Partager l'article ! Un Jour... Un Auteur... Pierre-Jean Jouve...: Une seule femme endormie Par un temps humble et profond tu étais plus belle Par ...
Une seule femme endormie
Par un temps humble et profond tu étais plus belle
Par une pluie désespérée tu étais plus chaude
Par un jour de désert tu me semblais plus humide
Quand les arbres sont dans l’aquarium du temps
Quand la mauvaise colère du monde est dans les cœurs
Quand le malheur est las de tonner sur les feuilles
Tu étais douce
Douce comme les dents de l’ivoire des morts
Et pure comme le caillot de sang
Qui sortait en riant des lèvres de ton âme
In Matière Céleste, Hélène, Poésie/Gallimard 1995, p.102
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Hélène dit
Conduis-moi dans ce couloir de nuit
Amant pur amant ténébreux
Près des palais ensevelis par la nostalgie
Sous les forêts de chair d’odeur et de suave
Entrecoupées par le marbre des eaux
Les plus terribles que l’on ait vues ! Et qui es-tu
Inexprimable fils et pur plaisir
Qui caches le membre rouge sous ton manteau
Que veux-tu prendre sur mon sein qui fut vivant
Devant mon pli chargé des ombres de la mort
Pourquoi viens-tu à l’épaisseur de mes vallées de pierre ?
Ibid, p.112
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Poème
Le désir de chair est désir de la mort
Le désir de la fuite est celui de la terre
L’excrément des villes c’est l’amour de l’or
Le désir de la jeunesse est l’appétit du cimetière
Les faims sont dures comme des femmes nues
Sur le lit du jour j’aime épouse je souffre
Les perles matinales dorment de lumière
Le long du rivage ourlé vert de la mort
Ce n’est pas en vain que les saints du Christ
Furent en lutte amère avec le diable
Ce n’est pas en vain que les seins du Christ
Dans la ténèbre n’étaient point distingués de ceux du diable
Compte seulement le poids des larmes
Non pour elles mais pour le vide qu’elles font
Et roulant sur la noire paroi de vertige
Dans ce monde aboli : tu approches de l’Un
In Matière Céleste, Nada, Poésie/Gallimard 1995, p.130