Vendredi 7 septembre 2012 5 07 /09 /Sep /2012 18:44

http://www.midilibre.fr/2012/09/03/baisse-de-moral-de-la-rentree-les-francais-inquiets-pour-leur-avenir,556421.php

Notre "moral" manipulé

Depuis le 1er septembre les médias reprennent les résultats d'un Nième sondage sur le "moral des français. Celui-là a été réalisé pour le quotidien "Ouest-France" par l'IFOP, institut dont Laurence Parisot, patronne du MEDEF demeure vice-présidente. Le moral des français serait donc au plus bas depuis 2005.

68% des français seraient donc toujours pessimistes en dépit de l'arrivée de la gauche au pouvoir.

Cette annonce coïncide avec le fameux bilan des "cent jours" de François Hollande. Ce résultat s'inscrit donc dans une perspective subliminale. Il soulignerait l'épaisseur de la sinistrose nationale en annonçant l'échec socialiste. Qu'on y ajoute les tergiversations de la BCE, les bruits de bottes au Proche Orient, les chamailleries de la gauche, le chômage, la guerre des ego à droite et la desespérance serait plus tendance que jamais.

En réalité cette perception est mensongère.

Le sondage ne correspond pas à ce que disent les titres. Il faut lire ce qui est en petits caractères.

On apprend ainsi que le fameux moral est surtout "en baisse" chez les personnes âgées, les commerçants et les inactifs, mais qu'il ne l'est pas du tout chez les ouvriers. Ces derniers étant même plus optimistes (+ 4%). Au total il aurait été plus juste de titrer: "Les classes populaires ont meilleur moral". Pourquoi personne n'a pris la peine de titrer ainsi? Parce qu'il y a ces temps-ci une appétance pour les nouvelles qui fâchent. Les données chiffrées participent ainsi de la pensée magique.

Allons plus loin...

L'INSEE, organisme d'Etat et non entreprise privée comme l'IFOP, publie mensuellement depuis 1994 une "enquête de conjoncture" auprès des ménages. En sondant 2000 ménages par téléphone, elle prétend mesurer plus finement le "moral des français". Le problème -drôlatique- est le suivant: quand nous médiatisons chaque mois ces résultats à grands sons de trompe, quand nos commentateurs les commentent et quand nous "éditorialisons", nous prenons rarement le temps d'aller voir comment tout cela est calculé.

Il suffit pourtant d'un clic de souris sur le site de l'INSEE pour obtenir la réponse et celle-ci est sidérante, renversante, abracadabrantesque..

Depuis 2004, le questionnaire utilisé est refondu et harmonisé au niveau européen. Il consiste désormais en onze questions. Surprise: elles sont toutes financières -niveau de vie, épargne projetée, dépenses prévues-. Bref, ce ne sont pas les français qu'on sonde mais le consommateur qui sommeille en eux. Cet "homo economicus" que Daniel Cohen dans son dernier livre compare  à un "prophète égaré".

Au final, ce qu'on appelle notre "moral" se ramène à notre envie d'acheter. Notre "âme" se trouve ainsi indexée sur la seule agilité d'une carte de crédit. Non seulement la méthode est baroque, mais elle procède d'un contresen absolu! C'est quand le moral est en berne qu'une boulimie consumériste nous assaille.

La bêtise chiffrée qui nous gouverne est décidément insondable...

Résumé de la chronique de Jean-Claude Guillebaud dans Le Nouvel Observateur en date du 6 septembre 2012, page 38

Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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