Vendredi 9 janvier 2009
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Devant le lycée Montaigne, jeudi 8 janvier, au petit matin. Froid polaire. Trois poubelles, deux barrières, et un sapin de Noël bloquent l’entrée de l’établissement tout propre. Une
vingtaine d’adolescents se sont pris mutuellement en photo devant le modeste échafaudage, et maintenant, ils battent la semelle. Pourquoi bloquent-t-ils ? « Je sais pas trop », dit Alice, une
adolescente brune, en seconde, venue de Claude Monet. « Si ! On bloque pour que les élèves aillent à la manif tout à l’heure. Si le lycée reste ouvert ils n’osent pas parce qu’il ont peur d’avoir
des ennuis avec leurs parents, reprend sa copine Mathilde. Un blocus, c’est super bête quand on y réfléchit, mais c’est le seul moyen de pression qu’on a ». Le seul moyen de pression a été voté
hier en AG dans les lycées. Des petites AG. A Montaigne, ils étaient moins d’une centaine. « On est contre les suppressions de postes…et la suppression des options, je crois », dit Alice. Comment
ça ? « Ils mettent en option musique, arts plastiques, physique, SVT…du coup si tu choisis pas cette option, t’en feras plus. Et y a plus la notion de classe. Avec les options, on est tous
explosé en groupes différents ». Elle n’en est pas sûre, mais ça l’inquiète. Elle préfère ne rien changer, donc. « Et puis l’ouverture aux fonds privés, c’est n’importe quoi », ajoute d’un ton
définitif un type à écharpe rouge et violette, qui s’embrouille sans doute avec la réforme de l’université. Le groupe s’ébranle. Où vont-ils ? « Là il y a des actions mais on ne sait pas
exactement où », répond un garçon. Sur le trottoir d’en face, des terminales S et ES à Montaigne. Un frisé avec une écharpe verte était à l’AG hier : « J’étais au fond, on n’a rien entendu ». Un
grand blond aux yeux clairs : « Les trois quart des élèves savent pas pourquoi ils bloquent, c’est un peu n’importe quoi. Ils veulent pas aller en cours, c’est tout. Si le proviseur avait un peu
plus d’autorité… ». « Nous, on nous dit plein de conneries de partout, on ne sait pas vraiment » : Guillaume, son copain en bonnet de laine noir, n’est pas très informé, mais il est bien équipé :
il sort de son sac un thermos de café, des BN à la framboise. « Les BN à la framboise, c’est un acte politique », rigole un autre. A part cela, ils sont assez angoissés : « On nous demande de
choisir trop tôt, 90% des gens en terminales ne savent pas ce qu’ils veulent faire, c’est pour ça qu’ils se cassent la figure à la fac », dit Guillaume. Angoissés aussi que la réforme ne leur
fabrique un lycée au rabais, avec moins d’heures de cours. « On devrait s’inspirer des systèmes qui marchent bien. En Norvège, par exemple, mais ils sont 15 par classe. Nous, on est 35… », ajoute
le garçon aux yeux clairs. « Avec toutes ces économies, l’école publique va être de moins en moins bonne, ceux qui ont du fric iront dans le privé, déjà les meilleurs sont partis », dit Achille,
en béret rouge. « De toute façon, si les jeunes préfèrent bloquer et manifester, s’ils sont si tristes d’aller en cours, il y a un sérieux malaise », poursuit le grand aux yeux clairs. Puis ils
s’en vont. A 9h30 jeudi 8 janvier, à Montaigne, il n’y a plus personne devant l’entrée fermée, plus rien que ces trois poubelles dérisoires surmontées d’un sapin de Noël.
Caroline Brizard
http://leblogdeleducation.blogs.nouvelobs.com/