A Montpellier, toute une école primaire a basculé en pédagogie coopérative à la rentrée 2007. Les enseignants se sont appuyés sur la méthode du pédagogue Célestin Freinet pour transformer les dix classes de l'école Antoine-Balard en dix classes uniques. Chacune regroupe une vingtaine d' élèves du CP au CM2 qui s' entraident et décident ensemble des règles. Ici, nul maître au tableau noir. Professeur des écoles, Sylvain Connac a son bureau au fond de la classe. Tour à tour, les élèves qui en ressentent le besoin vont le voir avec leurs cahiers. Pendant ce temps, Rihab, 10 ans et présidente de la classe pour un jour, s' assure du calme dans la classe. Quand elle dit «code rouge», les enfants sassoient en silence. «Code orange» : ils peuvent circuler entre les tables en chuchotant.
Quelques-uns se plantent devant le tableau pour réfléchir ensemble à u n problème de maths. Chayma, 7 ans et demi, tape sur l'ordinateur le texte quelle a imaginé après une sortie au lac du Salagou (Hérault). Mohamed, 7 ans, demande à Rihab, sa tutrice : «Comment on écrit : "aujourd' hui on va à la piscine" ?» Puis Sylvain Connac se lève pour résoudre l' exercice de maths : «Le but du jeu n'est pas d' avoir le résultat, c' est de comprendre !» répondent en choeur les élèves. Ici, pas de notes mais des ceintures de couleurs auxquelles correspondent des droits. Plus les enfants se montrent responsables, plus ils ont de droits, comme celui de circuler librement dans l' école. Ainsi pendant les récréations, certains choisissent de rester en classe, d' autres se rendent en salle informatique, dans le calme. Pourtant, aboutir à ce fonctionnement n' a pas été de tout repos.
Barres.
Les premiers outils de pédagogie coopérative ont été mis en place en 1998, après l' accroissement des violences dans les relations entre élèves et adultes. Dans cette école classée en zone
d' éducation prioritaire (ZEP), au milieu des barres excentrées de la Paillade, la majorité des enfants est d' origine maghrébine. «Il y avait le feu. On s' est dit : "Cela ne peut pas venir
que des élèves"», raconte Martine Azaïs, institutrice. L' équipe obtient une semaine de formation en lien avec le mouvement Freinet du département. En 2004, cinq classes sur dix
basculent en classes uniques. Toutes le deviennent trois ans plus tard, à la faveur de larrivée de cinq profs attirés par Balard, désignée comme «école à projet spécifique» par l'
Education nationale. Dès cet été, les cinq «nouveaux» choisissent leur tuteur parmi les cinq «anciens», à l' image du tutorat pratiqué entre élèves. «Il a fallu tout aborder. Les rituels, le
conseil d' enfant, la monnaie, les fichiers autocorrectifs, les cahiers et les logiciels utilisés, etc.» , rapporte Mireille Laporte Davin, qui a organisé plusieurs séances de
travail avec son tutoré avant la rentrée. Pendant l' année scolaire, les réunions entre instits sont également fréquentes pour ajuster les règles de fonctionnement de lécole et mettre en place
les projets. Par exemple, la mise au point des ateliers interclasses créés cette année : une heure par jour, chaque élève a le choix entre une dizaine dateliers sur l' histoire, les sciences, la
littérature, les arts visuels, etc. Appliquant entre eux leurs pratiques de classes, les enseignants discutent alors selon les mêmes principes que les conseils d' enfants. Une présidence
tournante, la parole distribuée à tous ceux qui la demandent, des votes pour entériner les décisions et des «bilans météo» à la fin, pour que chacun puisse donner son sentiment (soleil,
nuage ou pluie) sur la réunion. Pas de directeur non plus pour ces professeurs qui prônent l' autonomie et l' émancipation des élèves. Ils partagent entre eux les tâches de direction.
Tensions.
Bien sûr, tout n' est pas toujours rose. Entre ces personnes qui se voient souvent et simpliquent fortement dans la vie de l' école, les tensions sont inévitables. Il leur faut aussi lutter
contre les a priori négatifs de parents ou d' autres membres de lEducation nationale. «Certains ont l' image d' une pédagogie pas cadrée parce que les enfants se lèvent en cours», note
Laurent Leseur. Pourtant, l' école fait ses preuves. «L' hétérogénéité des classes crée de la sérénité, les enfants sont beaucoup moins tendus. Et depuis deux ans, tous les CE2 maîtrisent les
règles de base de lecture et décriture», assure Sylvain Connac, qui est aussi docteur en sciences de l' éducation. Fin mars, l' équipe a été primée à Rennes lors du premier forum des
enseignants innovants.
http://www.liberation.fr/actualite/societe/325827.FR.php
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