ensemble. La seule question qui vaille, c'est : est-ce que le premier ministre fait son boulot, des réformes, coordonne la majorité ?" Justement, Nicolas
Sarkozy en doute.
Christophe Jakubyszyn et Philippe Ridet
http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2008/04/18/m-sarkozy-et-m-fillon-se-renvoient-la-responsabilite-des-couacs-gouvernementaux_1035660_823448.html#ens_id=998385