Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /2010 18:18


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Sous le titre « Éducation et recherche : des liens à construire« ,
l’ association française des administrateurs de l’éducation (AFAE) a consacré le dossier passionnant de son numéro 124 à la question récurrente du faible impact des recherches en éducation sur le système éducatif.

D’un côté, en effet,  les responsables des politiques publiques  tiennent rarement compte des acquis des recherches, que ce soit pour étayer aussi bien que pour éclairer leurs décisions, même lorsque ces résultats sont robustes et consensuels dans la communauté scientifique.

De l’autre côté, les praticiens semblent bien  souvent suspecter les conclusions des recherches d’être toujours moins pertinentes que les savoirs « du terrain » et les recettes des collègues en place.

Des deux côtés, le « bon sens » ou son expérience personnelle  (de parent, de prof, d’ancien élève…)  semble fournir des savoirs suffisants pour avoir une opinion sur  ce qui est utile et pertinent en matière d’éducation.

Qu’il s’agisse des IUFM ou des sciences de l’éducation, il est ainsi de bon ton de railler ou disqualifier l’ensemble des recherches concernant l’éducation.

En fait, en matière d’éducation, tout se passe comme si divers intérêts convergeaient pour évacuer toute argumentation scientifique, Agnès van Zanten soulignant que le discours du chercheur est, dans le débat public, sans cesse « mis sur un pied d’égalité avec celui d’intellectuels parlant sans base empirique, de décideurs ou d’acteurs de terrain« .

Dans le même temps, une doctrine se développe dans de nombreux pays et organisations internationales plaidant pour que l’on confronte et adosse mieux les politiques et les pratiques éducatives aux résultats de la recherches (cf.
notre dossier de 2006 sur ce sujet de « l’evidence based policy » ). Une notion encore peu répandue en France, sans doute en partie d’une culture ministérielle peu ouverte aux recherches , comme le dénonce Antoine Prost avec vigueur dans son article, parlant d’un « âne qui n’a pas soif« , là où J.R. Cytermann parle, de façon moins véhémente, d’un « rendez-vous manqué« .

Si les pouvoirs publics ont leur responsabilité, les acteurs du monde de la recherche ne sont pas non plus exempts de tout reproche, comme le note Roberto Caneiro (ancien ministre de l’éducation au Portugal) : « le discours de la liberté académique et scientifique, intouchable dans ses fondements éthiques, sert bien souvent de couverture à l’égoïsme des chercheurs et alimente un autisme devant les exigences d’une plus grande responsabilité et transparence de la politique publique scientifique et de l’argent public qui lui est consacré« .

En tout état de cause, on constatera dans ce numéro de la revue de l’AFAE une convergence remarquable sur le diagnostic entre les différentes contributions, émanant pourtant de chercheurs, cadres et praticiens de divers horizons.

Au sommaire du numéro (d’après la quatrième de couverture de la revue) :

Après la présentation de la problématique par Roger-François Gauthier et Yannick Tenne, le numéro s’ouvre par une approche historique à laquelle ont contribué Roberto Carneiro, ancien ministre de l’éducation au Portugal, Antoine Prost, Jean-Richard Cytermann et Christian Forestier qui revient sur l’expérience du HCéé.

Agnès van Zanten et Alain Bouvier proposent leur analyse de la question qui est également abordée sous l’angle de la sociologie par Franck Poupeau et sous celui de l’interface entre recherche et éducation par Agnès Cavet et Olivier Rey de l’INRP.

Alain Bentolila, le recteur Alexandre Steyer, Marc Fort, Patrick Rayou, Yves Reuter, André Robert apportent leurs témoignages et leurs réflexions, complétés par ceux de Jean-Michel Zakartchouk et Philippe Watrelot des Cahiers Pédagogiques, de Gilles Moindrot du syndicat SNUipp et de professeurs du second degré menant des recherches, pour certains dans leurs disciplines, pour d’autres, en sciences de l’éducation.

Pour aller plus loin sur ces questions, on consultera avec profit les travaux du réseau européen  « 
Knowledge and Policy«  qui a travaillé sur les relations entre les savoirs et les politiques publiques dans le domaine de l’éducation et de la santé.

On pourra notamment regarder le
Rapport sur la France (document PDF en anglais) rédigé  par Xavier Pons et Agnès van Zanten,  qui a esquissé une cartographie des producteurs de savoirs et d’expertises dans le système éducatif.

Par Olivier Rey ~ Jeudi 4 février 2010. Catégorie :
En débat, Tendances et prospective.

http://www.inrp.fr/vst/blog/2010/02/04/pourquoi-decideurs-et-praticiens-de-leducation-nutilisent-ils-pas-les-resultats-des-recherches/

Publié dans : profencampagne - Communauté : Soutiens à Ségolène Royal
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