Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /2009 19:25


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La Journée de la Jupe...

J'ai vu, dans l'ordre la bande annonce, puis l'affiche, enfin le film.

J'ai lu quelques critiques, quelques réflexions ici et là.

J'ai enfin très vite compris que les "archao-passeistes-anti pédago" allaient, soutenus par Marianne entre autres, s'emparer de cette oeuvre pour en faire au plus vite un anti Entre les Murs de Laurent Cantet. Hélas, pour tous les brighellistes nostalgiques du "C'était mieux avant" et de la discipline à l'ancienne, La Journée de la Jupe ne sera jamais Palme d'Or à Cannes!

Mais vraiment jamais!

N'étant pas  critique de cinéma, n'ayant aucune compétence en matière de mise en scène, cadrage, lumière ou direction d'acteurs, je ne donnerai ici, sur le strict plan technique, qu'un avis de spectateur lambda, lambda mais professeur, enseignant, pédagogue depuis 29 ans! En collège. J'ai donc trouvé ce film excellemment joué, que ce soit Adjani, puissante, crédible en professeur au bout du rouleau nerveux, que ce soit ces jeunes élèves eux-aussi crédibles... Trop crédibles peut-être même tant le trait des portraits est appuyé au point, évidemment, d'en devenir caricatural. Et encore! On est loin de Daumier! On dessine au marqueur gras, au fusil d'assaut, pas au fusain léger... Le huis-clos, forcément puisqu'il s'agit d'une prise d'otages, renforçant le côté pesant, lourd, pour ne pas dire parfois lourdingue. Et puis il y a les messages. Tout film à thèses qui se respecte se doit d'envoyer des messages. La Journée de la Jupe ne déroge pas à la règle. Il envoie même tellement de messages différents qu'on y perd son latin, qu'on ne comprend plus très bien la hiérarchie des centres d'intérêt, qu'on perd les repères, les cibles, qu'on ne lit plus le film. On le regarde et on s'interroge: mais où veut-il en venir?

Ue scène est pour moi emblêmatique. Celle ou le responsable des forces d'intervention demande à Madame Bergerac (ah la trouvaille du nom! Tout en symbole aussi fin qu'une corde à noeuds!) ce qu'elle revendique. Car en effet, il faut attendre très longtemps avant de savoir exactement ce que notre preneuse d'otages exige. Elle-même d'ailleurs n'en sait fichtre rien puisqu'elle hésite avant de répondre. Ce sera donc une journée de la jupe par an dans tous les collèges de France. Pour ne plus voir les filles des banlieues être prises pour des "putes". Je connais nombre de jeunes de banlieues chics qui prennent AUSSI les filles en jupe pour des "putes" mais passons.   Il s'agit de la banlieue, uniquement, lieu de perdition, de violences, de voitures brulées, de viols en tournantes, de langue française massacrée, de rackets, de drogues et j'en passe. C'est bien connu n'est-ce pas: on ne consomme pas de produits stupéfiants dans la bonne jeunesse bourgeoise bien blanche, bien française, bien propre sur elle! Donc "journée de la jupe" obligatoire! Tout cela avec dans une main Le Bourgeois Gentilhomme et un revolver dans l'autre. Entre les deux, l'auteur du film a fait son choix et nous l'impose: ce sera marche ou crève avec une arme à la main!

Seul point positif néanmoins à mes yeux: le fait de choisir une "journée de la jupe" permet d'établir un lien entre le dehors, celui vécu difficilement par les jeunes filles de banlieue et le dedans, celui du collège.

Que les choses soient claires! Les élèves des banlieues de France et de Navarre ne sont pas tous des Bisounours. Nos collègues qui enseignent dans ces établissements dits "difficiles", souvent des femmes, souvent jeunes, souffrent mille morts. Oui cela existe. Personne ne l'a jamais nié! Les pédagogues ont été les premiers à dénoncer les dangers de la ghettoiïsation à marche forcée qui donne aujourd'hui les résultats catastrophiques et dangereux que l'on sait. Qui étaient prévisibles. On savait! Faut-il pour autant, par ce film, choisir arme à la main, de "karchériser" certaines de nos salles de classes? Sans RIEN proposer d'autre que la dénonciation d'une catégorie, de la stigmatisation récurrente. Sans proposer aucune piste pourtant explorée, pratiquée avec succès dans de nombreux établissements difficiles par des collègues, mouvements associatifs d'Education populaire, autant de femmes et d'hommes admirables mais laissés en permanence dans l'ombre, dans l'anonymat! TF1 entre autres préférant diffuser en boucles des images de voitures brulées... Entre l'Audimat et la réflexion, ces chaînes ont choisi!

La Journée de la Jupe, par ses défauts nombreux, est un film dangereux. Il tend la main aux plus réactionnaires. D'ailleurs, ceux-là ont saisi la balle (de revolver?) au bond pour faire de ce film un anti Entre les Murs, pour eux l'horreur pédagogique absolue! Ils tiennent leur oeuvre maîtresse! Or, ce film, La Journée de la Jupe, avec cette affiche-choc montrant une enseignante faisant  cours une arme à la main, ne fait qu'ajouter au malaise évident qui règne dans les salles des professeurs de ces étabissements. Il n'apporte AUCUNE solution INTELLIGENTE! Pourtant, la très grande majorité de nos collègues, ne cautionne en aucun cas la "prise d'otages", même symbolique, pour parvenir à enseigner. Il existe d'autres voies, d'autres chemins.

Qu'on les montre! Qu'on les mette en lumière! Et qu'on en finisse avec les gros sabots de la démagogie sécuritaire, le revolver remplaçant la volonté d'inventer!

Christophe

- Publié dans : profencampagne - Communauté : Désirs d'avenir
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