
http://www.clg-gibraltar.ac-aix-marseille.fr/spip/IMG/rubon24.jpg
Hélène ou "la conteuse de mathématiques"
Depuis quelques temps déja j'avais envie de partager la parole. De travailler en équipe... En collège ou en lycée ce travail est rendu quasi impossible par l'organisation même des emplois
du temps qui laisse peu de place à autre chose que des discussions agréables mais rapides autour de la machine à café. Sans parler des lieux absolument pas pensés pour permettre de fructueux
échanges, non seulement entre enseignants mais aussi entre tous ceux qui interviennent, de près ou de plus loin, dans l'éducation des élèves.
Alors, une fois par mois, je laisserai ma place à une jeune collègue, encore stagiaire IUFM mais dans le grand bain à plein temps dès l'année prochaine. Ce qu'elle dit, la manière qu'elle a de le
dire me semblent dignes d'intérêt à l'heure où, nous affirme-t-on, le métier d'enseignant ne s'apprend pas...
Christophe
Toute nouvelle recrue de l’éducation nationale (à un remplacement près
l’année dernière pendant trois mois), j’avais envie de parler des élèves et de leur rapport aux mathématiques. De tous les professeurs que j’ai pu avoir, aucun n’a réussi à éveiller ma curiosité.
Les mathématiques étaient une vieille chose figée qui était née à un instant "t" et tout de suite morte après. Tout cela venait d’où ? Mystère ! Les nombres étaient apparus d’un coup de
baguette magique, comme les demi-droites, les parallèles et les drôles de propriétés qu’on devait apprendre. Comme si tout cela était naturel. Je ne voulais pas être prof de maths au départ, mais
professeur des écoles, ce métier me paraissant plus varié. Et puis finalement j’ai préféré travailler avec des ados. Vendredi, premier cours avec les sixièmes depuis les vacances de Toussaint.
Sur mon casier : "Prévention contre le tabagisme" annulée ! Evidemment, pendant les vacances j’avais planifié mes cours en fonction de mes activités et des salles à ma disposition. Je
rallonge donc d’une séance le chapitre.
Sur le moment, je rogne comme tout professeur qui se respecte (je commence à prendre des mauvaises habitudes) puis émerge l’idée de continuer en douceur cette partie du programme. Ainsi, lors de
la prochaine séance pourrai-je faire des activités plus ludiques et définitivement plus intéressantes que ce qui est actuellement en cours (perpendiculaires et parallèles), même si (j’ai de la
chance!) c’est une classe qui aime assez les maths et en particulier la géométrie. Je leur annonce le programme : « On finit la fiche d’exercices, on écrit une phrase dans le cours et ensuite
nous passerons à une activité qui je pense devrait vous plaire ». C’est alors que la magie opère : Matthieu, Chloé, Valentin, Emmanuel, Charlotte, les plus faibles comme les plus forts,
finissent en quelques coups de crayon la fiche d’exercices et le moment de l’écriture du cours se fait dans un silence anormalement religieux. Ensuite je leur projette au tableau des illusions
d’optique... Surprise des élèves. Puis je leur annonce « maintenant on va essayer de faire cette figure ». Je leur projette alors une tête de hibou au tableau. « Ouaaaaah! » Petit
plaisir de prof. Le lendemain, Matthieu, élève avec qui le début d’année n’a pas été évident, vient me voir pour me dire qu’il a fini sa tête de hibou la veille et Charlotte m’offre très
gentiment une illusion d’optique qu’elle a faite elle-même. Grand plaisir de prof. Petite pensée à mes anciens enseignants auxquels j’ai dû demander une centaine de fois « à quoi ça sert les
maths ? », question qui ne vient même pas à l’idée des élèves quand on leur explique par exemple l’origine des nombres ou quand on leur montre l’utilité de la géométrie pour faire de jolies
figures (uniquement pour le plaisir des yeux).
Je me rends compte que c’est maintenant que je prends du plaisir à faire des maths. C’est maintenant que je découvre tout ce qu’il y a derrière, l’histoire des maths, comment sont nés les
nombres, d’où viennent ces mots qu’on utilise en permanence (perpendiculaire, cercle...). Les mathématiques sont avant tout à conter aux élèves, pour susciter leur curiosité et leur montrer que
leur Histoire remonte aux premiers hommes (eh oui, les hommes préhistoriques avaient déjà leur propre système de numération) et qu’elle est encore aujourd’hui en constante évolution.
Hélène Michelotto
Professeur Certifiée Mathématiques/Stagiaire IUFM
http://www.meirieu.com/ACTUALITE/billet_dhumeur.htm