Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /2009 12:06


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Deuxième partie de l’interview


Xavier Darcos, Gilles de Robien, François Fillon, Luc Ferry, Jack Lang, Claude Allègre… Six ministres en dix ans. C’est normal ?


Est-ce bien différent dans les autres secteurs ? Il y a eu aussi beaucoup de ministres chargés de l’économie française dans la même période. Je crois que cette instabilité est le signe d’un essoufflement général de nos institutions, elle signale en même temps l’écart grandissant entre le temps du politique et le temps des institutions. Mais je veux bien considérer que le métier de ministre de l’Education nationale est particulièrement usant. C’est un poste très exposé, les Français sont très attachés à l’école, c’est un ministère complexe qui rassemble à lui seul la moitié des fonctionnaires, c’est aussi le ministère de l’avenir, donc aux prises avec une lourde responsabilité et une grande complexité. En tout cas, c’est un poste qui appelle un titulaire avec une vraie « surface » politique.


Dans cette liste des derniers, vous avez une préférence ?


D’un point de vue pédagogique, je ne crois pas aux vertus du classement, c’est contraire aux principes de l’évaluation formative ! Non, sérieusement je ne crois pas particulièrement à la personnalisation de la politique et, au-delà de telle ou telle personne ou tel ou tel individu, c’est la politique suivie qui m’intéresse le plus. Bon, je veux bien faire un sort particulier à Claude Allègre : il ne doit pas y avoir beaucoup de cas où une équation personnelle désastreuse ait pu à ce point transformer une situation extrêmement favorable en catastrophe totale. A ce degré-là, ce n’est plus de la politique c’est de l’art !


Désolé de mettre les pieds dans le plat, mais considérez-vous, aujourd’hui, Xavier Darcos comme un interlocuteur ?


Pour le Sgen-CFDT, l’interlocuteur naturel sur les questions de l’Education nationale, c’est le ministre de l’Education nationale donc Xavier Darcos. Ce n’est pas à nous de choisir nos interlocuteurs. Dans notre système politique, il est important que le titulaire d’un poste ministériel dispose de la confiance du véritable chef du gouvernement (le président de la République) mais également de la marge de manœuvre et des moyens de mener sa politique… Il ne peut pas y avoir deux ministres de l’Education nationale, un seul suffit qui  doit être doté de l’autorité nécessaire, pour se faire respecter, y compris par sa hiérarchie intermédiaire .


Qu’a fait Xavier Darcos, selon vous, de mieux ? Ne me dites pas qu’il n’a rien fait de bien, ça n’existe pas…


Réaliser l’unité syndicale ? Difficile de porter un jugement positif sur tel ou tel point dans un contexte, quand même, marqué par des décisions que nous condamnons… Je réponds tout de même à la question : il y en a sans doute d’autres mais me vient en mémoire une circulaire particulièrement bienvenue sur l’homophobie à l’école. D’autant plus que j’ai l’impression que la vraie personnalité de Xavier Darcos se situe plus dans ce type d’engagement que dans ses déclarations péremptoires sur les syndicats ou la formation des IUFM, par exemple. Mais enfin les faits sont là : choix personnels ou commande politique, jusqu’à ce jour Xavier Darcos n’a pas été un ministre de dialogue. Si l’on veut retrouver la sérénité nécessaire à une évolution positive de l’école, alors il faut sortir des provocations permanentes et des mises en cause récurrentes du professionnalisme des enseignants. Les personnels ont besoin de se sentir à nouveau reconnus et respectés dans leur métier.


Et qu’a-t-il fait de pire ?


Je ne sais pas si c’est le pire mais en tout cas c’est le moment de la rupture de confiance dans le premier degré et c’est porteur de risque de régression pour l’avenir : je veux parler des « nouveaux » programmes dans le premier degré. Un texte écrit sans concertation, truffé d’inconséquences, irréalisable, porteur d’une vision passéiste de ce que doit être l’école, excusez du peu. Au final des collègues qui se sont sentis méprisés dans ce qui fait l’essence de leur profession, un bel exemple de ce mélange d’amateurisme de brutalité et d’idéologie dont je parlais.


Que peut-il faire encore ?


D’abord, il lui faut rétablir la confiance. La question des postes ne dépend pas que de lui mais  elle est primordiale. Il pourrait également, sur des dossiers comme celui de la mastérisation ou de la réforme des lycées, qui va redevenir d’actualité suite aux travaux de Richard  Descoings, prendre le temps nécessaire à la concertation.  Il pourrait engager des discussions sur la mise en place d’un véritable agenda des réformes. Contrairement à ce qui se dit dans les couloirs du ministère, il ne s’agirait pas de l’agenda des mobilisations pour s’opposer aux réformes mais d’une démarche propre à rassurer les personnels sur les évolutions futures et le sens que veut leur donner le gouvernement.


Sentez-vous de la part des représentants du pouvoir la volonté d’infliger une défaite au syndicalisme enseignant ?


Je crois que cette volonté a existé. Les communiqués de victoire du printemps dernier, un peu prématurés, en sont une preuve ! Je crois aussi qu’il existe ou qu’il a existé dans ce domaine comme dans d’autres la tentation de se passer des corps intermédiaires, avec les brillants résultats que l’on peut voir. Il est vrai que le syndicalisme enseignant est le plus souvent assimilé à une force de blocage plus qu’à une force de transformation. C’est une critique particulièrement injuste dans le cas du Sgen-CFDT. A lui seul, ce renvoi systématique, dans le discours du ministre, à un bloc syndical qui serait homogène sur ces questions est un signe négatif.


Vous êtes le dirigeant d’une organisation minoritaire. En même temps, sur toutes les grandes questions, le SGEN-CFDT et le SE-UNSA font front commun. Une bannière commune n’aurait-elle pas plus de poids ?


Entièrement d’accord. L’éparpillement syndical est un vrai problème. La question se pose sur tout le spectre mais dans la partie qui m’intéresse, c’est à dire le camp des organisations qui militent pour un changement progressiste, progressif et concerté, il est clair que notre division nous empêche de peser du poids nécessaire pour mener à bien notre démarche. Notre instance dirigeante en a fait l’analyse lors de sa dernière réunion et nous appelons clairement à mettre en œuvre des démarches de convergence. D’autant que les nouvelles règles de représentativité obligent tout le monde à s’interroger. Notre démarche est simple : pas d’exclusives, pas de préalables sur le catalogue revendicatif ou sur le type d’organisation… Mais comme cela n’aurait aucun sens de reproduire ces démarches « unitaires » qui ont toutes abouti à la naissance d’une nouvelle organisation, nous disons que cette démarche s’inscrit dans le cadre confédéral de la CFDT. Une démarche similaire vient d’aboutir à l’affiliation de la FGAAC (fédération générale autonome des agents de conduite) à la CFDT dans le domaine des transports, donc c’est possible !


Attendez… Vous voulez dire que le seul moyen de vous rapprocher est que le SE-UNSA adhère à la CFDT?


Nous avons sur bien des dossiers des analyses convergentes, nous sommes très souvent porteurs de revendications similaires, et je suis favorable à ce que nous développions à chaque fois que c’est possible des actions en commun. Cela peut prendre différentes formes dont nous sommes prêts à discuter. Nous avons un intérêt évident à développer ce type de travail en commun. Mais la question qui est posée aux organisations syndicales au vu de la loi sur la représentativité et des accords de Bercy, c’est en quelque sorte d’atteindre la taille critique. Même si je ne les partage pas je peux entendre les remarques négatives sur la manière dont ces règles ont été mises en place. Par contre, il serait irresponsable de militer pour le maintien d’un système qui encourage à ce point l’éparpillement. Quoiqu’il en soit, l’UNSA a fait elle- même l’analyse que dans le nouveau contexte, il lui fallait se rapprocher d’une autre organisation. Elle a choisi la CGC. Ce rapprochement est pour l’instant suspendu à la décision de la CGC. Si cette démarche devait aboutir, le rapprochement serait pour nous difficile tant l’approche et les valeurs de la CGC nous semblent éloignées de notre vision du syndicalisme. Si cette démarche n’aboutit pas, alors la discussion est ouverte et pas seulement avec l’UNSA Education.


On place au premier plan la figure du professeur de Zep, ce héros qui fait à lui seul tenir la République face à la loi de la « cité ». Mais seule une minorité d’enseignants est réellement confrontée à ce type de difficultés. Doit-on continuer, au nom de l’égalitarisme statutaire, à faire semblant de croire qu’enseigner aux Tarterêts équivaut à enseigner à Saint-Germain des Prés ?


Prendre en compte la réalité des métiers dans leurs diversités, c’est un leitmotiv de la CFDT. D’où l’insistance mise sur la question des conditions de travail, d’où cette grande enquête réalisée par le Sgen-CFDT l’année dernière et dont nous exploitons encore les résultats au plan local : nous avons interrogé près de 20 000 collègues, enseignants et non enseignants, travaillant en collège, et nous comptons bien poursuivre ce type d’action qui permet aux équipes syndicales de disposer d’éléments comparatifs pour travailler ces questions avec les collègues. Au delà, il est nécessaire de doter les écoles, les établissements et les services à la fois des moyens de fonctionnement autonomes et des instances représentatives des personnels qui gèrent cette autonomie pour que l’organisation du travail et des enseignements soient adaptée aux réalités.


Cette nouvelle autonomie accordées aux équipes pédagogiques doit s’accompagner d’une répartition qui tienne mieux compte des réalités socio économiques des secteurs concernés, d’une relance de la politique territoriale des ZEP, le tout appuyé sur des contrats d’objectifs et de moyens. Cette révolution dans la manière de piloter le système éducatif que le Sgen-CFDT appelle de ses vœux doit permettre à la fois plus de justice sociale, plus de réussite scolaire et une amélioration des conditions de travail de tous les collègues.


Oui, mais ma question… Tarterêts, Saint-Germain-des-prés, même combat ?


La prise en compte des différences dans les conditions d’exercice des métiers d’enseignants mais aussi de CPE, de conseiller d’orientation… peut intervenir dans le cadre d’un même statut. Du moment que cela est établi sur des bases objectives, on peut prendre en compte les situations particulières (par l’attribution de décharges de service, d’avancement d’échelon …). Il faut simplement que l’administration accepte de reconnaître que travailler aux Tarterêts doit être valorisé par rapport à l’exercice dans un environnement plus stable. Pour le Sgen, c’est une évidence, encore une fois au nom de l’équité.


L’idée d’un consensus sur une politique éducative qui, au lieu de l’entretenir, dépasserait le clivage droite-gauche est-elle une idée ridicule?


Établir un consensus dans notre société sur les évolutions attendues de notre système éducatif non seulement n’est pas ridicule, mais c’est même nécessaire si on veut inscrire dans la durée un processus de réforme. Mais attention, le débat ne portera pas uniquement entre droite et gauche mais aussi entre centralisateurs et partisans de l’autonomie, entre partisans de l’élitisme et militants de la réussite de tous, entre défenseurs de l’égalité formelle et promoteurs de l’équité… Mais les travaux de la commission Thélot l’avaient montré : lorsque l’on ne met pas le débat entre les mains des amateurs de polémiques et que l’on convie les citoyennes et les citoyens à donner leur avis, non seulement ils répondent mais leurs objectifs sont clairs et dessinent les contours d’une politique éducative adaptée à son temps. Si le politique voulait se montrer à la hauteur des attentes de la société pour notre école nous aurions là un beau projet, et le Sgen-CFDT en serait certainement un acteur engagé !


Propos recueillis par Luc Cédelle



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Publié dans : profencampagne - Communauté : Désirs d'avenir
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