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"J'enchaîne, j'enchaîne... et au final rien". Quand elle se retourne sur son parcours professionnel,
Sonia, 22 ans, ressent une véritable impression d'échec.
Depuis l'obtention de son BEP carrières sanitaires et sociales, il y a cinq ans, la jeune fille a multiplié les contrats de courte durée et les missions en tout genre. Ce n'est pas faute d'avoir
cherché, mais sans le bac, difficile de décrocher un emploi dans son domaine : "Pour être aide-soignante par exemple, il aurait fallu que je suive une formation complémentaire
payante."
Sans moyens, elle est contrainte d'accepter des postes sans rapport avec sa formation. Oublié le secteur médical, ce sera la restauration et l'hôtellerie. Tour à tour femme de chambre, serveuse
ou réceptionniste, elle n'a jamais été indemnisée au chômage. "Le temps de m'inscrire, j'avais déjà trouvé un autre boulot", explique-t-elle.
Il y a deux ans, lassée de cette vie professionnelle chaotique, elle postule à un "emploi-jeune" de la gendarmerie. Après une brève formation, elle est affectée en banlieue. L'expérience aurait
pu durer cinq ans, elle s'achèvera au bout d'un an et demi. "Les effectifs ont été réduits. J'ai compris que mon contrat ne serait pas renouvelé", raconte la jeune fille. Elle rempile
alors dans la restauration. "Un employeur m'a fait miroiter monts et merveilles," explique Sonia. Au rang des promesses, figure ce contrat à durée indéterminée (CDI) si attendu. Le poste
est en banlieue parisienne, bien loin de Nîmes, sa ville natale.
Las, elle décide d'accepter la proposition. L'euphorie sera de courte durée. Avec ses 1 300 euros net par mois, difficile de louer un studio. "J'ai essayé de trouver une place dans un foyer
de jeunes travailleurs, mais il n'y avait rien. Quant aux agences immobilières, elles me demandaient de justifier d'un revenu équivalent à trois mois de loyer", explique-t-elle.
L'embauche n'est pas à la clé au terme de sa période d'essai. Retour à la case départ.
"Je vis dans la précarité depuis des années", analyse Sonia. "Je perds confiance en moi. A chaque fois que je commence à me sentir à l'aise dans un travail, il faut le quitter." Le
revenu de solidarité active (RSA), elle savait qu'elle n'y avait pas droit. Avec l'extension du dispositif au moins de 25 ans, elle pourra avoir un revenu complémentaire. "Pourquoi pas ? Mais
l'idée c'est quand même d'avoir un vrai emploi... un jour."
Catherine Rollot
http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2009/09/29/petits-boulots-et-precarite-le-parcours-chaotique-de-sonia_1246684_3224.html