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La météo a choisi son camp : cette deuxième journée d’action intersyndicale devrait être un succès. «Le printemps revient avec deux jours d’avance dans les rues de nos villes»,
se réjouit la CGT sur son site, avec «des manifs par dizaines pour chasser les nuages qui nous plombent le moral».
Au total, 213 cortèges sont organisés un peu partout en France à l’appel de l’ensemble des organisations syndicales (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, Unsa, FSU et Solidaires), soit une douzaine de
plus que le 29 janvier. Le défilé parisien, qui part à 14 heures de République en direction de Nation via Bastille, devrait rassembler au moins autant de monde qu’il y a un mois et demi, où
les organisateurs avaient annoncé 300 000 manifestants et la police 65 000.
Sympathie. Au gouvernement, et en particulier chez le ministre du Travail Brice Hortefeux, on mise sur une mobilisation «plus ou moins comparable à celle du 29 janvier». L’ancien
Premier ministre Jean-Pierre Raffarin donnait hier le ton de ce qui devrait être la ligne de conduite officielle en expliquant que ces manifestations devaient «être respectées, parce qu’il y
a beaucoup d’inquiétude dans la société».
Si l’exécutif et sa majorité ont décidé d’être mesurés dans l’expression politique sur cette journée d’action, c’est que les sondages montrent la grande sympathie de l’opinion pour cette journée
d’actions. L’enquête de Viavoice pour Libération (réalisée les 5 et 6 mars auprès de 1 009 personnes) montre que 62 % des Français et 42 % des électeurs de Sarkozy se disent
«solidaires» de la mobilisation syndicale. Ils sont même 78 % (53% des sympathisants UMP) à trouver «justifié» le mouvement d’aujourd’hui, selon un sondage de l’Ifop pour
Paris Match (réalisé les 12 et 13 mars auprès de 965 personnes). L’affaire du bouclier fiscal (lire page 5) ravive encore ce sentiment de culpabilité qui traverse l’UMP et ses élus
face aux conséquences sociales de la crise.
Cette compréhension affichée à l’égard du mouvement social ne semble pas partagée par Laurence Parisot, qui s’est ingéniée mardi à mettre de l’huile sur le feu. La journée a aussi un
«coût en termes de démagogie, d’illusions créées», a lancé la présidente du Medef qui s’en est pris à la CGT, accusée de «provoquer des destructions d’emplois» à Marseille avec
la mise en liquidation judiciaire du dernier chantier de réparation navale, l’UNM (Union Naval Marseille, du groupe espagnol Boluda).
La patronne des patrons «fait preuve d’un archaïsme d’un autre temps et contribue à sa manière à tendre un peu plus la situation», a aussitôt réagi le secrétaire général de la CGT,
Bernard Thibault. Pour son collègue de la CFDT, François Chérèque, Laurence Parisot pratique la «démagogie», en tenant des propos «insupportables». Quant à la première
secrétaire du PS, Martine Aubry, elle n’a pas manqué l’occasion de dénoncer «des propos indécents».
Pourquoi la présidente du Medef, qu’on a connue meilleure communicante, s’est-elle ainsi lâchée contre la CGT ? Laurence Parisot n’a visiblement pas apprécié que le gouvernement demande au Medef
de rappeler à l’ordre les dirigeants d’entreprise qui continuent à se servir des bonus ou qui profitent de la crise pour licencier tout en tendant la sébile aux pouvoirs publics. Le gouvernement
a adressé à la présidente du Medef et à Jean-Martin Folz, son homologue de l’Afep (Association française de l’entreprise privée, qui regroupe les patrons des 83 plus grands groupes), une lettre
signée de Christine Lagarde et Brice Hortefeux leur enjoignant de mettre en œuvre d’ici le 31 mars un «dispositif opérationnel» limitant la rémunération des dirigeants de sociétés
cotées.
«Roi Sarkoval». Or, sur le sujet, Laurence Parisot est de plus en plus contestée au sein du Medef. La tentation était donc forte de revenir aux bons vieux réflexes patronaux en faisant
des syndicats en général et de la CGT en particulier un bouc émissaire. Au risque, comme l’a relevé Bernard Thibault, de «provoquer un peu plus de participation encore dans les
manifestations». Dont la principale cible reste quand même Sarkozy. A Toulouse est prévu à 13 heures sur la place du Capitole le procès du «roi Sarkoval». Tandis qu’à Nantes est organisé un
atelier d’écriture de doléances pour lancer la procédure de destitution de Nicolas Sarkozy.
http://www.liberation.fr/politiques/0101556379-le-greve-bat-le-pave-et-les-records-de-popularite