Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 15:17


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LES CHOSES EN FACE

Il est vain de vouloir apprécier un tableau global de l’ensemble des professeurs d’école, encore moins à fortiori de l’ensemble du corps enseignant. Il existe d’excellents maîtres, d’autres qui par routine, laisser-aller ou manque de curiosité gèrent leur classe au jour le jour, d’autres encore totalement incompétents. Mais cette simplification est trompeuse. Telle maîtresse adorée de ses élèves peut leur inculquer l’amour de la lecture et faire des fautes d’orthographe ou dire des bêtises au cours d’une séance de sciences ou de technologie. Tel autre maître, tout juste sorti de l’ IUFM, pourra réaliser des prodiges en petite section de maternelle là où une collègue plus confirmée aura échoué, par fatigue, lassitude ou dégoût.  Les « profs » travaillent avec plus ou moins de succès, plus ou moins de talent, plus ou moins de bonheur mais l’immense majorité est motivée et conserve cette motivation tout au long de sa carrière.

Ce n’est pas le laxisme qui menace l’école primaire mais la médiocrité.
La « dérive » de l’ Ecole Publique exprime les fantasmes des nostalgiques de l’ordre et de la discipline d’antan. Le vrai scandale est ailleurs. Il est dans l’impunité où sont maintenus les fauteurs de troubles et dans la manière dont l’institution se fait tacitement complice de l’enseignant. Pour être limogé de l’Education Nationale, il faut y mettre une volonté sans limite ou « déraper » de manière gravissime. (A défaut, on « suspend de cours »…). Le dilettantisme devient alors une denrée difficile à quantifier. Ceci dit, et pour une vingtaine d’ IDEN interrogés, la proportion de « fumistes » invétérés et de « fauteurs de troubles » ne représente qu’ 1 à 2% du total des enseignants. Bien entendu, on peut citer tel ou tel cas pour le moins troublant : (les noms cités ont été changés et sont inventés ; toute ressemblance avec…etc. /les cas sont réels, directement constatés ou rapportés par des personnes de toute bonne foi).


-       Clémence Picard dicte un texte à ses gamins, le walkman installé sur ses oreilles
-       Florence Gréau joue au Sudoku ou lit ses magazines préférés  pendant que ses élèves sont supposés s’atteler à des exercices de calculs dont elle n’a pas pris la peine d’expliquer les données
-       Fabrice Dumont s’émerveille devant les dessins de ses élèves. Soit, mais ils recopient le même depuis la rentrée et on est en… février !
-       Caroline Frot a trouvé un moyen agréable de « se faire de l’argent de poche » (Je cite) dans cette petite école de campagne, proche de chez elle et du cabinet de son mari chirurgien-dentiste. Elle regarde sa montre toutes les 5 minutes, attendant une récréation qui durera une heure. « Je ne sais jamais quoi leur faire faire » avoue-t-elle ingénument et sans honte aucune.

 
Même s’ils existent et sont graves, ces « exemples » restent heureusement très rares !
La désinvolture, le je-m’en-foutisme, l’idéologie sur la base « A bas l’Ecole bourgeoise ! » ont peu cours dans l’enseignement, quoi qu’en pensent ses détracteurs. Un chiffre est tout à l’honneur des professeurs d’école, celui du taux d’absentéisme : 5,7 %, soit l’un des plus bas, toutes professions confondues. C’est pourtant l’absentéisme « énorme », dixit certains parents et autres archaïsants de tout poil, qui sert de premier indice à la « dégradation » de l’enseignement.


On travaille dans les Ecoles de France et d’Outre Mer
. Le professeur d’ Ecole ne peut échapper à ses élèves : 37 semaines par an, ils se connaissent, se supportent, s’aiment et se détestent. Rien n’est plus important que la dimension affective  de l’enseignement du premier degré parce que les enfants y sont dans leur plus jeune age et que la tête de l’enseignant ne change pas toutes les heures. Une classe de maternelle, de CP ou de CM, c’est aussi une ambiance de travail, de confiance ou de défiance, de sympathie ou d’inimitiés, d’incompréhensions et de complicités. Une année scolaire est rythmée par des exercices, certes, mais AUSSI tissée de mille points de repères entre les gamins et leur maître(sse). Il n’ y a d’ailleurs rien de contradictoire entre cela et leur obsession commune : apprendre à lire, écrire et compter.  Jean Pierre Chevènement en son temps, Gilles de Robien plus récemment, n’ont rien inventé. Ils ont formulé, plus ou moins adroitement, l’une des hantises du Professeur d’école, comme me l’a dit spontanément cette Institutrice (32 ans) landaise : « Faire classe, c’est apprendre à lire ». Hélas on raconte, ici et là, que les Professeurs d’école ont perdu de vue cet objectif en laissant de coté les apprentissages fondamentaux. Or, TOUTES les études prouvent que les maîtres passent leur temps, bien au-delà des horaires officiels, à faire du Français et du Calcul et, plus précisément, de la lecture et des opérations.

Il est néanmoins tout aussi incontestable que, comme de tout temps, certains professeurs s’en sortent plus ou moins bien. Isolé dans sa classe, l’enseignant a trop souvent tendance à se « couper du monde ». Il ne peut pourtant s’abstraire, contrairement à ce qu’affirme Jean Paul Brighelli par exemple, de l’environnement de son établissement. «  Faire classe », c’est aussi comprendre pourquoi Mathieu ne desserre plus les dents depuis 15 jours, pleure près de la fenêtre et s’isole en récréation. C’est veiller à ce que Julie, dont les parents viennent de divorcer, quitte bien l’école avec son père (ou avec sa mère) qui en a la garde. (Se tromper par ignorance peut vous valoir la visite de la Police et des ennuis très graves, en maternelle en tout cas !). C’est surveiller les résultas de Mohammed, inexplicablement en chute libre ce trimestre ; c’est prendre le temps d’expliquer au père de Nassira que les filles ne sont pas irrémédiablement vouées au mariage à l’age de 11 ans ; c’est se demander pourquoi Olivier refuse d’ôter son anorak avant de s’apercevoir qu’il a les bras marqués de traces de brûlures de cigarettes ; en collège, s’isoler du monde extérieur, sanctuariser à l’extrême l’Ecole dans son ensemble, c’ est ne pas savoir entendre l’adolescente paniquée qui demande à son professeur ce qu’ elle doit faire après sa première nuit passée sans protection avec son petit copain. (J’ai personnellement vécu cette situation d’écoute délicate). Si nous, les enseignants, ne savons pas nous pencher sur ces cas, qui le fera ?

L’ Ecole est aux prises avec des conflits qui ne l’épargnent pas. Les établissements scolaires ne sont pas des Ambassades qui bénéficieraient d’une situation d’exterritorialité.  Ils forment une entité, encore trop souvent un monde clos, qui ne peut rester sourd aux échos qui lui parviennent de l’extérieur.

Christophe

- Publié dans : profencampagne - Communauté : Soutiens à Ségolène Royal
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