Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 07:52

 

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Le sociologue Olivier Galland, Directeur de recherche au CNRS et Président du Comité Scientifique de la Vie Etudiante, s'inquiète de la fracture grandissante entre les jeunes diplômés et ceux qui décrochent. Il a répondu à Benoit Floc'h dans Le Monde-Culture & Idées en date du samedi 19 mai, page 6.

Je vous en propose un résumé, l'entretien n'étant accessible sur Internet qu'aux seuls abonnés (ou dans son format papier). 

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Pour Olivier Galland, les jeunes croient en leur propre avenir mais pas en celui de la société. A ce défi, les politiques -et notamment François Hollande qui a fait de la jeunesse un des axes principaux de sa campagne- devront apporter des réponses précises et non générales car ces dernières laisseraient de côté les plus défavorisés, en échec scolaire et sans porte-parole. Il serait illusoire et dangereux de croire qu'il existerait en France une jeunesse homogène partageant un destin commun.

Néanmoins, Olivier Galland bat en brèche le mythe développé autour de l'idée de déclassement générationnel. Les jeunes font des études toujours de plus en plus longues. Ils occupent bien plus qu'auparavant et en plus grand nombre des postes de cadres. Leurs salaires augmentent. La structure sociale du pays s'élève: plus de cadres et moins d'ouvriers. Cette tendance est favorable aux jeunes sauf en cas de crise économique qui les affecte plus durement. Ces jeunes de 2012 sont également plus libres que ne l'étaient leurs aînés. On est loin du modèle éducatif tutélaire de l'après-guerre. Jusqu'en 1980, les enquêtes sociologiques révélaient encore un clivage de valeurs entre les moins de 40 ans et les plus de 40 ans. Aujourd'hui, il s'est déplacé à 60 ans. On peut affirmer qu'une classe d'âge allant de 18 à 60 ans partage les mêmes valeurs. Il est frappant, par exemple, de constater l'accroissement de la tolérance vis-à-vis de l'homosexualité en France depuis trente ans. Grâce aux moyens informatiques et réseaux sociaux, les jeunes ont gagné en autonomie dans la gestion de leurs amitiés. Les collégiens ne sont plus des enfants et les parents ont moins de prise sur eux, voire plus de prise du tout. Il en résulte une inflexion du modèle de socialisation qui était vertical, soumis à l'autorité de parents prescripteurs de valeurs. Il est devenu horizontal, les jeunes construisant leurs valeurs à l'intérieur du groupe de pairs, sans contrôle parental.

Les valeurs s'homogénéisent donc. Mais un clivage culturel apparaît, clivage inquiétant dans la mesure où la culture jeune, fondée sur la communication, l'oral, l'horizontalité, s'éloigne toujours plus de celle qui prévaut à l'école. Du point de la famille, les jeunes acquièrent une « identité clivée » (François de Singly) : les parents leur demandent de réussir à l'école mais les laissent libres pour le reste. C'est le compromis.

En France, poursuit Olivier Galland, le modèle de transition vers l'âge adulte reste statutaire : le diplôme est hyper valorisé et le marché du travail est clivé entre CDI et CDD, les diplômés accédant au CDI entre 25 et 30 ans pour 80% d'entre eux. Les autres, un jeune sur cinq, sont plus « instables ». D'autres enfin sont carrément menacés d'exclusion sociale. Le rôle de la famille, pendant cette longue transition vers la vie adulte, est celui de l' « accompagnateur ». Dans un pays ou le système d'orientation fonctionne très mal, le réseau relationnel familial prend le relais et, évidemment à condition d'en disposer, le capital social familial est alors déterminant.

Le modèle français de la la « marche vers l'âge adulte » est à mi-chemin entre les modèles nordiques et méditerranéens. Contrairement à ce que l'on croit souvent, les jeunes français partent relativement tôt du domicile familial : vers 20 ans. L'éloignement de la famille est progressif, aidé financièrement par ceux-ci. En général les jeunes français font leurs premières armes autonomes avec un filet de sécurité. C'est un modèle qui présente des vertus dans une société à forte mobilité sociale. Le temps du fils de boulanger devenant boulanger est révolu. Les jeunes aspirent à occuper des emplois différents de ceux de leurs parents. Ils construisent eux-mêmes leur identité sociale et leur statut.

Puis Olivier Galland s'attarde sur notre système éducatif. Celui-ci, dit-il avec une grande justesse, est structuré autour de l'élitisme républicain. Son rôle est de diriger les meilleurs vers les filières les plus prestigieuses. Les autres sont orientés par défaut. Et tout cela se fait au nom de l'égalité républicaine. Le problème, c'est que ce système rigide et tubulaire fonctionne mal aujourd'hui. Quand l'égalité devient uniformisation, elle produit des inégalités. Lorsque l’École, qui est la première institution républicaine rencontrée par les jeunes des banlieues, dit à ces derniers qu'ils ne sont pas capables de réussir, ça fait mal. D'où une rancœur tenace.

Même si tous les jeunes des banlieues n'échouent pas, cette « deuxième jeunesse » est formée de tous les élèves qui échouent à l'école sans avoir acquis les compétences de base leur permettant de trouver un emploi et de se débrouiller dans la vie. L'écart entre la jeunesse diplômée et la jeunesse s'aggrave aujourd'hui. C'est extrêmement préoccupant. L'exclusion scolaire et sociale de cette « deuxième jeunesse » a été le ferment des émeutes de banlieue en 2005. Ce ferment est toujours présent et peut exploser à tout moment chez une jeunesse qui n'exprime pas son mécontentement selon le mode traditionnel des revendications et manifestations. C'est le même ferment qui provoque la radicalisation politique, qu'elle prenne la forme d'un vote d'extrême droite ou d'une dérive à la Mohamed Merah.

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Propositions de lectures:

Ainsi que:

Avoir vingt ans en politique, les enfants du désenchantement. Anne Muxel, Seuil 2010

Nouvelles adolescences. Revue Ethnologie française, numéro du 1er janvier 2010

Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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