Le contexte. Nous sommes à quelques minutes du début du 19/20. Les journalistes de France 3 Véronique Auger, Audrey Pulvar, Gérard Leclerc et Paul Nahon s'appêtent à
interroger le président de la République à la veille de la présidence française de l'Union européenne. Un entretien avec le chef de l'Etat que la direction de l'information de France 3 a demandé
depuis plus de trois mois, et pour lequel l'Elysée n'a donné son accord que le jeudi précédent, au lendemain des annonces tonitruantes de Nicolas Sarkozy sur l'avenir de l'audiovisuel public.
Au vu des images, il nous est apparu difficile, à Télérama, de tirer des conclusions définitives sur la nature des paroles du président de la République. Quand il fait le
reproche suivant : « C'est une question d'éducation. Enfin, quand on est invité, on a le droit que les gens vous disent bonjour quand même... Ou alors on n'est pas dans le service
public, on est chez les manifestants... C'est autre chose, hein ! Incroyable... Et grave ! », il semble s'adresser au technicien qui est en train de régler son micro. Interprétation reprise
notamment par l'AFP et sur les sites du Point et de Libération.
Nous avons interrogé l'un des quatre journalistes présents sur le plateau du 19/20. Celui-ci nous a confirmé cette version, estimant toutefois que le technicien, trop occupé à régler son
matériel, n'avait sans doute pas entendu le salut présidentiel. « Nicolas Sarkozy est arrivé très tendu sur le plateau, explique-t-il à Télérama. Il n'est pas très étonnnant
que cette tension déclenche ensuite des malentendus. » Par contre, il nous donne une toute autre interprétation du fameux « Ça va changer » du chef de l'Etat. En prononçant
cette phrase, Nicolas Sarkozy ne présage pas du tout, comme cela a pu être dit, de l'avenir de France 3. Il rebondit en fait sur une phrase de Véronique Auger (inaudible sur la vidéo), qui dit
« vous savez c'est la France », celle-ci faisant référence aux salariés du service public manifestant leur colère à l'arrivée du président dans les locaux de France Télévisions. Nicolas
Sarkozy répond à Véronique Auger en lui disant que « c'est la France d'avant. Ça va changer ». Voilà. C'est ce qu'on appelle une tempête dans un verre d'eau.
On a en revanche moins parlé de ce qui ne souffre aucune contestation, et que ces quelques minutes volées mettent aussi en exergue : la connivence qui peut exister entre homme politique et
journaliste. Ainsi, Nicolas Sarkozy s'enquiert avec naturel des deux ans passés au « placard » par Gérard Leclerc, affirmant même avoir « protesté » contre cette décision de
mise sur la touche. Le tout en le tutoyant. Plus grave, il suggère ensuite à ses intervieweurs de lui poser une question sur le drame de Carcassonne, où il s'était rendu dans la matinée
pour rendre visite aux personnes blessées à la suite d'une fusillade accidentelle dans une caserne. « Vous voulez pas poser une question sur Carcassonne ? », demande-t-il. Ses vœux
seront exaucés par Paul Nahon, le directeur de l'information de France 3, qu'il tutoie lui aussi.
Le plus choquant n'est pas toujours là où on croit.
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