
Enseigner, c’ est gérer une multitude de petits soucis quotidiens. Parfois aussi, mais c’est heureusement plus rares, de graves problèmes…
Un lundi comme tous les lundis… Ma «grosse » journée avec sept heures de cours d’ affilée seulement coupées par le repas et qui se termine par deux heures d’Itinéraire de Découverte avec des quatrièmes.
7h50 : J’arrive au collège. Impossible de se garer, l’établissement est en travaux et depuis une semaine, c’est « galère »… Après un difficile créneau entre une haie et un engin de chantier, traversée du hall principal. Il pleut, les élèves sont à l’abri et je fends la foule…
« Monsieur Clément ! »
Mon Principal adjoint m’apprend que la clef USB sur laquelle j’ai enregistré mes notes en vue d’établir les bulletins présentait un défaut…Tout à refaire pour midi ! Le bonheur ! Je mangerai plus vite, ou pas du tout.
« M’sieur, M’sieur, vous avez corrigé nos contrôles ? »
Oui j’ai corrigé et je vous les rends tout à l’heure. Bonjour Stéphanie…Bonjour Tania…Tu vas bien Arnaud ? J’ai à peine posé la main sur la porte de la salle des professeurs que ma collègue de français me saute dessus ! Christophe, tu as pensé à préparer le devoir commun des 3èmes ? Bon sang, j’ai oublié ! « Promis, je te donne ça demain à 8h, on a encore le temps tu sais ». Pas très contente la collègue… Et là, étalés et sagement rangés dans des pochettes de couleurs différentes, les bulletins déjà imprimés. Machinalement, j’ en consulte quelques uns, je lis les appréciations.
« Peut mieux faire »… On écrit encore ça ! Comment il peut mieux faire, ça c’est une autre histoire. Mais on n’ a pas de place sur ces formulaires pour conseiller… bien sûr.
« Ne peut pas atteindre le fond, il l’a transpercé ! » Véridique !
« Excellent élève, bravo ! »…quand même !
Et la matinée commence, enfin. C’est encore avec mes élèves que je me sens le mieux. De l’ étude du Dormeur du Val à l’évocation de la mort de Louis XVI, heureuse bivalence, en passant par un débat argumenté sur la notion de citoyenneté en éducation civique, les quatre heures matinales passent vite, seulement distraites par le passage d’une surveillante qui collecte les billets d’absence vers neuf heure et quart. On ne dira jamais assez l’importance de ces surveillants. Ils sont en première ligne eux aussi. Je prends toujours le temps de leur parler un peu. Et comme la porte de ma classe est ouverte en permanence, ils ne me dérangent pas.
Midi ! Déjeuner au lance-pierre et enregistrement de mes notes sur une nouvelle clef USB ! Un collègue, un ami, me chambre gentiment : « Ah tu vois, quand on aura nos bureaux individuels avec de beaux ordinateurs, on sera tranquille ! ». Vivement demain alors ! Stéphanie fait son apparition dans la salle des professeurs, transgression qu’ elle peut se permettre en tant que délégué des délégués du collège.
« Monsieur Clément ! Excusez moi mais j’ai perdu mon classeur de Français ! » Elle est au bord des larmes ! Je la rassure et lâchement lui dis qu’on verra ça en cours… Elle repart, un peu déçue… Elle le retrouvera, j’en suis certain !
13h : Quatre heures de cours à venir … Les après-midis, je les consacre à davantage de travail en petits groupes, au calme. Eux aussi sont fatigués. Pour eux aussi, les journées sont longues. Je vais d’une équipe à l’autre, corrigeant l’un, orientant l’autre… En sixième, j’ai la surprise de découvrir un nouveau visage. Une blondinette que la Principale me confie. Problèmes familiaux… « C’est un cas pour vous ça ! » m’ a t elle dit le lendemain ! Une excellente élève manifestement ! Mais des soucis familiaux gravissimes. L’ école est sa seule chance…
17h : J’ai terminé. Le temps est exécrable, il fait déjà nuit. Il pleut. Stéphanie m’interpelle depuis la vitre de son car de ramassage. « J’ai retrouvé mon classeur Monsieur Clément ! »
Elle rit aux éclats ! Je suis fatigué et trempé ! Dans la voiture, j’écoute du Bach…par Glen Gould, l’unique, le meilleur !
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Post scriptum :
Conseil de classe de 6ème : Une élève a obtenu…4.35 de moyenne générale au premier trimestre. Après avoir constaté l’ ampleur des dégâts, notre principale pose la seule question qui vaille :
« Et maintenant, on fait quoi ? »
Je propose alors de « sortir » cette élève de sa grille d’ emploi du temps, de ne surtout pas lui ajouter d’ heure de soutien et de lui consacrer une heure par semaine par enseignant, en particulier en français (J’ ai cette élève en français justement). Grand silence !!!!
Le Principal adjoint demande des volontaires… J’ ai été le seul à accepter. Autant dire que cela ne servira à rien !
Et dès la fin du Conseil, j’ ai évidemment eu droit à la remarque assassine…
« Tu travailles bénévolement, christophe ? Avec de telles propositions, tu vas les faire rapidement les 35h dans l’ établissement ! Mais bon, si ça te plait… »
Je n’ ai pas répondu…