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1- « L’ ECOLE N’EXISTE PAS ! »
Qu’est ce que l’ Ecole ? Si la question paraît simple, la multiplicité des réponses en révèle en fait la difficulté sous-jacente. On entend d’ailleurs tout et le contraire de tout!
Depuis quelques années, la méchante humeur a trouvé ses porte-parole: SOS Education, Sauver les Lettres ou Jean Paul Brighelli, auteur de La Fabrique du Crétin et gourou auto proclamé « spécialiste » d’à peu près…tout, s’époumonent contre ceux qu’ils appellent les Pédagogues ou, pire encore, les « pédagogistes », quand ce ne sont pas les « pédagogos », responsables à leurs yeux des maux, réels, supposés et inventés, qui frappent notre Ecole. Rien de bien nouveau d’ailleurs dans leurs protestations. Ils rejoignent la mère de famille qui, après telle ou telle émission de télévision, déclare, outrée : « Mais ma fille n’apprend pas tout ça à l’école ! Sa prof est nulle ! » CQFD !... ; mais aussi cette institutrice à deux ans de la retraite et qui se souvient ou croit se souvenir de ses premiers élèves : « Ah mais ils étaient bien meilleurs ! Et bien plus polis parce que bien mieux élevés ! » ; et encore le politicien, de droite comme de gauche, faisant de l’Ecole une cible facile : «Le gaspillage financier est intolérable ! Les enfants ne savent plus rien ! » ; enfin le syndicaliste participe lui aussi, à sa manière, au concert : «Il manque des moyens, des postes et des sous ! ». Une cacophonie sans nom !
Dans le même temps, on entend le discours exactement inverse : « Ce que font mes enfants aujourd’hui à l’école est extraordinaire ! Comme j’aurais aimé pouvoir en faire autant, de mon temps ! Même de l’informatique ! Et ils lisent de beaux livres ! » s’émerveille une maman. « Mes élèves sont polis et leur niveau est bien plus élevé que celui auquel je m’attendais ! » renchérit ce professeur d’école tout étonné de ne pas avoir à mater une horde de sauvages. Jusqu’au Ministre qui promet, à son entrée en fonction : « Je n’attacherai pas mon nom à une nouvelle réforme. D’ailleurs, tout ne va pas si mal ! ». L’euphorie générale!
Mais alors l’Ecole, qu’est ce que c’est ? Bien difficile à dire, n’est ce pas ?… En fait, j’affirme ici que l’Ecole…ça n’existe pas ! Elle a toujours ses quatre murs, une cour de récréation, des salles de classes et parfois une devise républicaine à son fronton mais elle n’est que DIFFERENCES :
- là une bâtisse bétonnée ou « ferraillée » surgie au milieu des HLM
- ici une bonne vieille école de village jouxtant la Mairie et bâtie de plain-pied, en pierres, avec ses fenêtres donnant sur les platanes de la cour et juste après le muret, la campagne qui commence.
- enfin l’école parisienne, souvent de briques rouges, dont l’entrée surmontée du Drapeau tricolore donne sur un escalier de bois blanchi par l’eau de Javel des lavages.
Et dans chaque classe, des maîtres et des maîtresses tous différents par l’âge, l’origine et la formation. Et dans chaque classe, des enfants différents par leur culture, leur milieu et leurs capacités. Et tout ce petit monde DOIT travailler ensemble, au même rythme si possible, pour atteindre toujours ensemble l’objectif assigné à l’Ecole depuis la IIIème République et toujours en vigueur : « Apprendre à lire, écrire et compter ».
Peut être est-elle là, la cause de tous ces maux, réels et imaginaires. Après la Seconde Guerre Mondiale, l’Ecole change de rôle et de fonctions, et ceci plusieurs fois de suite. Des réformes nombreuses voudront la transformer ; bien peu seront effectivement appliquées. Aucune, de fond ni d’importance, ne le sera sur des durées excédant 5 ans. Elle conserve des rites et des manies immuables. Sa « clientèle » s’est diversifiée et massifiée. Les parents et quelques autres en font le bouc émissaire d’une société post industrielle mal dans sa peau. Pourtant elle garde des règles de vie et des pratiques pédagogiques héritées du siècle dernier.
L’échec scolaire a bon dos ! Il résume tout et n’explique rien !
(cette partie s'appuie partiellement sur l'ouvrage de C. Guigon, N. Gauthier, M.-A. Guillot, Les instits, Paris, Le Seuil, 1986)
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