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Vendredi 5 décembre 2008


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Darcos est-il en train de perdre la main ?

C’est la question que posait le Café Pédagogique , il y a quelques jours. Elle se retrouve aujourd’hui en filigrane de plusieurs articles. Sur EducPros (un site d’information de l’Étudiant) , on évoque la rumeur persistante d’un report de la réforme du lycée prévue pour la rentrée 2009. On parle également d’un remaniement ministériel en janvier. Ce n’est pas un scoop, mais ce qui est nouveau c’est que Xavier Darcos pourrait quitter son poste à cette occasion.

Laurence Albert du journal Les Échos rappelle que l’ex “bon élève” du gouvernement atteint les limites de sa stratégie. Plus une semaine ne s’écoule sans son lot de contestations : après le défilé réussi du 20 novembre (200.000 manifestants) et la bronca des maires contre le service minimum la semaine dernière, les professeurs des écoles et ceux de sciences économiques et sociales sont redescendus dans la rue, hier, les uns pour protester contre la suppression de 3.000 postes dans les Rased (réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté), les autres contre le sort de leur discipline dans la réforme du lycée . Des mouvements sporadiques de lycéens ont aussi éclos, plusieurs lycées marseillais sont occupés, des lycéens appellent à une journée "lycées vides" vendredi. . Autre action, des enseignants occupent la nuit (sans empêcher les cours) un lycée de l’Essonne . Les actes de “désobéissance se multiplient. Une nouvelle journée d’action unitaire - pour l’instant sans grève - est déjà programmée mercredi prochain.

La stratégie de communication basée sur une multiplication des annonces et la communication tous azimuts semble trouver ses limites face à la montée et l’agrégation des mécontentements


Justice des mineurs. Des spécialistes s’élèvent contre le “bon sens” de Rachida Dati.

Plus de 100 spécialistes de l’enfance , chercheurs, sociologues, psychanalystes, psychothérapeutes, pédagogues ou médecins ont signé le texte "Emprisonner n’est pas éduquer !" qui dénonce les propositions de la commission Varinard, une commission qui "ne donne pas leur juste place aux experts de l’enfance et aux spécialistes du développement".


Des nouvelles de la presse spécialisée en éducation. On savait depuis plusieurs semaines que l’existence du
Monde de l’Éducation était menacée. On nous annonçait que le numéro de décembre (sur la solitude des enseignants) était le dernier. Une dépêche AFP nous apprend qu’il va devenir un supplément gratuit du quotidien Le Monde à compter de janvier 2009. Marc Dupuis, l’actuel rédacteur en chef déplore que son journal soit “le magazine français le plus +photocopillé+ : environ 40.000 exemplaires vendus pour plus d’un million cent mille lecteurs", explique t-il. Cet "écart ventes-lectorat" est devenu "insupportable dans le contexte de crise de la presse", indique-t-il.

Même si on pourrait considérer que les
Cahiers Pédagogiques sont un concurrent (en fait nous ne “boxons” pas dans la même catégorie !), nous ne pouvons qu’être inquiets et désolés des difficultés d’un tel journal qui accompagne les enseignants et les parents depuis 34 ans. Il faut souhaiter que la presse et en particulier la presse éducative aille mieux et que le Monde de l’Éducation retrouve un équilibre.


Bonne Lecture...


La suite: C'est ici: http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=4124
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Vendredi 5 décembre 2008

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« LE NIVEAU BAISSE ! »

« Le niveau baisse ! ». Ce cri est devenu le leitmotiv des détracteurs de l’Ecole: parents désespérés parce que  mal informés, professeurs aigris se consolant dans la lecture ou l’écriture de pamphlets mensongers, mais très « tendance », inspecteurs irascibles. Même la presse, en particulier télévisuelle, emboîte le pas aux « anti pédagogues ». L’interview de Jean Paul Brighelli sur France 2 par une Françoise Laborde plus que complaisante fut à cet égard révélatrice de l’audience accordée à tous les poncifs véhiculés, dont ce trop fameux « le niveau baisse ! ».

 

Rien de nouveau sous le soleil pourtant. En 1938, voila ce qu’écrivaient les collaborateurs de Jean Zay, Ministre de l’Education Nationale du Front Populaire (assassiné par les nazis avec la complicité de Vichy) : « On constate que la lecture courante n’est pas acquise à 10 ans par la moyenne des élèves. Dans les première et deuxième années du primaire supérieur (aujourd’hui 6ème et 5ème), nombre d’élèves n’ont pas la perception rapide et globale des mots et des phrases qui seule permet une lecture courante et intelligente ».

 

Toujours en 1938, ces propos sont devenus « Instructions du 20 septembre relatives aux arrêtés du 23 mars 1938 » et concernant l’apprentissage de la lecture (Bibliothèque pédagogique EDSCO, Editions scolaires, Chambéry 1950, Edition Originale, page 30)

 

« LECTURE ET RECITATION. –  (…) Des constatations faites dans de nombreuses écoles, il résulte que « la lecture courante » n’est pas complètement acquise à 10 ans par la moyenne des élèves. (…) Dans la deuxième année du Cours supérieur et même dans la première année des écoles primaires supérieures, on voit encore des élèves qui n’ont pas cette perception rapide et globale des mots et des phrases qui seules, permet une lecture courante intelligente »

 

Enfin, j’ai pris le plaisir de comparer les programmes de Français suivants :

 

-       Programmes et Instructions de l’Enseignement Primaire » en rapport avec l’enseignement du Français : 1923, 1938, 1945, 1946, 1947

 

                                                                   ET

 

-       Instructions officielles « Cycle des approfondissements Cycle 3, Bulletin Officiel de l’Education Nationale hors série Numéro 1 du 14 février 2002 (Instructions en vigueur actuellement)/Toujours uniquement en ce qui concerne l’enseignement du Français

 

  • Rien que sur le plan quantitatif, les instructions 2002 sont TRES NETTEMENT plus denses que celles de 1947 et antérieurement, contrairement à toutes les idées reçues qui courent les salles de professeurs.

  • Concernant l’enseignement de l’Histoire en Ecole Primaire/Cycle 3, là encore CONTRAIREMENT AUX IDEES RECUES, cet enseignement est CHRONOLOGIQUE !

 

BOI 14 FEVRIER 2002, page 21 : Objectifs : (…) Le respect du déroulement chronologique, jalonné par des dates significatives, y est donc essentiel et constitue l’une des bases de l’approche historique.

 

                                                                      Programme : (…) La programmation (…) doit respecter l’ordre chronologique et ne négliger aucune période, y compris la plus récente.

 

                                                          

                                                                      Compétences (devant être acquises en fin de cycle)/Page 23 : Etre capable de distinguer les grandes périodes historiques, pouvoir les situer CHRONOLOGIQUEMENT (…).

 

Je pourrais encore apporter bien des preuves, par un travail comparatif, que les programmes actuels et leur application n’ont strictement rien à envier à ceux de 1947. La crainte de la dégradation de la qualité de l’enseignement est plus vieille encore que l’Ecole gratuite, laïque et obligatoire. Ces textes montrent si besoin est à quel point les « adorateurs » d’un age d’or de l’Education Nationale se trompent et nous trompent.

 

(J’accuse au passage, à la lumière de mes propres recherches et à la lumière des recherches présentées plus avant, tous ces enseignants aigris, véritables révisionnistes du passé, mensongers sur le présent et uniquement soucieux de leur petite part de « gloire » au travers de leurs écrits médiocres, de n’agir qu’à des fins politiciennes.)

 

Curieusement, il existe très peu d’études scientifiques sur les niveaux comparés des élèves du début du XXème siècle et d’aujourd’hui. Quelques indications néanmoins :

 

-       1973 : François Ters, Orthographe et vérités, Paris, ESF, 1973 : Celui-ci a comparé les résultats sur une même phrase dictée aux élèves des cours moyens en 1904 et 1965. L’avantage revient à ces derniers.

-       L’INRP (Institut National de la Recherche Pédagogique) s’est intéressé aux performances en Mathématiques des enfants de cours moyens 1957, 58 et 61 d’une part, 1970, 77, 78 d’autre part, 1997, 98 et 99 enfin. La conclusion est sans appel : « Les enfants savent aussi bien faire des opérations qu’il y a 20, 30 et 50 ans. En géométrie, ils sont très nettement plus performants »

-       Louis Legrand, Chercheur en Sciences de l’Education, a observé qu’un enfant de 1990 devait en savoir et en assimiler beaucoup plus que son petit camarade de 1900, tout programme comparé.

 

La prétendue « baisse de niveau » est bien un fantasme engendré par une société inquiète de son avenir et de son Ecole. Depuis les années 1975/80, les rumeurs persistantes sur le thème « France, ton enseignement fout le camp ! » sont véhiculées parallèlement à la mise en place de la démocratisation de l’Ecole et à la baisse du prestige social du corps enseignant. Les maîtres ne sont plus les notables considérés d’avant guerre. Plus grave même, plutôt que d’avouer leurs faiblesses, pourtant compréhensibles, plutôt que de confronter leurs difficultés pour les résoudre EN EQUIPES, beaucoup d’enseignants en rejettent la responsabilité sur leurs élèves ou sur les Pédagogues dont, il faut le dire et le redire, un nombre infime de propositions a été effectivement appliqué.

 

En retour, les parents légitimement sensibles à ces difficultés, accusent l’Ecole. Professeurs d’Ecole, Professeurs de collèges et lycées, parents, tous se renvoient la balle, convaincus à la longue que « le niveau baisse ». Longtemps, encore aujourd’hui d’ailleurs, on a cru que ces difficultés d’apprentissage, réelles pour certaines, fantasmées pour d’autres, résultaient d’une querelle de méthodes pédagogiques et qu’une fois l’affaire réglée, on n’en parlerait plus ! Malheureusement aucune lumière n’a jamais jailli des disputes entre tenants de la méthode globale de lecture (jamais appliquée) et tenants de la méthode alphabétique ou syllabique (B-A- BA).

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Jeudi 4 décembre 2008


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A tous les abonnés
A tous ceux qui passent

Pas d'articles ce soir... Rentrée tardive... Conseils de classe....

Nous reprendrons la route demain...ou ce soir si je trouve 5 minutes...

Christophe


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Jeudi 4 décembre 2008


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"Des Sciences économiques ET sociales pour tous !"

Comme le rappelle Le Monde, les professeurs de sciences économiques et sociales étaient plus d’un millier (j’y étais) à manifester ce mercredi de la Madeleine à la République pour dire leur refus de la marginalisation et leur inquiétude sur leur avenir . Ces inquiétudes ne sont pas calmées par une information diffusée mardi : le ministère "se pose la question" d’introduire de l’économie dans le tronc commun des enseignements obligatoires de la future seconde. Les professeurs de SES peuvent ressentir cela comme un déni de leur identité (et une nouvelle entourloupe) car depuis sa création en 1967, c’est justement la conjonction "et", reliant l’économie et le social qui fait l’identité et le succès d’une discipline se présentant comme "un questionnement sur la société". Les adversaires de cette discipline, et notamment les lobbys patronaux ont toujours voulu ranger l’économique et le social au mieux dans des catégories d’enseignement séparées ou bien même ne faire que de l’économie limitée à l’enseignement d’hypothétiques (et idéologiques) “fondamentaux”. Il se pose aussi la question du nombre d’heures d’enseignement. Une heure et demie : non merci !


Tout cela a été redit dans un meeting de clôture de cette manifestation à la Bourse du Travail. Signalons que les profs de SES n’étaient pas les seuls à protester puisque le mercredi matin c’étaient les RASED qui manifestaient devant le Sénat.


Le déjà fameux rapport Varinard sur la délinquance des mineurs a été remis aujourd’hui à la Garde des Sceaux qui en appuie les conclusions

Pour elle, sanctionner des 12 ans relève du “bon sens”. « Un mineur a besoin d’autorité » rajoute t-elle.

On lira avec beaucoup d’intérêt la contre-expertise de Libération Sur les chiffres de la délinquance Le journal s’appuie sur les travaux de Laurent Mucchielli qui a comparé la répartition par classe d’âge des condamnations en 1989 et 2006. Le résultat est une stabilité quasi parfaite de la proportion des condamnés mineurs, que ce soit les moins de 13 ans, les 13-16 ans ou les 16-18 ans. Ironiquement, la seule augmentation, en proportion, concerne la classe d’âge des 40-60 ans. Ce qui amène Mucchielli à écrire que ce dernier chiffre pourrait presque conduire à une hypothèse inverse de celle qui est admise par l’opinion : celle d’un vieillissement relatif de la délinquance en France. On est bien loin de la rengaine sur l’augmentation de la délinquance des mineurs


« Si j’ai blessé les enseignants de maternelle, je m’en excuse »


Le ministre de l’Education Xavier Darcos, qui était entendu dans le cadre de l’examen par les sénateurs du volet éducation du budget 2009, a fait son mea culpa après ses déclarations sur les enseignants de maternelle dont l’essentiel de la fonction consisterait à changer des couches.

Allez M. Darcos, vous êtes sur le chemin de la repentance. La prochaine étape : rétablir les RASED et cesser d’embêter les SES....


Bonne Lecture...


La suite ici: http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=4121
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Mercredi 3 décembre 2008


Cette chanson, dans cette version, fut le signal de l'insurrection dite "des oeillets" au Portugal le 25 avril 1974. Le régime militaire fut renversé...


La version d'Amalia Rodrigues...
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Mercredi 3 décembre 2008
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Mercredi 3 décembre 2008
Justice des mineurs : "Une profonde régression"
Libération de l'humanitaire français enlevé en Afghanistan
Deux engins explosifs désamorcés à la gare de Bombay
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Mercredi 3 décembre 2008

Picasso - Le Repos
www.productionmyarts.com/.../le-repos-1932.jpg

Depuis sa prise de fonction, Nicolas Sarkozy tient son agenda sur le site officiel de l'Elysée. En 2008, le nombre de rendez-vous diminue sensiblement par rapport aux débuts tonitruants de l'hyper présidence. Après l'agitation, place à la réaction ?

Il nous avait habitués à mieux. Nicolas Sarkozy courait partout, communiquait sans arrêt et multipliait les déplacements en tous genres. Témoin de cette activité débordante, son agenda (accessible en ligne sur le
site de l'Elysée ) regorgeait d'une pléiade d'événements, du plus officiel des sommets au simple dîner de travail.

Décrochage

Mais depuis quelques mois, un certain ralentissement se fait sentir. Certes, l'hyper président est toujours un adorateur du bruit médiatique. Mais les entrées* de son agenda se font plus rares.

Lorsqu'on compare l'activité présidentielle de 2007 et celle de 2008, sur des périodes identiques (de juin à novembre, voir histogramme ci-dessous), on constate une vraie baisse de régime.



 
Le mois de novembre voit un véritable décrochage des entrées de l'agenda du président. (ER - Marianne2.fr)

Sur les cinq premiers mois observés, on assiste d'une année sur l'autre à une chute de 15 à 20 entrées moyenne (voir tableau ci-dessous). C'est d'autant moins de visites, de réunions, de cérémonies, de dîners de travail, etc. 

Même le mois d'août, traditionnellement délaissé pour cause de repos estival, connaît proportionnellement une réduction similaire de l'activité du président.

Le sixième mois comparé sur les deux années, novembre, est particulièrement significatif avec un véritable décrochage, exprimé par une diminution d'environ 40 entrées.

Mais que se passe-t-il ? Sarkozy se repose-t-il sur ses lauriers maintenant qu'il a obtenu sa mirifique augmentation de 140% ? A moins qu'il ne se ménage des plages de «quartier libre» afin de pouvoir réagir à l'actualité. Autant dire, dans ce cas, que le président navigue à vue…



*chaque « entrée » correspond à une heure précise marquée sur l'agenda, se rapportant à une activité ou à un groupe d'activités du même type. Exemple d'entrée : Jeudi 6 novembre, 13h00 - Déjeuner avec le groupe de travail de l’Assemblée nationale et du Sénat sur la  situation financière internationale.

Mardi 02 Décembre 2008 - 12:02


Ella Roche


Marianne.fr
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Mercredi 3 décembre 2008


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Dix curseurs bloqués pour la construction
d’un système ultra libéral.

Pierre Frackowiak


On peut reprocher à M. DARCOS le mépris et parfois l’arrogance qu’il affiche à l’égard des enseignants, de leurs organisations syndicales, des mouvements d’éducation populaire. On peut lui reprocher l’absence de toute concertation. On ne peut lui reprocher sa ténacité à appliquer les orientations présidentielles avec une cohérence certaine, avec un rythme qui peut permettre de dissimuler cette cohérence et faire apparaître certaines mesures sous un jour positif à l’opinion publique sous informée sur ces questions. Rompant lui-même avec ses prises de positions antérieures à 2007, comme, par exemple, son accord avec les programmes de 2002, il milite à chaque instant, dans chacune de ses décisions sans exception, pour la construction d’un système éducatif ultra libéral. C’est une tendance historique nouvelle dans notre pays qui avait connu peu ou prou une période de continuité républicaine de 1969 à 2002/2005, avec une droite encore influencée par le gaullisme soucieux du rôle de l’Etat et une gauche modérée convaincue de la nécessité de réformer l’école mais ayant des difficultés, parfois par électoralisme à court terme, à aller au bout de ses projets. La rupture est brutale dans ce domaine comme dans d’autres (la crise, la santé, l’économie, la poste, etc) ; Il s’agit d’un choix idéologique clair, porté sans complexe par des responsables politiques qui adoptent le style du président, multipliant les effets d’annonces et refusant le dialogue vrai avec les partenaires du système. Il est d’ailleurs curieux de constater que l’on reproche durement à ceux qui s’opposent aux mesures ministérielles de le faire par idéologie quand on est soi-même engagé pleinement dans un véritable combat idéologique. Il est vrai que, dans cette situation, les progressistes, les véritables réformateurs, ont comme le dit Philippe Meirieu dans un de ses livres, « le devoir de résister ». Car les enjeux vont bien au-delà des avatars de la vie politicienne et des effets d’annonces souvent remises en cause au contact des réalités Il s’agit de concevoir et de construire la société du futur, de promouvoir une conception de l’Homme.

 

On reconnaîtra aisément que l’analyse des systèmes ne peut se réduire à un manichéisme excessif, mais il faut bien constater et s’en inquiéter que, pour l’heure, tous les curseurs sur toute une série de conceptions clés, des axes, sont poussés à fond vers le libéralisme, souvent lié à un conservatisme exacerbé, plutôt que vers des conceptions modernes, démocratiques et progressistes de l’éducation.

Pour l’école primaire, principale cible du ministre, on peut repérer au moins 10 axes qui sont développés et explicités d’une autre manière dans « L’éducation peut-elle être encore au coeur d’un projet de société » (*), qui se croisent et se complètent, qui sont à la fois des révélateurs et des preuves :

1. De la transmission stricte des contenus disciplinaires à la construction des savoirs et des compétences par une démarche active des élèves eux-mêmes

2. Du dogmatisme à la recherche du sens des apprentissages scolaires et la production de sens

3. Du simple fabriqué artificiellement par les experts pour les élèves au complexe découvert et analysé par les élèves

4. Des savoirs et des compétences réduits au cadre scolaire à la prise en compte réelle et active des finalités et des valeurs dans tous les actes éducatifs

5. De l’élève considéré comme une personne à l’élève considéré comme un individu et un être social

6. Du l’acceptation du déterminisme social et de la fatalité de l’échec avec des actions de bonne conscience (soutien gratuit et publicité déguisée pour le soutien payant) à la prise en considération des possibilités réelles de chaque enfant ou jeune dans le temps scolaire normal ou dans une nouvelle conception de la journée scolaire (plutôt que son alourdissement)

7. Du pilotage par les résultats (**) à l’accompagnement de la transformation des pratiques professionnelles

8. D’une conception classique de la formation des enseignants fondés sur la maîtrise des contenus disciplinaires à une conception faisant toute sa place à la pédagogie
9. D’un enseignement isolé de son environnement à une politique globale, territorialisée, de l’éducation avec les collectivités, les parents, les mouvements d’éducation populaires…
10. D’un mépris pour les enseignants du premier degré (SMA, campagne sur le soutien erroné plutôt que sur le temps scolaire lui

même, déni de la pédagogie, primes, autoritarisme de l’encadrement…) à la revalorisation de la place des enseignants dans la société éducative

Au total, la position des curseurs sur ces dix axes permet de dessiner le type d’homme et de société que l’on veut préparer. Nous allons à grands pas vers une société des gagnants (les autres, « on aura tout fait pour eux », mais ils perdent toujours, « on n’y peut rien »), une société où l’individualisme et la compétition pour les uns, la résignation pour les autres, sont exacerbées, une société où les inégalités et les tensions sociales, et donc la violence, ne peuvent que se développer, où les experts étouffent la démocratie. C’est le retour à l’élitisme et à la ségrégation.

En poussant les curseurs dans l’autre sens, résolument et avec tous les moyens nécessaires (et cela coûte cher), on peut avoir l’espoir de préparer une société démocratique, émancipatrice, fondée sur la confiance en l’homme et en ses possibilités de développement et de responsabilité, et sur une vision optimiste de sa place dans un monde en mouvement où les notions de société de la connaissance et de la communication, d’éducation tout au long de la vie, ne sont pas des coquilles vides ou des suppléments d’âme mais des lignes de force.

Pour cela, il faut lutter pour faire bouger tous les curseurs … et le ministre.


(*)
L’éducation peut-elle être encore au coeur d’un projet de société ? Pierre Frackowiak et Philippe Meirieu. Editions de l’Aube


(**) Il ne s’agit pas du tout d’évaluation mais du contrôle de l’accumulation provisoire de savoirs factuels et de compétences mécaniques. Evaluer, c’est autre chose, c’est mesurer le changement et sa qualité (ce que je porte en moi, ce que je vaux…). Et les compétences ne peuvent s’évaluer que dans des situations où l’élève est appelé à mobiliser toutes ses ressources dans un contexte représentatif. Il ne s’agit pas du constat de réponses à des exercices d’application…

http://www.meirieu.com/FORUM/fracko_curseurs_bloques.pdf

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Mercredi 3 décembre 2008


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Le durcissement de la politique pénale, notamment à l’égard des jeunes, des étrangers et des malades mentaux, entretient une surpopulation carcérale constante qui font des prisons françaises un scandale permanent et une injure aux droits de l’homme. Elles s’éloignent toujours plus de leur objectif affiché, la réhabilitation du détenu, pour n’être plus qu’un lieu de relégation et de souffrance.

Télécharger ce(s) document(s) :

Recensé : Jean Bérard, Gilles Chantraine, 80 000 détenus en 2017 ? Réforme et dérive de l’institution pénitentiaire, Paris, Éditions Amsterdam, 2008. 171 p., 9€.


La réflexion de Jean Bérard et de Gilles Chantraine débute par un constat : la désillusion et l’inquiétude suscitées par les « journées de juin 2008 », mois largement alimenté, par le hasard du calendrier gouvernemental, de décisions politiques destinées à réformer le monde carcéral. La nomination d’un contrôleur général des lieux de privation de liberté (en la personne du conseiller d’État Jean-Marie Delarue) et quelques avancées ponctuelles (usage du téléphone portable pour les détenus, extension des possibilités de parloir sans surveillance, etc.) ne suffisent pas à contrebalancer les mauvaises nouvelles : la communication gouvernementale, axée sur des peines alternatives qui n’ont guère fait leurs preuves, la réforme particulièrement décevante de l’allègement de la peine de quartier disciplinaire et, enfin et surtout, le renonciation à reconnaître des droits aux détenus. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, la durée maximale de placement en quartier d’isolement – la plus sévère d’Europe – n’est réduite que de cinq jours, l’humiliante fouille corporelle reste arbitrairement praticable, le flou des nouveaux textes préserve la toute-puissance discrétionnaire des chefs d’établissements et, par un astucieux jeu de dupes, la mise en œuvre de l’encellulement individuel est finalement abandonnée. En fin de compte, les revendications des détenus, la contestation des travailleurs sociaux et même des syndicats de directeurs de prisons et de surveillants n’influent en rien sur la position des décideurs.


Comment en est-on arrivé là ? Jean Bérard et Gilles Chantraine proposent de retracer la progression des contradictions entre la politique pénale, effectivement appliquée, et l’affirmation du respect des droits des détenus, manifestement bafoué. Leur ouvrage est issu d’une suite de publications récentes dans la revue trimestrielle Vacarme, qui se veut à la croisée de l’engagement politique, de l’expérimentation artistique et de la recherche scientifique 

Ai-je le droit d’avoir des droits ?

L’historien et le sociologue ont organisé leur étude autour de huit chapitres, chacun précédé d’une courte présentation, qui correspondent aux grandes problématiques qui font des prisons françaises un lieu de non-droit des personnes, et de la réforme pénitentiaire une utopie désespérément obsolète. Le premier chapitre est une réflexion sur la perpétuité réelle et sur son pendant, la libération conditionnelle, à partir d’une pétition émouvante de dix condamnés à de longue peine datée de janvier 2006. Nous, les emmurés vivants, sorti clandestinement de la centrale de Clairveaux, est un appel dont les signataires réclament le droit à la peine de mort. Il révèle trois tendances actuelles, explicitées par les auteurs : l’allongement des longues peines, la libération considérée uniquement en termes de risque, la dépolitisation des revendications des incarcérés.

Suit l’analyse des différents problèmes qui minent l’institution carcérale aujourd’hui. En raison de la multiplication des courtes peines et des conséquences qui en découlent pour les personnes (stigmatisation, récidive, etc.), la prison finit, comme l’expliquait Michel Foucault dans Surveiller et punir (1975), par n’être plus qu’un « lieu de gestion des illégalismes populaires et de construction de filière délinquante » (p. 44). La surreprésentation en prison des personnes atteintes de troubles psychiatriques est la manifestation d’une nette tendance à la protection de la société plutôt qu’au traitement des malades mentaux : c’est, comme le disent les auteurs, la « carcéralisation du soin psychiatrique ». L’obsession disciplinaire caractérise l’incarcération des délinquants juvéniles, notamment à travers la création des Établissements pour mineurs (EPM). Le durcissement de la politique pénale entraîne une explosion de la démographie carcérale : 48 000 détenus en 2000, 57 000 en 2003 – et 80 000 en 2017 ? La promulgation de la loi sur la rétention de sûreté, en février 2008, a aggravé la surpopulation carcérale en introduisant une peine d’enfermement après la peine.


On pourrait penser que, face à ces problèmes, l’institution a engagé une réflexion de fond. Là encore, le constat est sombre. Comme le montrent les auteurs dans le chapitre 3, intitulé « Ai-je le droit d’avoir des droits ? », il est aberrant de croire que l’amélioration de l’immobilier pénitentiaire (nombre de places, espace, modernisation) suffirait, par un effet mécanique, à sortir les prisons françaises et leurs occupants de l’indignité. L’exigence de réforme est d’autant plus difficile à faire entendre qu’une chape de plomb pèse sur la parole des détenus. Le dernier chapitre sur la détention des mineurs est particulièrement bienvenu : la politique actuelle de traitement de la délinquance juvénile semble encore croire qu’il est possible d’inventer une prison sans les inconvénients de la prison. Les échecs successifs de la Petite-Roquette, prison pour enfants du XIXe siècle, des centres fermés de Juvisy-sur-Orge et de Fresnes ou encore de l’actuel et très controversé Centre de jeunes détenus (CJD) de Fleury-Mérogis sont là pour invalider ce rêve.

L'article complet est ici:

http://www.laviedesidees.fr/Les-prisons-francaises-et-les.html

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