Mardi 3 février 2009
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Comme les télés, les radios doivent désormais réserver deux tiers des interventions politiques à l'UMP
Depuis qu'il a
perdu le pouvoir de nommer les présidents de l'audiovisuel public, à quoi sert le CSA ? A mesurer le temps de parole politique dans l'audiovisuel public.
Après les chaînes de télévision, ce sont les radios, qui vont devoir sortir leur chronomètre, pour appliquer la fameuse "règle des trois tiers" (un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la
majorité, un petit tiers pour l'opposition). Pour les y aider, la créative bureaucratie du CSA vient de leur envoyer une liste des "comptabilisables", qui recense des chanteurs, mais
oublie une ex-miss France, et un entraineur de foot.
"Une règle sortie de la naphtaline", "une absurdité", "un machin totalement absurde". Sous couvert d'anonymat, les
journalistes radio sont unanimes : la dernière lubie du CSA est difficilement justifiable. Depuis le 1er janvier, le Conseil impose aux radios, publiques comme privées, de respecter la règle dite
des "trois tiers", qui impose une répartition équitable du temps de parole des politiques entre gouvernement, majorité et opposition. Ce qui revient aujourd'hui à offrir 66 % du temps de parole à
l'UMP...
Le principe est antédiluvien : il a été inventé par le Conseil d'administration de l'ORTF le 12 novembre 1969, avant d'être repris dans la loi en 1986, puis à
nouveau acté par le CSA en février 2000, sous l'appellation "Principe de référence pour
l'évaluation du respect du pluralisme politique dans les médias". "La loi est claire, mais en dehors des périodes électorales, les règles
de calcul du temps de parole n'avaient jamais été appliquées en radio, explique Michel Polacco, secrétaire général de l'information de Radio France. Jusqu'à présent, on était plutôt dans le fifty-fifty entre parti au pouvoir et opposition, considérant qu'un décompte minutieux représentait un coût et
une charge de travail non négligeable pour nos équipes. Mais le CSA nous demande d'appliquer une loi, nous le faisons sans autre commentaire."
Le ton est bien moins conciliant dans les rangs des journalistes de la station publique, vent debout contre ce changement de pratique. L'intersyndicale s'est fendue d'un communiqué virulent,
arguant qu'"aucune injonction, d'où qu'elle vienne, ne peut nous contraindre à
bafouer le devoir d'équilibre qui s'impose à chacun d'entre nous". En conséquence l'intersyndicale, "associée à la
SDJ", "invite les journalistes à ne pas tenir compte de cette directive".La pilule passe d'autant moins bien que le CSA considère, malgré les régulières montées au créneau de l'opposition (dont celle de Laurent
Fabius, que nous évoquions ici), que le temps de parole du président n'a pas à être décompté, et
que les médias peuvent donc la relayer autant que bon leur semble. Une position validée par le Conseil d'Etat, dans sa décision Hoffer du 13 mai 2005.
Et Hubert Huertas, le délégué du Syndicat national des journalistes a la dent dure : "Michel Boyon, nommé à la tête du CSA en 2007, a été
directeur de cabinet de Jean-Pierre Raffarin à Matignon de 2003 à 2005. On
nous demande de mettre des cloisons étanches pour s'assurer de notre indépendance, mais le CSA ne s'embarrasse pas de ces cloisons !"
Devant cette fronde, le CSA est plutôt laconique : "Le Conseil demande simplement l'application de la loi
: les radios suivent désormais les mêmes règles que la télévision", nous explique-t-on, sans fournir plus de détails. Il est vrai que les télévisions suivent cette règle, mais elle ne semble
pas vraiment les enthousiasmer. "Nous avons une cellule de contrôle interne qui tient les comptes et nous alerte régulièrement lorsque
nous nous éloignons de l'équilibre, explique-t-on à France 3. Mais il y a une difficulté : logiquement, lorsque Nicolas Sarkozy
parle, nous avons tendance à demander la réaction de l'opposition. Et les commentaires de la gauche sont alors décomptés, ce qui fait grimper le compteur, sans que la majorité ne se soit
officiellement exprimée ! Du coup, le CSA nous rappelle régulièrement à l'ordre." A titre d'exemple, les décisions des "Sages" pour les années 2002-2005 sont disponibles ici(pages 24-28 du document PDF).
Mais attention, il y a des subtilités ! Le "principe de référence" stipule que, outre la règle des trois tiers, les médias"doivent veiller à
assurer un temps d'intervention équitable aux personnalités appartenant à des formations politiques non représentées au Parlement". Par exemple, le FN, LO ou la LCR. Mais dans ce cas, pas de
décompte à faire. Idem pour les représentants syndicaux, qui véhiculent pourtant un discours on ne peut plus politique... "Dans le cadre
de mon rendez-vous politique quotidien sur France Culture, je vais recevoir un porte-parole du mouvement "Sauvons l'université" , puis Alain Krivine, de la LCR, détaille Hubert
Huertas. Mais ils ne seront pas comptabilisés dans le temps de parole de l'opposition : absurde !" Idem pour Daniel
Cohen-Bendit, comme le remarque Le Point : le Vert est député européen... allemand. Et où classer des députés UMP officiellement hostiles à
Nicolas Sarkozy comme Nicolas Dupont-Aignan ou Jean-Pierre Grand ?
JOHNNY UMP, CALI SOCIALISTE
Dans un louable effort pour aider les rédactions à s'y retrouver, et comme le révèle La Croix, le CSA a donc publié un
annuaire, rassemblant 1 800 personnalités et la catégorie où elles doivent être rangées. Et le détail de cette liste est plutôt cocasse ! On y trouve par exemple Johnny et Laeticia Hallyday
étiquetés comme... "adhérents UMP", de même que les chanteurs Cali (adhérent PS), Yves Duteil (maire UMP d'un village de la Marne), Doc Gynéco (adhérent UMP), ou l'acteur Philippe Torreton
(conseiller municipal PS de Paris) et l'ex-présentatrice Denise Fabre (conseillère municipale UMP de Nice).
Pourtant, selon La Croix, la directrice adjointe de France Culture, Laurence Bloch, a
envoyé une lettre à tous ses collaborateurs pour leur demander de tenir compte de "tous les propos tenus, quelle que soit leur nature
(politique, privée, de nature culturelle, culinaire ou tout autre)" : en clair, "c'est la qualité du locuteur qui compte et
non la nature des propos"...
Ceci est d'autant plus gênant que la liste du CSA est difficilement applicable, puisque plusieurs personnalités sont étiquetés sous plusieurs "casquettes". Ainsi, Bernard Kouchner est
classé au PS jusqu'au 18 mai 2007, date à laquelle il passe à "ministre", mais aussi... "divers gauche", et donc membre de l'opposition ! Autre problème : François Bayrou, et tous les membres
du Modem, sont classés au rang des "autres formations parlementaires". Si l'on comprend bien, ils n'entrent donc pas dans le
décompte des trois tiers.
Surtout, le listing contient des erreurs. Le journaliste de France Inter et France Culture Philippe Meyer, qui dirigeait la liste Modem du Ve arrondissement de Paris lors des dernières
municipales, est classé comme membre du Modem. Alors qu'il n'a "jamais été membre" de ce parti, vitupère-t-il
dans La Croix. LeFigaro.fr a, lui, pointé des incohérences: pourquoi la liste passe-t-elle sous silence Elodie Gossuin, miss France 2001 et
conseillère régionale UMP de Picardie, Francis Lalanne, chanteur et militant écologiste, Guy Roux, entraîneur de foot et conseiller municipal UMP d'Appoigny, dans l'Yonne ? Et pourquoi Bernard
Tapie n'apparaît-il pas, alors qu'il a officiellement soutenu la campagne de Sarkozy ? Et Le Point complète cette liste des
sympathisants people oubliés : "Steevy Boulay (UMP), Patrick
Sébastien (Modem), Laurent Ruquier (PS), Enrico Macias (UMP), Roger Hanin (ex-PS devenu UMP), Mireille Mathieu (UMP), ou encore Arno Klarsfeld (UMP)...
"Cette liste est obsolète et doit dater de la période de campagne présidentielle", a indiqué le CSA à 20minutes.fr (alors qu'il ne nous a pas répondu sur ce point).
Pourtant, le listing a bien enregistré la nomination de Bernard Kouchner en mai 2007... Et interrogé par @si, Laurent Larcher, le journaliste de La Croix qui l'a publiée, est formel :"Ce fichier est bien celui qui a été fourni par
le CSA aux radios en janvier, afin de les aider à classer leurs intervenants".
http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=1620