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A croire certains, Frédéric Lefebvre bénéficierait d'une double promotion dans les semaines à venir. Actuellement porte-parole de l'UMP, il rejoindrait la direction de l'UMP, en tant que secrétaire national adjoint, nommé par Nicolas Sarkozy.
Egalement député et actionnaire-fondateur de PIC Conseil, une agence
de lobbying, il rejoindrait également le gouvernement au poste de secrétaire d'Etat à l'économie numérique, suite à la mutation d'Eric Besson au ministère de l'Identité Nationale.
En quoi Frédéric Lefebvre serait-il compétent ?
Son lobbyisme actif,
hier homme de l'ombre de Nicolas Sarkozy lorsque ce dernier était à l'Intérieur, aujourd'hui porte-parole diurne hyper-actif de l'activité présidentielle, lui a fait connaître les rouages
de la communication moderne. "Proclamé" le 20 juillet 2007 Député des Hauts-de-Seine en remplacement d'André Santini, il s'est également illustré dans la réforme de l'audiovisuel public
en 2008. Ses propositions étaient nombreuses : remplacer la publicité par du placement de produit, réduire les effectifs de
France Télévision (car "quand on vient vous interviewer pour le 13 heures puis pour le 20 heures, que France 3 vient vous interviewer pour le 19 heures et que vous
dites trois fois la même chose avec trois équipes différentes de quatre personnes, il y a un problème"), instaurer un quota de minorité visible sur les
écrans publics, ou créer "un fonds pour la création. En juillet dernier, sa plainte contre
l'AFP a été rejetée. Il reprochait à l'agence de ne pas avoir traité des communiqués de son parti sur la condamnation de Ségolène Royal.
Depuis juin 2007, il co-anime également le Club Parlementaire, une réunion périodique
qui rassemble quelques parlementaires et des professionnels de l'audiovisuel. Je vous invite à lire quelques-uns des comptes-rendus écrits de ces réunions pour constater le niveau de connaissance
du secteur par le député Lefebvre. Quelques exemples ? En
juillet, sur la radio numérique, Lefebvre, pourtant puissance invitante, ne s'exprime que deux fois, pour dire combien les Français ne mesurent pas bien l'intérêt de
la radio numérique car ils ont depuis longtemps beaucoup de stations FM (hein ?). En
juillet toujours, il rappelait son souhait de faire réaliser un audit de France Télévisions car " il y a des tas d’endroits où on pourra faire des économies"
(pourquoi un audit ? A-t-il des informations que nous n'avons pas ?).
En juin 2008, Frédéric Lefebvre a pondu une contribution sur les "Les TIC comme levier de croissance", pour le Journal du Net, à l'occasion des Assises du Numérique. Ce texte, d'une platitude
hallucinante pour qui prétend ainsi connaître le sujet, contient quelques perles. Le député semble avoir découvert internet il y a peu :
"ce qui fait aussi la force d'Internet, c'est que des individus peuvent créer rapidement beaucoup de valeur, en partant de peu ; il suffit d'avoir un ordinateur à 400 euros et une connexion Internet pour moins de 30 euros par mois."
"je regrette que les nombreuses liquidités présentes sur le marché mondial aillent aujourd'hui vers la spéculation ou sur les matières premières, alors qu'à côté, de nombreux projets du Net attendent des investissements"
En fait, Frédéric Lefebvre ne connaît pas grand chose à l'économie des médias, et de l'Internet en particulier. Il n'y a jamais travaillé, et certaines de ses positions sont sans intérêt autre que polémique.
Par exemple, susciter le placement de produit comme alternative de financement témoigne d'une méconnaissance du marché publicitaire et des pratiques des annonceurs.
Cette video montre aussi à quel point le B-A BA du Web n'est pas connu du futur secrétaire d'Etat à l'Economie numérique (merci à DamDam et CeeCee).
Jean-Jacques Bourdin: "C'est quoi le Web 2.0 ?"
Frédéric Lefebvre : "Bah, le Web 2.0, c'est tout simplement l'internet d'aujourd'hui."
Il s'est aussi permis des diatribes violentes contre "les dérives du Net", et notamment celle-ci qui fait froid dans le dos, lors d'une séance à l'Assemblée Nationale :
"L'absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l'absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d'adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ? Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde. [...] La mafia s'est toujours développée là ou l'État était absent ; de même, les trafiquants d'armes, de médicaments ou d'objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid."
En début d'année 2008, il avait suggéré que les frais de téléphone portable et d'internet soient remboursés par les entreprises. L'objectif ? Défiscaliser ces dépenses, puisqu'elles viendraient en déduction du bénéfice imposable des entreprises. Hier, il est allé jusqu'à rappeler sa suggestion d'étendre la redevance aux internautes qui regardent la télévision via Internet.
La vraie bonne nouvelle d'une telle nomination, pour le secteur, est à rechercher du côté de ses positions contre le téléchargement illégal. Alors qu'Eric Besson était plutôt ignorant et peu actif sur le sujet, Lefebvre s'est toujours montré favorable à la loi Hadopi, au grand damn de certains internautes.
Globalement, Lefebvre voit internet comme un média traditionnel : un outil de propagande que l'on peut et doit contrôler sans souci.
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