
Ce matin de Noël, j'écoutais Laurent Joffrin parler de l'année politique sur France Info. Plus particulièrement du Parti Socialiste dont l'éditorialiste de Libération brossa un rapide portrait.
Rapide car comme je l'ai déja écrit ici, la presse quotidienne n'a plus le temps du recul. Hélas pour Laurent Joffrin, excellent journaliste, homme courageux mais dont les analyses à courte vue
ne résistent pas au début d'une réflexion. Encore moins à une réflexion complête. Pour Joffrin le PS c'est:
- un parti convalescent (c'est juste)
- une Martine Aubry qui commence à s'affirmer. A l'appui de cet avis, je cite: "Elle a fait deux discours qui étaient bons". Soit...
- Un DSK qui en jouant les arlésiennes est en tête des sondages, ce dont, faussement naïf, s'étonne Joffrin. Un étudiant en première année de Sciences Po sait pourtant qu'en matière de sondages,
moins on en dit, moins on en montre, moins on se frotte aux réalités, moins on prend de coups, moins on s'expose, plus la place en haut de l'échelle des sondeurs vous est acquise.
- Une Ségolène Royal qui "sait organiser des coups médiatiques mais qui, en s'invitant à Dijon, s'est fait très mal". Pas un mot sur la récente réussite, certes partagée avec des partenaires
privés et institutionnels, en Région Poitou-Charentes avec Heuliez. Prudent, Joffrin a quand même prévenu qu'elle pourrait "revenir"...
Que les choses soient claires. Je ne pense pas que Libération ni Laurent Joffrin ni David Revault d'Allonnes (journaliste qui "couvre" le PS à Libé) soient des anti ségolénistes
primaires. Non.
Mais ils sont tombés dans le piège de l'air du temps. Celui qui condamne les journalistes à ne plus respecter la règle consistant à privilégier l'observation, l'analyse, la réflexion, l'
OBJECTIVITE neutre. Ont-ils le droit de dire du mal de tel ou tel, plus exactement de dire ce qu'ils pensent de tel ou tel, fut-ce Ségolène Royal? EVIDEMMENT OUI! Je serai le premier à défendre
un homme auquel on interdirait de dire ce qu'il pense! Même si ce qu'il pense est contraire à mes convictions. Empêcher aujourd'hui un homme (une femme) de s'exprimer, c'est mettre en branle une
machine terrifiante qui broiera tout sur son passage. Y compris ceux qui ont enclenché le moteur de la dite machine...
Je ne leur demande qu'une chose en revanche. Qu'ils ne se conduisent pas en procureurs. En procureurs qui n'instruiraient qu'à décharge pour les uns, qu'à charge pour les autres. Qu'ils disent
TOUT mais AVEC EQUILIIBRE. Et j'invite Laurent Joffrin, pour qui j'ai une immense admiration, à lire et relire ce merveilleux livre de Florence Aubenas (quelle JOURNALISTE!!!!!!) et Miguel
Benasayag:
La Fabrication de l'Information et l' idéologie de la communication, La Découverte Paris 1999.
Il en retirera un grand bénéfice...
Christophe