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Quand les parents choisissent l’Ecole. D’après les recherches de Christian Maroy,
Professeur, GIRSEF (Groupe inter facultaire de recherche sur les systèmes d’éducation et de formation), Université de Louvain, Belgique
Rappelons tout d’abord que la France a adopté une « carte scolaire », c'est-à-dire que le lieu de résidence de l’élève définit l’école publique dans laquelle il va être
scolarisé.
En Belgique, le choix est laissé aux parents ET aux établissements. Mais depuis une décennie, les politiques éducatives de nombreux pays
évoluent :
- Australie ; Angleterre ; Nouvelle Zélande : des logiques de « quasi
marchés » se substituent à l’encadrement de l’Etat
- France ; Portugal ; Finlande ; Suède : Assouplissement des politiques de
« zonages » ou de « sectorisations ».
Des auteurs et politiciens néo libéraux ont donc promu un régime de « quasi marchés » qui combine le libre choix avec davantage d’autonomie des établissements scolaires et un
financement public lié au nombre d’élèves. Les effets positifs supposés de ce « marché scolaire » sont largement
discutés aujourd’hui :
- Tous les « consommateurs d’école » sont loin d’être égaux
- Le libre choix favorise principalement les classes moyennes
- Ce système substitue à la valorisation d’une éducation humaniste et égalitaire la promotion de la
rationalité instrumentale et de la compétition
- Le « marché » accentue la ségrégation scolaire et la hiérarchisation des écoles
Les controverses sur les effets du libre choix
La promotion du libre choix comme facteur d’amélioration du système scolaire a particulièrement été défendue par Chubb et Moe dès 1980 (Repris dans Education, Culture Economy, Society Oxford University Press 1997). Leur argumentation se résume en trois points
- Il faut changer le système institutionnel de « contrôle » des écoles pour promouvoir des
pratiques favorables à l’efficacité
- Si les écoles (américaines) sont de qualité
« moyenne », c’est en raison d’un système de régulation fondé sur un contrôle politique et bureaucratique qui limite leur autonomie. Il en résulterait u manque de cohérence dans les
buts à atteindre, un faible leadership des directions
- A l’opposé, le système fondé sur le marché
favoriserait l’émergence de caractéristiques pédagogiques favorables à l’efficacité scolaire. Dans un tel système, les écoles disposeraient d’une autonomie tout en étant indirectement contrôlées
par la société via le marché.
Chubb et Moe appuient leur théorie sur une comparaison Ecoles Publiques/Ecoles Privées (aux Etats-Unis). Les meilleurs résultats de ces dernières seraient liés à une autonomie plus grande, un
moindre contrôle politique, une régulation du marché.
Les effets positifs de la mise en place d’un système de marché vont être très largement controversés au fur et à mesure que les politiques publiques les développeront fin 1980, surtout dans les pays anglo-saxons comme l’Angleterre (1998), la Nouvelle-Zélande (1991) et l’Australie.
Des choix de classe
La première critique du système de « marché » porte sur le choix de l’école : seules certaines familles sont en mesure d’exercer ce choix. Celui-ci est
très largement sous-tendu par les conditions matérielles et culturelles dans lesquelles vivent les familles. On distingue deux groupes :
- Les parents issus des classes populaires, impliqués dans un écheveau de contraintes matérielles et
culturelles (Travail/Distance perçue de l’école/Organisation familiale) qui aboutissent à des « choix » locaux
- Les parents des classes moyennes, plus libérées de ces contraintes, s’engagent dans le marché scolaire de
manière stratégique, prenant en compte un horizon plus long et davantage de considérations éducatives.
La promotion du « marché » en matière scolaire est bien une politique de classe.
(Voir les recherches d’Agnès Van Zanten à ce sujet et S Gewirtz, J Ball et R Bowe, Markets, Choice and Equity in Education,
Buckingham and Philadelphia, Open University Press 1995)
La seconde critique montre que les politiques favorisant le « marché scolaire » affectent les valeurs et les conceptions éducatives des professionnels de
l’enseignement. Au sujet des chefs d’établissement, les Etats-Unis ont parfaitement identifié et étudié les manières de fonctionner des « Welfarist headmaster » et des
« managers ».
- Le « Welfarist » est le Fonctionnaire de l’Etat,
mû par la recherche de l’intérêt général, une logique de décision imprégnée de valeurs professionnelles « humanistes » (Egalité des chances, Equité, « Care »), le respect des
relations collectives de travail et des organisations syndicales, la coopération (participative) des enseignants et le fait d’avoir été socialisé aux valeurs spécifiques du champ de
l’éducation.
- Le « Manager » est orienté par la « satisfaction
du client ». Leurs décisions sont prises en fonction d’une recherche d’efficacité. Ils valorisent les relations professionnelles individuelles et les techniques de gestion de
ressources humaines. Ils sont plutôt directifs (relativement sourds au dialogue). Enfin ils valorisent la compétition et ont été socialisés aux
valeurs du « management » plutôt qu’à celles du champ scolaire. Dans TOUS les cas étudiés par S. Gewirtz aux USA, la montée de la logique marchande et « managerielle » est
sensible très rapidement après l’ouverture de ces écoles. Enfin, les préoccupations professionnelles des enseignants dans ces
établissements entrent très vite en conflit (larvé et/ou ouvert) avec les attentes de « performativité » promues par les politiques scolaires néo-libérales. (Voir S.J. Ball, Journal of Education Policy, 2003)
La troisième critique concerne l’aggravation des risques de ségrégation scolaire. V Vandenberghe (Reflets et
Perspectives de la Vie économique, 1998) a démontré (pour la Belgique) que plus la diversité de l’offre scolaire est importante, plus
le choix accentue la ségrégation.
En fait, en Belgique, en Angleterre, aux Etats-Unis, l’introduction de politiques de « financement à l’élève » (Open
enrolment) ou la publication (pour utilisation) d’indicateurs de performance standardisés produisent des effets négatifs et une spirale du déclin pour les écoles peu favorisées socialement et
scolairement. Ces dernières perdent peu à peu leurs élèves les « meilleurs », puis toute crédibilité. A l’inverse les
écoles « favorisées » le sont de plus en plus, jusqu’à filtrer leur clientèle sur le plan ethnique. (Voir la très probante étude de Lauder et Hugues, Trading in Futures. Why Markets in Education Don’t Work, Buckingham and Philadelphia, Open University Press, 1999. Celle-ci parvient aux conclusions
suivantes :
- Le choix d’aller hors de sa zone est plus fréquent parmi les catégories les plus aisées de cette zone
- La ségrégation sociale entre écoles s’est accentuée plus que ne le laissait prévoir la ségrégation
résidentielle.)
C’est la Belgique qui a le plus progressé sur ce sujet. Les « politiques » travaillent sur la notion de « bassin
scolaire » dans lesquels différents « réseaux d’enseignement » publics et privés s’accorderaient sur diverses normes institutionnelles de fonctionnement (en matière d’inscription
ou d’offre scolaire) pour lutter contre la ségrégation et en faveur de l’égalité et de l’efficacité scolaire. Une instance inter réseaux de
bassin scolaire déciderait de l’école à laquelle l’élève serait affecté, en fonction des préférences des parents, des places
disponibles et des critères communément reconnus et acceptés par tous les réseaux si l’école est « sur-demandée ».
Christophe
Article écrit AVANT la réforme de la carte scolaire.
"La troisième critique concerne l’aggravation des risques de ségrégation scolaire. V Vandenberghe (Reflets et Perspectives de la Vie économique, 1998) a démontré (pour la Belgique) que plus la diversité de l’offre
scolaire est importante, plus le choix accentue la ségrégation."...
C'est EXACTEMENT le cas en France!