
http://capagauche.alter.eu.org/public/35heures.jpg
Jusqu'à l' élection présidentielle, il était difficile, voire impossible de remettre en question les 35 heures. Même les différents gouvernements de droite, même le candidat puis l' élu Nicolas
Sarkozy, même Madame Lagarde, tout en disant tout le mal qu' ils en pensaient, n' ont jamais envisagé de les supprimer. (Elles sont, il faut le dire, très utiles aux entreprises du CAC 40). Au
Parti Socialiste, oser dire que les 35h ne sont peut-être pas un idéal absolu vous fait passer pour un «social-traître». Au minimum...
(Et pourtant, ce sont les 35 heures
qui ont permis, directement, à Nicolas Sarkozy de refonder le corpus idéologique de la droite sur une valeur traditionnellement de gauche: la revalorisation du travail.
Après avoir consciencieusement détricoté cet «acquis social» par l' intermédiaire de
la Loi Fillon de janvier 2003, l' UMP s' est lancé dans la réhabilitation d' une «valeur travail» entrée en crise, selon Nicolas Sarkozy, avec et à cause des lois Aubry. Peut-être serait-il temps
de cesser d' ignorer qu' un pays ouvert aux vents (bons et mauvais) de la mondialisation et vieillissant ne peut sans dommages travailler moins que ses voisins. «Travailler mieux» ne suffit plus.
Il nous faut «travailler plus». C' est à ce tournant que le Parti Socialiste doit attendre la droite et le Gouvernement Fillon qui doivent au pays un effort accru de réinsertion des chômeurs et
des exclus.)
Le dernier rapport du CAE sur la réglementation du temps de travail, les revenus et l' emploi rédigé par Patrick Arthus, Pierre Cahuc et André Zylberberg enterre définitivement la RTT et les
35 heures. (Et les auteurs ont eu la pudeur de ne pas
revenir sur le coût des dispositifs Aubry I et II...)
Certaines données, même si elles ne sont pas «politiquement correctes» au Parti Socialiste
sont néanmoins incontournables:
Par habitant, nous travaillons trois semaines de moins que la moyenne européenne (Pourquoi pas?)
Malgré une croissance de la population française systématiquement supérieure à la moyenne communautaire, notre pays accuse depuis 25 ans un retard de croissance du PIB par habitant de 0,2 par rapport à la moyenne européenne et de 0,5 par rapport à la Grande Bretagne (où l' on travaille 26 jours de plus qu' en France par an)
Si, tout en gardant la même productivité, nous travaillions autant que les Américains, nous aurions 8000 euros de plus par an et par habitant à nous partager. Mais moins de temps pour les dépenser...
Les pays où le taux de chômage de longue durée est le plus faible sont les pays où la durée de travail par habitant est la plus élevée.
Les modèles de l' OFCE annonçaient que la France gagnerait 700 000 emplois grâce à la RTT. Ce qui n'est pas le cas, crise ou pas crise.
Les entreprise de moins de 20 personnes non concernées par les 35 heures ont créé PLUS D'EMPLOIS que celles situées légèrement au-dessus de ce seuil et qui ont vu leur rentabilité se réduire. Elles ont alors cherché des gains de productivité susceptibles de compenser l'augmentation des coûts salariaux
C' est le contribuable qui a subventionné la réduction du temps de travail. Il va maintenant être sollicité pour encourager son augmentation. Quel gaspillage pour revenir au point de départ...
L' application des 35 heures à l' hôpital est une bombe à retardement
L' on
devait aussi retrouver la joie collective d'une population libérée des chaînes du travail. On allait enfin retrouver les plaisirs des moments communs en familles. On oubliait que
les familles avec enfants ne représentent qu' un tiers des ménages français. On allait permettre, toujours grâce aux RTT, un retour automatique des français vers la vie citoyenne. Or de très nombreuses études ont démontré que les deux tiers du temps libre supplémentaire ont profité à la télévision: jeux; feuilletons;
télé-réalités...en clair, une forme d' abrutissement des masses dont les dirigeants de TF1 entre autres ne se cachaient même pas! Comme disait Dumazedier: «Le temps libre est toujours aliéné par les loisirs
passifs». On sait aussi que les effets collatéraux ont été catastrophiques sur la place du travail et de l'
effort dans la société, sans oublier l' augmentation du stress, des accidents de travail et l'
appauvrissement du lien social au travail.
Il serait intellectuellement indécent de ne pas citer in extenso la conclusion du rapport du CAE:
«Les études menées depuis plus de dix ans dans
plusieurs pays et fondées sur des dizaines de milliers d'observations montrent que l' idée selon laquelle la réduction de la durée du travail crée des emplois n' a aucune validité empirique.
Soyons clairs: à l' heure actuelle, aucune étude sérieuse n' a pu montrer qu' une réduction de la durée du travail se traduisait par des créations
d'emplois.»
Les effets positifs pour l' emploi annoncés par les modèles keynésiens n' ont pas été au rendez-vous. Sans doute en raison de la non-compensation salariale de la RTT. Citons encore le
rapport du CAE:
«La
réduction du travail peut aboutir à une baisse de l' emploi si les salariés sont fortement opposés à une réduction de leur pouvoir d'
achat».
La gauche, à la lecture de ce rapport d' une honnêteté incontestable, se doit d' être pragmatique plutôt que dogmatique. Elle devra reconnaître s' être trompée, de bonne foi sans
doute. Car il n' y aura pas de rénovation sans un inventaire de cet acquis social
devenu relique d' un culte disparu.
(Néanmoins, il serait tout aussi dangereux de de
jeter le bébé avec l' eau du bain. Dans certaines entreprises, les 35 heures ont donné de bons résultats et les salariés y sont
attachés. Le Parti Socialiste aura à établir un bilan pragmatique des 35 heures et devra proposer des «offres de choix» branche
par branche)
Pour rappel: texte écrit en 2007
Christophe