Samedi 6 février 2010
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Au milieu des tempêtes médiatiques qui, chaque jour, envahissent nos esprits sans que ceux-ci puissent tout retenir, il existe des trous noirs, des oublis.
Prenons l'exemple de la crise économique qui engendre et renforce le chômage, les précarités, les exclusions. La faillite généralisée menace et pourtant rien ne s'écrouie. La cohésion est sauvée
par l'action anonyme de centaines de milliers de travailleurs sociaux, bénévoles, animateurs associatifs, les sentinelles du désastre. Ils tiennent la maison à peu près debout.
Or ces hommes sont condamnés au silence médiatique, les télévisions et radios préférant l'ostentation tappageuse de la politique spectacle dont il faudra un jour faire le bilan réel. Il sera
pauvre. La droite bombe le torse et procède par effets d'annonces. Les journalistes accusés de complicité perdent la confiance de l'opinion. Et derrière tout cela, c'est la démocratie qui est en
danger.
Pourtant nos sociétés n'ont jamais été aussi inventives. Mais ces actions sont celles de la proximité, de la quotidienneté, de l'urgence locale. C'est à travers ces actions ponctuelles, ces
micro-utopies, ces initiatives hors-marché, hors-médias que s'invente le monde de demain. C'est à travers elles que se refonde l'action politique, au sens noble.
Cette "vie vivante" qui ouvre les fenêtres est oubliée des médias. Elle est hors-champ. Pourtant elle existe cette face cachée du décor, cet envers inaperçu de la réalité sociale. Où dorénavant
"ça se pase"...
Ces acteur anonymes n'apparaissent jamais à la télévision. Ils ne sont pas people, pas télégéniques, trop vrais sans doute. On les trouve même ringards. Imagine-t-on un travailleur social chez
Ardisson ou Ruquier? Et le fossé se creuse entre les bavardages habituels et la réalité vivante, celle où pataugent les citoyens ordinaires. Pourtant notre avenir commun dépend de ces
initiatives, de ces résistances, de ces inventions de terrain beaucoup plus que des péroraisons institutionnelles et médiatisées.
C'est se qui se voit et s'entend le moins qui prépare le plus sérieusement le futur
Daprès Jean-Claude Guillebaud (Il FAUT lire et relire Guillebaud!!!), supplément télé du Nouvel Obs page 66
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PS: Ségolène, si tu me lis camarade, lorsque tu auras décidé de reprendre la parole, fais-le par l'écrit et mets en avant, dans une tribune du Monde par exemple, ces femmes et ces hommes qui
dans le silence total ouvrent les portes et les fenêtres d'une société clôse dans le "bruit médiatique", si clôse qu'elle nous rend aveugles et sourds au bruit réel du monde.
Christophe
Ségolène Royal déja, comme en préambule à la réflexion de Guillebaud cette semaine:
" Le microcosme parisien, dérouté par ma liberté, par mon refus de m’assujettir à leurs codes, leurs compromissions a entamé la mise en accusation
répétitive et obsessionnelle sur la solitude.
Moi, ce qui me préoccupe ce n’est pas mon sort personnel, c’est le sentiment de solitude et même d’abandon que ressentent des millions de français.
Qu’entendons-nous ? Les questions de vie quotidiennes sont là, de plus en plus pressantes : « qu’est-ce qui va se passer si la grippe arrive dans l’école de mon enfant ? Si je perds mon boulot ?
Que va devenir ma vie, ma famille, si mon entreprise est menacée, si je tombe malade, si je ne peux pas rembourser mon emprunt, si je n’arrive pas à payer d’études à mon fils ou ma fille, s’ils
ne trouvent pas de travail ?"
"Le pouvoir nous abandonne et nous laisse seuls dans l’adversité. Tout un peuple abandonné en quelque sorte par ses dirigeants, voilà la vraie, la dure solitude à laquelle les télés devraient
s’intéresser. La fragilité croissante n’épargne personne. On se méfie des gens de pouvoir, perçus comme incapables d’arranger le désordre"
"Même quand ils agissent, pas de résultats concrets" entend-on. Alors oui, il faut d’urgence des résultats, ici et maintenant. Tout le reste, c’est du temps perdu et de
l’embrouille."
Montpellier, Fête de la Fraternité, 21 sept 2009