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À la sortie des établissements chics, on assiste à un défilé aguicheur. L'heure n'est définitivement plus aux socquettes blanches et jupes plissées du début du siècle dernier.
Alors que les Français se précipitent en masse au cinéma pour s'enivrer de l'école idéalisée du Petit Nicolas, la réalité scolaire s'éloigne
toujours plus de ces garçons bien peignés aux pantalons à pinces.
Les révoltes adolescentes, on le sait, passent souvent par le vêtement. Et en la matière, la provocation est la règle. Les établissements de banlieue ont été montrés du doigt, il y a quelques
années ans, avec la mode du string qui dépassait des pantalons. Les stars de musique R'n'B ont depuis imposé la mode moulante. Cependant, les responsables reconnaissent volontiers qu'ils ont tout
autant de mal à faire respecter des «tenues décentes» dans les lycées chics de centre-ville. À leur sortie, c'est parfois à un véritable défilé de mode sexy que l'on assiste. Devant les collèges
et lycées privés Blanche-de-Castille au Chesnay (Yvelines), l'établissement public La Bruyère à Versailles ou le collège Dupanloup à Boulogne (Hauts-de-Seine), l'heure n'est plus aux socquettes
blanches et jupes plissées du début du siècle dernier. On est passé à la robe-pull au ras des fesses avec des bottes hautes, voire collants résille et décolletés profonds. Les microshorts,
microjupes et débardeurs font fureur depuis quelques mois, au point qu'en septembre, un proviseur de l'Essonne a interdit cette tenue. Révoltée, Léa, une élève, s'est du coup employée
à organiser
une «journée du short». Certains voudraient préserver l'institution scolaire contre ces influences extérieures. Pour qu'un enfant puisse être en état de bien recevoir
les savoirs, «il doit être dans un cadre protecteur. Il faut qu'il se dégage de tout ce qui peut avoir une emprise sur lui», explique Alain Michnik, principal dans un collège des Ardennes. «Pour
les adolescents, l'école c'est le prolongement de chez soi ! Ils n'ont donc pas de raison de s'habiller différemment. On est dans une société où l'individu est roi avec une mise à distance
des interdits, des règles», rétorque le sociologue de l'adolescence Michel Fize. Ce besoin de se singulariser entraîne une surenchère permanente.
«Copier le style racaille»
La mode diffère d'ailleurs sensiblement d'un établissement à l'autre. Inscrite au lycée privé Le Caousou à Toulouse (Haute-Garonne), Aliénor, 15 ans, confie : «Cette année, pour les
filles, ce sont les déchirures sur les jeans un peu en dessous des fesses et sur les genoux qui ont la cote». À Bordeaux (Gironde), au lycée privé Grand-Lebrun, la jeune Aurélie décrit des
«filles à la pointe de la mode, jupe courte, short et pull avec leggings». Du côté des garçons, partout, le pantalon large «baggy» qui entrave la marche continue à dévoiler des caleçons de
marque. Cette mode importée des États-Unis pour singer les prisonniers américains à qui on subtilise la ceinture, fait un malheur dans les établissements de centre-ville. D'autres adoptent le
look «Chal» : la mèche de cheveux qui cache une partie du visage est associée à un pantalon slim. «Les jeunes de banlieue sont moins attachés à de grandes subtilités de distinction dans les
vêtements. La panoplie du lycéen des beaux quartiers est plus large. Il se permet aussi une certaine outrance que l'on ne voit pas ailleurs», explique Michel Fize. En ZEP, les jeunes filles
d'origine maghrébine, notamment, font tout pour camoufler leurs formes, sous des pantalons jogging de peur de passer pour des «filles faciles». À l'inverse, devant les adolescentes habillées de
façon «très sexuée» des quartiers chics, les chefs d'établissements hésitent parfois sur l'attitude à adopter. Face aux frasques vestimentaires de ses élèves, François-Xavier Boca, chef
d'établissement, a décidé de réagir avec humour. À un garçon au pantalon si bas qu'il tombait par terre, il a fini par apporter une paire de bretelles : «Je lui ai dit : “Tes profs en
ont marre de voir tes caleçons !”» Quant aux filles aux jupes trop courtes, s'amuse-t-il, «elles ont conscience de la situation puisqu'elles tirent dessus pour les rallonger. » La
chasse aux bonnets et autres «capuches» sur la tête est une guerre permanente : «Les ados d'origine aisée trouvent que ça fait chic de copier le style racaille de banlieue», raconte Alain
Helias, chef du lycée Marie-Curie à Versailles.
Au printemps dernier, dans un collège de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), les enseignants ont fait la chasse aux tongs et aux maillots de bains utilisés comme des pantalons. Au lycée
Saint-Jean-Hulst à Versailles, certaines jeunes filles se voient parfois reprocher leur maquillage trop voyant. Lors de la «journée de la civilité», jour de réflexion sur le respect de soi et de
la loi, personne n'est d'ailleurs censé se maquiller. Habituellement, les filles qui arrivent en short se voient tendre une blouse à l'entrée de cet établissement. «Comme elle est moche, ça ne
donne pas envie de réessayer», conclut Anne-Gaëlle, 14 ans. Face à des parents en demande de règles, les proviseurs ont tendance à inclure un paragraphe spécifique sur le sujet dans le règlement
intérieur. Certains font d'ailleurs évoluer ce règlement au fil des modes. C'est le cas du collège public Saint-John-Perse à Pau (Pyrénées-Atlantiques) où les pantalons tombants, les casquettes,
les minishorts et les bermudas sont aujourd'hui interdits. Il y est indiqué que «chacun doit adopter une tenue propre et décente».
Certains ne semblent pas conscients de l'érotisation précoce de leur lolita lorsqu'elle part le matin. Didier Pauly, conseiller principal d'éducation du collège Saint-John-Perse a ainsi entendu
une mère protester, furieuse, par téléphone contre le renvoi de sa fille en minishort : «Elle est habillée correctement avec des vêtements qui coûtent très chers !» Au moment de
renvoyer chez elle une petite fille de 10 ans pour qu'elle aille «s'habiller», le proviseur de l'école active bilingue, à Paris, a vu arriver la mère «copie conforme de la fille. Habillée de
façon tout aussi provocante en jupe mini. » De quoi se sentir démuni. Ce syndrome «Comptoir des cotonniers», du nom de la marque de vêtements qui fait poser des couples de mère et fille en
jouant sur leur ressemblance et la confusion des âges est, à en croire les enseignants, toujours plus prégnant. «Les mères et les filles sont habillées de la même façon. Au point que certaines
jeunes filles mal habillées paraissent moins jeunes que leurs mères et inversement», note le spécialiste de la mode Guillaume Erner, auteur de Sociologie des tendances, (PUF, 2009).
Tyrannie des marques
Un deuxième brouillage intervient, celui des genres. La mode des garçons s'aligne sur le féminin, surtout dans les établissements chics. Michel Fize a surnommé «Lolitos» ces garçons des quartiers
bourgeois qui adoptent des cheveux mi-longs, avec leur mèche qui mange une partie du visage pour jouer au poète maudit. Les parents d'élèves, eux, sont surtout préoccupés par l'emprise des
marques particulièrement visible dans les lycées des beaux quartiers «où il faut montrer qu'on a de l'argent en exhibant ses vêtements», note Anne-Gaëlle du lycée Saint-Jean-Hulst. Au lycée
Fénelon, à Paris, «une amie de ma fille se balade alternativement avec quatre sacs Chanel !», note une mère de famille horrifiée «par la dictature des marques ». Les parents sont
unanimes à dénoncer ce phénomène, car les marques sont chères et parce que les jeunes ne veulent pas porter autre chose. Tel ce polo siglé «Vicomte Arthur», qui fait particulièrement fureur à
Versailles chez les garçons tandis que les lycéennes se promènent avec des sacs Darel ou Longchamp… Ces vêtements et chaussures de marques peuvent être à l'origine de perturbations, reconnaît un
chef d'établissement parisien, où les vols de sacs ou de vêtements coûteux se multiplient. Pour contrer ce problème, le règlement intérieur du lycée Saint-Joseph de Reims (Marne) précise qu'«en
accord avec les valeurs qui sont les nôtres, les parents veilleront à éviter, pour leurs enfants, l'usage de vêtements et de chaussures de grandes marques, générateurs de jalousie, de ségrégation
et de vol.»
Pour Aliénor, lycéenne au Caousou à Toulouse, «le style vestimentaire qui règne n'est pas provocant par la vulgarité mais plutôt par le coût». D'ailleurs, comme l'observe Michel Fize, «celui qui
ne se soumet pas aux codes du moment s'exclut de son groupe d'élection. Le look est à la fois un plaisir et une contrainte». Ce qu'on voit dans les cours d'école n'est ni plus ni moins que le
reflet de ce qu'on voit à la télévision, le culte de l'apparence et de la mode. Pour en finir avec la tyrannie des marques, faut-il alors en revenir à l'uniforme, comme l'ont réclamé certains
ministres de l'Éducation (Xavier Darcos, Gilles de Robien) et autres hommes politiques (François Bayrou) ? D'après les sondages, une majorité de Français en rêve. Pourtant cette pratique ne
fait plus recette. Dans les établissements publics, seuls La Légion d'honneur a conservé cette tradition. Et dans le privé, à peine une dizaine la maintient : à l'institut de la Tour dans le
XVIe arrondissement de Paris, le jean est interdit. Et les collégiens arborent une chemise blanche, un pull en V bleu marine avec l'écusson du collège brodé. Jusqu'en 1968, les élèves portaient
une blouse. Aujourd'hui, le port de l'uniforme est inexistant en Europe en dehors de la Grande-Bretagne. Même à la direction de l'enseignement catholique, on considère que «quand on met en place
des signes d'uniformisation, les enfants se débrouillent toujours pour se distinguer». Les différences ne restent pas à la porte de l'école à cause d'une blouse. La solution inventive d'un
assistant d'éducation au lycée général Parc des Loges d'Évry, Damien Barbier de Préville, pourrait en revanche faire florès. Il a créé une journée hebdomadaire de l'uniforme professionnel. Au
programme, costumes, tailleurs, cravates, chaussures, et attitude rangée ! Les lycéens qui participent massivement affirment que «ce type d'initiative a du sens pour leur futur
professionnel».
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/10/13/01016-20091013ARTFIG00620-mode-a-l-ecole-les-proviseurs-serrent-la-vis-.php
Ceci-dit, qui est le plus à blâmer?
Celle qui montre ou celui qui regarde? J'ai failli dire: "qui matte"...
Christophe