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Samedi 10 janvier 2009


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Vive les riches! Travailler plus pour gagner plus! L' avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt! Le Président, une fois élu, n' a pas hésité à étaler la richesse, à en faire une «marque de fabrique». Quelques mois auparavant, c'était les tentes des SDF du Canal Saint Martin qui rappelaient aux Français que dans notre pays, 5ème puissance mondiale, en 2007, des milliers de nos compatriotes vivaient dans la rue: 10 à 15 000 rien qu' à Paris. Dont 15% de femmes.


Le Parti Socialiste doit dénoncer ce scandale, un scandale dont plus personne ne parle depuis l' élection présidentielle. Je suis prêt à parier qu' on n' en parlera pas plus cet hiver... Le Parti Socialiste devra proposer ses pistes, fondées sur ses valeurs. J' en aborderai certaines ici. Mais d'abord, quelques constats afin de rappeler Monsieur le Président de la République à certaines réalités:


Dans la rue, on meurt tôt. La moyenne d' age de cette population est de 53 ans. On meurt de maladies qu' on aurait pu soigner mais ni la santé, ni l' hygiène ne sont les premiers soucis. Chaque jour, il faut trouver à manger; chaque soir, il faut faut trouver où dormir. Souvent on entend: «Mais ils font la manche pour fumer et boire». Certes, mais l' inverse est très souvent vrai. Beaucoup de SDF, qui consomment parfois jusqu'à dix litres de vin rouge par jour, sont incapables de faire la manche s' ils ne sont pas ivres.


Dans la rue, on résiste. Et l' «alcoolomanie» permet de résister à la douleur et de supporter sa propre dégradation physique. Il peut sembler étonnant que la plupart refuse des soins pour des lésions corporelles non soignées. Au risque souvent d' être amputé. Mais pour se représenter ce que serait la vie avec un membre en moins, encore faut-il se projeter dans l' avenir. Or les SDF se projettent au lendemain quand ce n' est pas seulement à l' heure suivante. Ce qui explique aussi que le taux de suicide soit étonnamment faible chez les SDF. Pourtant, nous pourrions les comprendre. Mais voilà, se suicider c' est refuser un avenir. Or, pour les gens de la rue, l' avenir n' existe pas. Il est nié.


Dans la rue, on se tait. Quand on parvient à entrer en communication de confiance avec des SDF, ce qui n' est pas donné à tout le monde, on entend toujours les mêmes histoires: «Avant j' avais une vie normale; et puis j' ai perdu mon boulot; ma femme est partie. Je ne pouvais plus payer mon loyer et je me suis retrouvé à la rue». En creusant un peu, on apprend très souvent que les blessures sont antérieures. Très nombreux sont ceux qui ont vécu des enfances atroces marquées par l' abandon familial, la violence, l' inceste. De cela, ils ne parlent pas.


Dans la rue, on manque ses rendez-vous. Médecins et assistants-sociaux vous le diront: les rendez-vous avec les SDF sont reportés ou définitivement oubliés dans 70% des cas. Tout ce qui est nouveau est perçu comme une menace. Alors plutôt que de rencontrer un inconnu, on s' enferme dans la répétition mécanique du présent. «Demain» ne signifie rien.


Dans la rue, on aime. C' est un sujet tabou. Beaucoup se disent: «La sexualité, ça doit être le cadet de leur souci». C' est totalement faux! C' est au contraire une frustration de plus car l' intimité dans la rue étant impossible, l' absence de relations ne fait qu' aggraver les souffrances.


Il faut le répéter avec force:


vivre dans la rue, face à tant de souffrances, face à tant de dangers quotidiens, n' est jamais un choix! Le plus difficile pour eux, et Xavier Emmanuelli l' a dit souvent, c' est l'isolement psycho-affectif qui les transforme en «hommes-invisibles», alors qu' il vivent sous nos yeux, nos regards de «passants qui passent» et se détournent ou s' habituent.


vivre dans la rue, ce n' est même plus vivre dehors. C' est vivre en marge. Dans cette marge, des formes de solidarité se constituent, liées au partage de l' espace: l' espace de jour ou celui le la manche; l' espace de nuit, celui du coucher, un duvet dans une cage d' escalier, des cartons sous un pont... «Les abris de fortune»...

Terrible expression...


La motion que nous défendrons devra mettre en avant le dévouement de ces travailleurs sociaux, de ces médecins, de ces bénévoles associatifs dont la présence permanente sur le terrain rappelle que la France n' est pas peuplée que de de futurs millionnaires. Oui le Parti Socialiste est porteur et doit le rester, telle une vigie au milieu de la misère, d' un projet SOCIAL (dont l' exemple des SDF n' est qu' un élément). Tout manque et la droite n' a rien mis en place: les centres d' hébergement d' urgence; les maisons-relais; les places en hôpitaux et hôpitaux psychiatriques insuffisantes. Pour les étrangers, déboutés de leur droit d' asile, pour un individu sortant d' un centre de réinsertion et criblé de dettes, c' est pire.


La prise en charge de personnes aussi destructurées ne peut pas relever de l' improvisation. Un élan de générosité, ponctuelle, ne suffit pas. Il peut même s' avérer néfaste, pour celui qui en est à l' origine comme pour celui qu' on veut aider. D'autre part, bénévolat ne peut plus signifier incompétence. Il faudra des «bénévoles formés», s' engageant à faire partie d' une équipe, présente régulièrement sur le terrain. Chaque bénévole devra s'interroger sur les raisons de son engagement. Enfin, pour les médecins acceptant de suivre médicalement cette population, il leur faudra faire le deuil de leur formation initiale. Soigner les SDF s' apparente quasiment aux soins palliatifs. Les soigner, tout en acceptant la possibilité qu'ils refusent; les soigner tout en sachant qu' on ne pourra pas forcément les guérir.


Le Parti Socialiste se doit aux gens de la rue, à leur dignité d' êtres humains. Ségolène Royal saura respecter ces français là.

Christophe

- Publié dans : profencampagne - Communauté : Désirs d'avenir
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