Partager l'article ! Le nombre de gardes à vue a explosé en sept ans...: http://laurent-jacqua.blogs.nouvelobs.com/images/medium_jacqua.6.jpg La ...

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La garde à vue se raconte. Rédigés sur le mode vécu indigné, les témoignages affluent. La grande masse est directement expédiée aux policiers eux-mêmes, par
courrier. "Beaucoup de personnes écrivent suite à leur interpellation parce qu'elles sont traumatisées, vexées", concède Hervé Niel, à la direction centrale de la sécurité publique.
Certaines de ces missives donnent lieu à des enquêtes de la police des polices, la plupart restent lettre morte.Le récit de "GAV" se décline sous d'autres formes. Il est même en passe de devenir
un petit genre littéraire. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, romancier et critique, Christophe Mercier a publié un court texte intitulé Garde à vue : histoire vécue (éd.
Phébus, avril 2007, 30 pages, 3 euros). Il y raconte son expérience après un contrôle autoroutier et un léger dépassement d'alcoolémie.
"Je n'arrive pas à retirer une grosse alliance et un policier dit qu'il va falloir la couper. Je proteste et il n'insiste pas. Je dois baisser mon slip, écarter les jambes et me
pencher en avant. Je souris en pensant à Richard Virenque qui, lors de sa garde à vue, s'était senti humilié par ce détail…"
Internet offre une gamme étendue de récits. Sur Bondy Blog, média créé pendant les violences urbaines
de 2005 à l'initiative de journalistes suisses, "José" l'affirme : "La gardav', c'est l'enfer."
Dans un tout autre style, Stéphane Lhomme, militant du réseau Sortir du nucléaire, relate sa "journée à la DST", le 25 mars, pour avoir divulgué un document classé confidentiel défense.
"Surprise, il m'a été annoncé que c'était la suite de celle commencée près de deux ans plus tôt (…). Je ne savais pas qu'on pouvait ainsi découper en tranches une garde à
vue."
Pour une raison similaire, le journaliste Guillaume Dasquié a été entendu dans les mêmes locaux, lors d'une GAV qu'il a racontée dans Le Monde du 27 décembre 2007.
Isabelle Mandraud et Alain Salles
http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2008/04/22/comment-j-ai-ete-garde-a-vue-nouveau-genre-litteraire_1036827_3224.html
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Les gardes à vue, les "GAV" comme on dit dans le jargon policier et judiciaire, explosent. En sept ans, de 2000 à 2007, leur nombre a gonflé de moitié, et dépassé la
barre du demi-million pour atteindre 562 083 en 2007. Elles durent de plus en plus longtemps : les courtes durées, celles de moins de 24 heures, représentent les trois quarts des GAV mais à elles
seules, celles de plus de 24 heures ont bondi de 73,8 %. Le délai maximum est de 48 heures (96 heures et même jusqu'à six jours pour les personnes soupçonnées de terrorisme).
"On a poussé la situation jusqu'à l'absurde, surtout pour les contentieux à la mode, affirme Naïma Rudloff, vice-procureure à Paris et secrétaire générale de
FO-magistrats. En matière d'alcoolémie, par exemple, on ne fait plus la différence entre un taux de 0,42 gramme et un taux de 2 grammes. Même chose pour les violences conjugales : on ne fait
pas la différence entre une femme qui instrumentalise la justice en accusant son mari et une vraie affaire de violence. On place systématiquement en garde à vue."
La GAV s'installe et, bien que souvent traumatisante, se banalise. Ses conditions évoluent. Le 1er juin, les interrogatoires des personnes interpellées pour crimes feront l'objet d'un
enregistrement audiovisuel. La Commission Outreau comme le Comité européen pour la prévention de la torture avaient préconisé cet enregistrement. Les mesures d'Elisabeth Guigou sont
progressivement entrées dans les mœurs : les personnes interpellées peuvent requérir un médecin et s'entretenir dès la première heure avec un avocat.
Pour la police, qui en tire argument, ces droits donnent un "statut" à la personne interpellée. "Il ne faut pas tout inverser, s'insurge un juge de Bobigny (Seine-Saint-Denis). C'est
parce que la garde à vue est une atteinte aux libertés que l'on a donné des droits aux personnes concernées. C'est un comble de dire que l'on prive de liberté des gens pour les protéger et leur
donner des droits !"
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