
Alain, enseignant/pédagogue.
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Lundi 20 juillet
« Il n’y a point de merveilleux dans l’ordre moral… »
J’emporte avec moi, toujours, un livre et mon ordinateur portable. Je peux ainsi combler deux manques si je venais à les
oublier : lire et écrire…
Biarritz, ville ô combien superbe sous ses couleurs basques rouges et vertes, mais ô combien bourgeoise derrière les murs de
son golf, de ses hôtels, derrière les lunettes de soleil de ses femmes au teint hâlé, aux jambes interminables et aux sourires distants, m’accueille et me donne à regarder, entre deux
balancements d’une robe si fine qu’elle dessine jusqu’à la lingerie idéale de quelques brunes toutes mèches au vent matinal et frais, la mer qui explose sur les hauts rochers bornant la
plage.
Assis à une table de café, j’ouvre au hasard le livre que j’ai choisi. Alain, immense enseignant, philosophe clairvoyant, a écrit un joli texte dans son Préliminaires à l’Esthétique. Il l’a intitulé : Le Philtre et l’Amour.
Je vous le livre ici tellement il me semble juste. Je vous le livre au mot, à la virgule
près :
« J’ai souvent eu l’occasion, en lisant des Contes, de vérifier une intéressante remarque que j’ai lue autrefois,
c’est qu’il n’y a point de merveilleux dans l’ordre moral. Les enchanteurs et les sorcières peuvent tout sur le prince Charmant, et même le changer en oiseau bleu, mais ils ne peuvent point
changer son cœur ; même vêtu de plumes, et privé du langage humain, il vient encore chanter à la fenêtre de la bien-aimée. Et comme cette fidélité indomptable du héros rencontre toujours des
volontés capricieuses, ou bien divisées les unes contre les autres, elle trouve finalement passage. En quoi les Contes sont beaux et vrais. Courage et constance triomphent. Et, à côté de cette
vérité capitale, les fantaisies d’imagination concernant l’ordre extérieur sont bien peu de choses. Dans le fait, les plus grands maux, et d’abord la guerre, viennent des passions en nous et
autour de nous, choses menaçantes, et en apparence invincibles, mais dont toute la force est pourtant en ceci qu’on y croit et qu’on leur
cède.
J’ai trouvé un autre genre de vérité, moins tonique et bien plus amère, dans un conte que l’Académie vient de couronner
encore une fois, et que l’on m’a fait lire. C’est ce roman de Tristan et Iseult, dont on m’a dit merveilles bien des fois, et que je n’aime point. J’y retrouve les enchantements et les fées, j’y
crois retrouver cette fidélité héroïque qui va à ses fins à travers tous les obstacles ; mais le philtre me gâte tout ; c’est une faute, il me semble, contre les règles du genre. Encore
si Tristan et Iseult l’avaient bu volontairement, afin de fortifier en quelque sorte leur serment par une nécessité extérieure, je suivrais d’un cœur ami les effets de cette opération
magique ; j’y retrouverais, malgré ce philtre, les miracles du sentiment. Il me plairait de voir revenir ce Tristan sous diverses figures ; et la forte simplicité d’Iseult me ravirait
lorsqu’elle dit : « Dès que je reverrai cet anneau, j’obéirai à celui que j’aime ; il n’y aura ni gardes armés, ni murailles ». Mais la nécessité extérieure, que je ne puis oublier,
corrompt et souille en vérité cette fidélité héroïque ; car c’est par hasard et méprise que Tristan et Iseult ont bu dans la même coupe le breuvage magique qui les attache l’un à l’autre. Je ne méconnais point les beautés
d’expression, ici et là ; ce sont comme les débris d’une admirable histoire ; mais mal recollés, et joints à d’autres qui ne s’y accordent pas du
tout.
Et cela me rappelle l’histoire de Don Juan, que peut-être j’ai inventée, et qui est aimé d’une belle femme, mais folle à lier ; il n’en est pas plus
fier. Par-dessus tout c’est la volonté libre et fidèle qui est aimée ; c’est elle aussi qui aime. Ce qu’il faut dire surtout, car c’est ce qui intéresse les naïfs problèmes du cœur, c’est
que la fatalité qui subit l’amour ne peut point du tout aimer ni être aimée. L’amour est du règne de la grâce et de la pure liberté. C’est pourquoi celui qui aime par philtre ne peut pas du tout dire qu’il aime, ni être aimé. Ce qui est inévitable et exactement pathologique, n’est pas aimé. Cette remarque se résigne à
étonner ; il le faut pour un bon jugement de l’amour et des devoirs qui en résultent. De quelque côté qu’on considère ses chères pensées, la fidélité n’est jamais une nécessité qu’on éprouve ; à bien regarder, la fidélité est plutôt tout le contraire ;
elle suppose l’intime sentiment d’une infidélité possible. Tel est le fil d’or qui devrait joindre ensemble les hardis ou ingénieux stratagèmes du cœur ; et le chant du rossignol, imité
par l’amoureux, serait sublime alors ; sublime aussi ce miracle du rosier qui, après la mort des amants, joint encore leurs tombes. Mais cette antique histoire s’est trouvée mêlée à
d’autres ; et ce récit porte la marque d’érudits rapiéceurs qui tous ont manqué de cœur ou de goût, ce qui est ici la même
chose »
Il est midi trente… J’ai rendez-vous après déjeuner avec mes amis biarrots. La chaleur est caressée par le vent marin. A moins que ce soit l’inverse… Un
jeune homme observe ce que j’écris et me demande si je suis écrivain ! En souriant je lui dis simplement qu’il suffit de mettre des mots où il n’y en a pas pour être écrivain. Alors
peut-être le suis-je… Mais je ne prétends pas l’être… Mes seules certitudes mais aussi bien des doutes, jeune homme, son dans ce que j’écris, pas dans le fait
d’écrire.
J’ai marché sur la lune !...
De la nuit du 20 au 21 juillet 1969, année érotique et lunaire à la fois, je me souviens du téléviseur que mon père avait loué. Nous étions en vacances à
Aix-en-Provence, dans une grande maison louée à un professeur d’Histoire de l’Université. Spécialiste de l’Egypte ancienne, elle avait appelé son chien, un basset, Osiris. Les images étaient en
noir et blanc. Mes parents m’avaient réveillé. Tous les trois avions assisté à ce « moonwalk » anticipé…
Au moment où Neil Armstrong posa le pied sur le désert lunaire, quelques secondes avant même, je me souviens être sorti de la maison, avoir cherché l’astre
nocturne dans le ciel sous les yeux étonnés de mon père. « Mais que fais-tu ? Viens voir ! ».
Je voyais ! Je voyais la lune et j’imaginais ces deux hommes marchant, là-haut, sur cette boule jaunâtre. J’ai marché avec eux… J’ai marché sur la
lune !
Depuis cette nuit là, j’ai préféré rendre les choses vivantes. C’est sans doute la raison pour laquelle j’ai préféré toujours les temples grecs aux
pyramides d’Egypte. Ces dernières sentent la mort… Les temples grecs offrent la vie !
Tant pis pour Osiris !
Ceux qui savent…
Il y a deux catégories dans ce monde : ceux qui souffrent. Et ceux, allez-vous me dire, qui ne souffrent
pas…
Non ! La seconde catégorie est composée de ceux qui savent pourquoi les premiers souffrent…
Et en général se contrefichent de le savoir !...
Le théâtre a-t-il un rôle politique ?
C’est une des questions que pose Eric Aeschiman au philosophe Jacques Rancière. Celui-ci a dernièrement
écrit Le Spectateur
Emancipé (Editions La Fabrique). Il montre comment la critique de la société du spectacle
contribue à ce qu’elle dénonce.
Dans sa réponse, Rancière affirme avec justesse que « l’école, l’université ou le théâtre ont la charge écrasante de
« former des citoyens ». Cela évite de se demander ce que l’on veut politiquement. Le théâtre n’est qu’un mode parmi d’autres de circulation des formes sensibles, des récits et des
significations dans nos sociétés. Il n’a pas de mission à remplir. Il suffit qu’il propose des façons différentes de « partager le sensible », à charge pour les spectateurs d’en tisser
autrement les éléments. C’est en cela qu’il est politique. Car une communauté politique, c’est une réunion d’individus qui créent un « commun » par un nouveau tissage du sensible et du
dicible, par une remise en cause permanente de la réalité telle que la présente la logique dominante. La fiction permet cela et, en ce sens, le théâtre doit être un lieu de dispersion plus que de
rassemblement ».
(Voir à ce sujet l’article de Libération en date du 20 juillet page 20)
L’art permet-il tout?
L’art permet-il tout ? Je répondrai, sans avoir le temps de développer : non.
En revanche, il peut tout se permettre à condition d’assumer les conséquences de cette liberté.
Ce que ne font pas les « artistes » provocateurs d’aujourd’hui qui pleurnichent quand on leur fait telle remarque, qu’on ose telle
critique, qu’on rejette leur « œuvre ». Ils peuvent tout se permettre.
Qu’ils permettent en retour qu’on leur dise « non » quand bon nous semble.
Mardi 21 juillet
Qu’est-ce qu’une école juste ? (3)
Résumé du livre de François Dubet :
L’Ecole des chances. Qu’est-ce qu’une école juste ? Seuil-La République Des idées
Les obstacles sociaux à l’égalité des chances
Avec l’abolition de l’examen d’entrée en sixième puis la création du collège unique en 1975, chaque enfant entre dans la même
école que tous les autres et se voit offrir la même chance d’aller au bout du parcours de la réussite puisque l’argent et la naissance ne peuvent plus lui fermer les portes du succès. Le passage
de l’élitisme républicain à l’égalité des chances a entraîné une véritable révolution scolaire : tous les élèves entrant dans la même compétition, la sélection ne se situe plus en amont de
l’école, mais dans le cours même de la scolarité. Dès lors, l’hétérogénéité des élèves dans le même cadre scolaire devient une épreuve pédagogique fondamentale pour les enseignants du secondaire,
pendant que l’échec scolaire devient un problème pour les élèves et les familles.
A la question des inégalités d’accès se substitue celle des inégalités de réussite.
Bien que l’accès aux biens scolaires se soit élargi, bien que le système ait connu une démocratisation quantitative
incontestable, bien que le niveau moyen ait augmenté (eh oui !) et que les filles en aient été les principales bénéficiaires, bien que le système soit ouvert à tous par le biais d’une
formation commune jusqu’à 16 ans, les résultats sont plus que décevants :
- Dès les années 1960, puis ensuite avec les travaux de Bourdieu, Passeron, Establet, Baudelot, Boudon, Girard et j’en passe, il a été démontré que la
fortune n’était pas le seul obstacle à l’égalité des chances et que la distribution des carrières et des performances scolaires des élèves restait fortement
inégalitaire.
- La démocratisation est devenue, comme le dit Pierre Merle, « ségrégative » : si l’accès aux biens scolaires s’est élargie, les filières et
les formations prestigieuses restent un quasi monopole des groupes favorisés alors que les moins favorisés monopolisent les filières courtes et peu rentables. Les filières du Bac en sont un
exemple absolument signifiant.
- Le système scolaire fonctionne selon un processus de « distillation fractionnée ». Le fait qu’il n’y ait plus de sélection sociale en amont des
études n’empêche pas qu’il y ait, à travers la sélection scolaire, une sélection sociale dans le cours même des études. Chacun sait et constate que les élèves les plus faibles, qui sont très
majoritairement les moins favorisés socialement, sont évacués vers des filières de relégation, de faible prestige et de faible utilité.
Ces inégalités se manifestent d’ailleurs dès le début de la scolarité ! Tous les tests démontrent que les enfants de cadres ont des résultats très
supérieurs à ceux des enfants d’ouvriers. Par la suite, ces inégalités sont prises dans un processus de croissance géométrique. En effet, les petites différences de départ vont en s’accentuant
tout au long du parcours. Ceci explique que si les enfants des familles favorisées ne sont pas tous dans de grandes écoles, les élèves de ces grandes écoles sont tous issus de familles favorisées
socio-culturellement.
Comment expliquer l’emprise constante des inégalités sociales sur les inégalités scolaires ?
1- Les divers groupes culturels et sociaux développent précocement chez les enfants des attitudes et compétences plus ou moins favorables à la réussite
scolaire. Chaque groupe favorise plus ou moins les études, donne aux enfants des compétences cognitives ou verbales plus ou moins proches des attentes de l’école, ce qui fait que les enfants des
groupes favorisés ont une connivence immédiate avec la culture scolaire alors que les enfants des groupes les moins favorisés doivent s’acculturer à un monde scolaire qui leur restera toujours un
peu étranger. En fait, les catégories sociales supérieures gardent et garderont toujours un avantage scolaire décisif. Sauf à annuler totalement les inégalités sociales, ce qui semble évidemment
plus qu’utopique.
2- Les parents, selon leur appartenance à tel ou tel groupe social, guident leurs enfants avec plus ou moins d’efficacité. Cours particuliers, séjours
linguistiques, surveillance du travail à la maison, choix des filières les plus rentables, choix des options qui « rapportent » finissent par agréger toutes les petites différences qui
font les grands écarts au terme des études. Les parents les plus attentifs, souvent les plus compétents, utilisent à leur profit les possibilités les plus subtiles offertes par le système
scolaire. L’exemple du latin choisi en collège pour être dans la « bonne » classe en lycée, quitte à abandonner le latin en fin de course (le taux d’abandon est énorme !) est
significatif. Mais faut-il blâmer les parents ? Évidemment pas ! Ils ont compris le « jeu »...
L’addition de ces deux types de processus social finit par créer des inégalités décisives et surtout par faire que les distinctions scolaires recouvrent les
hiérarchies sociales. Et, au bout du compte, aussi décourageant soit-il mais c’est un fait, l’égalité des chances ne produit absolument pas d’égalité de résultats. Pire même, dans l’école
démocratique de masse, ce ne sont plus les seules inégalités sociales qui sélectionnent les élèves mais les mécanismes scolaires eux-mêmes qui font le « sale boulot » ! Et,
paradoxalement, les conséquences sociales des échecs et des succès scolaires ne cessent de s’alourdir avec la promotion du principe de l’égalité méritocratique des chances et de l’accès de tous
aux études.
(A suivre : L’arbitre n’est pas impartial)
Ségolène Royal avait raison sur toute la ligne ! Et ça continue…
Le Parti Socialiste offre aux éditorialistes et à la droite, en cet été 2009, la triste et pitoyable occasion de se moquer de
lui. C’était prévisible. C’était annoncé aussi. Par une certaine Ségolène Royal qui, dès la campagne présidentielle 2007 au cours de laquelle ses propres « camarades » lui préparèrent
méthodiquement une défaite qu’ils appelaient de leurs vœux, avait pointé du doigt tous les errements, les archaïsmes, les ambitions personnelles, le manque de projet, la rupture avec la base
ouvrière pourtant terreau des succès antérieurs, l’impréparation, l’aveuglement devant la montée des Verts, des alliances absurdement rejetés avec le MODEM mais aujourd’hui souhaités, le peu
d’implication des militants (souvenez-vous des sourires en coin quand Ségolène Royal défendait et défend toujours la Démocratie participative) tous les errements donc de ce parti aujourd’hui aux
mains d’une première secrétaire mal élue mais élue quand même, sans autorité et confrontée à TOUS les défauts soulignés par la Présidente de la Région Poitou-Charentes. A tel point que même
certains soutiens de Martine Aubry, Arnaud Montebourg en tête, mais aussi Pierre Moscovici et quelques autres, accompagnés d’une immense majorité des militants, demandent à la première secrétaire
de très rapidement changer de cap en organisant, notamment, des « primaires ouvertes ». Primaires ouvertes, un processus défendu en son temps par… Ségolène Royal. Un processus raillé,
moqué, rejeté par beaucoup de ceux qui le réclament aujourd’hui !
Pour l’instant, elle se tait. Il sera temps, à La Rochelle fin août lors de l’Université d’été, de faire le point. Mais parler sera nécessaire.
Le Parti Socialiste, l’opposition toute entière, une opposition constructive et de projets novateurs, voire iconoclastes parfois, ont besoin de toi Ségolène ! Prends la parole, une parole
libre qui libèrera tous les militants, tous les sympathisants pour un nouveau départ vers la refondation, ENFIN, tant attendue, tant désirée !
Il faut en finir avec cette farce ! Et très vite !
Au travail, avec Martine Aubry pourquoi pas ? Là n’est vraiment pas le problème !
(Sur un autre sujet, celui des sondages d’Opinionway, Ségolène Royal avait émis des doutes quant à l’utilisation des résultats et la manière de formuler les questions. A l’époque, on l’accusa
d’à-peu-près tout. La très sérieuse Cour des Comptes vient pourtant de justifier une très grande partie des propos tenus par la candidate socialiste à la Présidence de la
République).
Quand un virus chasse l’autre…
En plein cœur de l’été, alors que les pays riches lézardent au soleil, que l’activité économique vit au ralenti, le virus du SIDA lui est en « plein
travail ». Et il peut ravager tranquille ! Lors du dernier congrès sur le SIDA au Cap (Afrique du sud), les participants s’attendent à une moindre mobilisation du Nord en raison de la
crise et de la grippe A. Or sans ces aides, il est acquis que des milliers de malades en Afrique sont tout simplement condamnés !
Quelques chiffres :
- Pour l’instant, il manque déjà 3 milliards de dollars au Fond Mondial de Lutte contre le SIDA.
- 30 millions de personnes sont mortes du SIDA dans le monde depuis que les premiers cas ont été détectés, il y a 27 ans.
- 33 millions de personnes vivent actuellement avec le VIH dans le monde.
- 90% des enfants atteints du SIDA ne sont pas soignés ! Globalement, 7 millions de malades sur les 33 millions sont en attente de
traitement.
- Les laboratoires pharmaceutiques consacrent… 1% de leur chiffre d’affaires à des programmes d’accès aux médicaments contre le
SIDA.
Et ce dernier chiffre que l’on doit absolument garder en mémoire :
Parmi les 500 000 personnes qui meurent chaque année dans le monde de coinfection du SIDA, 90% sont des
africains !
(Voir à ce sujet l’enquête menée par Libération en date du 21 juillet pages 2 à 4).
A suivre demain...