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AUTEUR: Philippe Watrelot
Source: http://www.cahiers-pedagogiques.com/spip.php?article6535
Le pessimisme de la raison et l’optimisme de l’action…- Retour au lycée de la Cagnotte - Opération désintox -
Le pessimisme de la raison et l’optimisme de l’action…
Je reviens, sur une analyse pessimiste et lucide de Luc Cédelle parue hier dans Le Monde. S’il s’appuie sur l’enquête récente de la DEPP sur les conditions de travail et le moral des enseignants
du secondaire, son propos dépasse ce cadre initial pour tenter de résumer l’état d’esprit des enseignants. Selon lui, “ l’éducation nationale ne croit plus en rien. Elle
ne croit plus aux grands discours mobilisateurs sur son dessein républicain. Dites aux enseignants qu’ils sont le creuset de la nation, les gardiens de la citoyenneté ou les passeurs de la
culture : ils se demanderont quel coup fourré se cache sous ces compliments convenus. ”. D’où vient cette désillusion ? A un sentiment de déclassement, à une déploration de la
dégradation des conditions de travail. Mais aussi à un individualisme ambiant renforcé par une défiance vis-à -vis du discours syndical.
Là où cette amertume est grave et peut confiner au cynisme y compris chez les plus jeunes c’est lorsque cela signifie aussi que les enseignants ne croient plus “ en l’ambition pédagogique
comme moyen de faire reculer l’échec scolaire et réaliser ses objectifs de démocratisation ”. Et il ajoute “ Hormis une frange d’activistes où les jeunes se font rares, l’éducation
nationale ne croit pas non plus, ou ne croit plus, en l’ambition pédagogique comme moyen de faire reculer l’échec scolaire et réaliser ses objectifs de démocratisation. ” mais dit-il le
“double inversé” (les anti-pédagos) s’il trouve un certain écho ne parvient pas pour autant à construire un discours mobilisateur. Et il conclut sur un bilan plus nuancé :“ beaucoup
d’individus et de groupes, dans le monde enseignant, ont encore foi en un idéal. Mais la majorité s’enfonce dans un scepticisme inébranlable et un chacun pour soi qui brise d’avance toute
dynamique collective. En roue libre, tournant sur sa lancée, l’éducation nationale reste sans rêve, sans moteur.”
Ce constat, malheureusement juste et pertinent, ne doit pas être pour autant comme une invitation au repli sur soi. C’est au contraire un défi à relever lancé à tous les progressistes et
militants pédagogiques. On a besoin d’une nouvelle ambition pour l’école…
Retour au lycée de la Cagnotte
Trois mois après le lancement de l’expérience, Véronique Soulé de Libération est retournée au Lycée Alfred-Costes, à Bobigny, où a été lancée le dispositif de la “cagnotte anti-absentéisme”. Les
lycéens, eux, n’y croient plus.
Un professeur de l’établissement affirme qu’avant les vacances, lorsque les lycéens rêvaient encore du jackpot, ils assistaient au grand complet à ses cours. Mais ils bavardaient autant qu’avant…
Aujourd’hui les absences ont repris. Un autre enseignant ajoute “ Je ne suis pas contre les récompenses, mais pourquoi les monétiser ? On organise déjà des remises de bulletins en fin de
trimestre et, en fin d’année, des remises de diplômes où certains parents pleurent. Ça marche bien, surtout pour nos élèves qui n’ont pas l’habitude d’être gratifiés” Mais pour lui, la
motivation est à chercher ailleurs “c’est d’abord un problème d’orientation précise t-il. Souvent, les "pros" se retrouvent dans des filières qu’ils ne voulaient pas faute de place
dans celles demandées ”.
Opération désintox
Quand la presse remplit cette fonction et exerce son droit de suite, elle est essentielle pour la démocratie.
Voici les faits. Hier mardi à l’Assemblée, lors des questions au
gouvernement, en réponse au député nordiste Yves Durand (PS) qui conteste la réforme des Instituts universitaires de formation des maîtres, la ministre de la Recherche et de
l’Enseignement supérieur a soutenu que jusqu’ici, « la quasi-totalité des jeunes professeurs qui arrivent en septembre devant les classes n’ont jamais vu aucun élève ».
Poursuivant son exercice de xylolalie, elle ajoute :
“Désormais, avec la réforme ils auront trois fois plus de possibilités de stages ». Au même moment, brouhaha, sur les bancs socialistes, le député nordiste, par ailleurs secrétaire
national chargé de l’éducation au PS, hoche la tête, fait la moue. On lit sur ses lèvres : « c’est pas vrai ». Le même au téléphone, quelques heures plus tard dans le TGV
répond à Libération
Lille : « Valérie Pécresse ment. Et avec un aplomb considérable ».
Et le journal mène une petite enquête qui permet de démontrer très facilement que tous les jeunes enseignants (PE2 ou PLC2) sont un tiers de leur temps devant des élèves en stage en
responsabilité. Des gens lâchés devant une classe, en responsabilité, c’est justement ce qui va arriver de plus en plus, explique Sylvie Plane, du Snesup. « Valérie Pécresse joue sur les
mots quand elle dit qu’il y aura trois fois plus de stages. Il y avait des stages encadrés, et on va supprimer cet outil là . On crée un statut de stagiaire, avec plus de responsabilités. Il y
aura plus de stages, mais moins de stages formateurs. On fait des économies. C’est triste pour les étudiants, et c’est triste pour les élèves ».
Bonne Lecture...
"Ce constat, malheureusement juste et pertinent, ne doit pas ĂŞtre pour autant comme une invitation au repli sur soi. C’est au contraire un dĂ©fi Ă relever lancĂ© Ă
tous les progressistes et militants pédagogiques. On a besoin d’une nouvelle ambition pour l’école…"
Bien entendu cher Philippe...
Mais sur le terrain où, comme beaucoup d'autres, je suis tous les jours (en collège pour moi), ce discours-là dont je partage le fond à 100% ne passera QUE lorsque les divers mouvements
pédagogiques auront fédéré leurs forces, ce qui est loin d'être le cas hélas.
L'Ecole, au sens très large, n'est pas divisée entre "pédagos" et "anti-pédagos", mais est éclatée en dizaines de micro-courants où chacun picore ce qui semble bon pour lui.
Sans rire, on se croirait au PS parfois... Et ce n'est pas forcément une comparaison agréable... Je sais de quoi je parle!
Christophe