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Projet de circulaire à discuter lors du CNESER du lundi 21 décembre 2009 : “Mise en place des diplômes nationaux de master ouverts aux étudiants se destinant aux métiers de l’enseignement”
(année universitaire 2010-2011. Les métiers de l’enseignement sont “professeurs des écoles, des collèges et des lycées, conseillers principaux d’éducation, documentalistes”. Les périmètres des
concours ne changent par rapport à la situation d’avant la réforme : les grades et les fonctions demeurent. Le 17 décembre 2009, la CPU a voté à l’unanimité un texte contre ce projet
de circulaire qui comporte “des incohérences et des contradictions” (maintien de l’opposition de la CPU au calendrier du concours et à la conception des stages). Pas de réaction par
contre de la CDIUFM (site).
Cliquer ici pour accéder
à la circulaire (5 pages). Celle-ci est importante car elle indique aux universités ce qu’elles peuvent-doivent faire
en matière de maquettes de “masters enseignement” si elles veulent être habilitées à les délivrer. Délai d’envoi de ces maquettes au ministère
pour examen et évaluation par l’AERES : “dès le début 2010″ et “au plus tard pour le CNESER de juin 2010″. Ce dernier délai est incroyable : impossible de dire aux étudiants avant
juin si tel ou tel master va exister trois mois plus tard dans telle ou telle université (chronique : “Mépris et honte“). Conseils aux universités : développez une “politique de site, de coopération entre établissements”, n’hésitez à faire des “demandes de co-habilitation” ! Attention, la
circulaire semble dire mais sans le dire : il n’y aura pas des masters en nombre illimité ! Combien ? Elle ne le précise pas !
Commentaires critiques de cette circulaire.
1. Elle ne remet pas en question les décrets de juillet 2009, les dates d’admissiblité et d’admission des concours, dénoncées par beaucoup, l’absence de
rémunération pendant les deux années de master. Luc Chatel a répété qu’il serait inflexible : la réforme ne sera pas remise en cause ! Les
IUFM, désormais composantes des universités, ne sont pas mentionnés une seule fois dans la circulaire. Circulaire incomplète car elle n’éclaire en rien les universités sur deux points essentiels pour construire une maquette de diplôme : est-il possible de faire une sélection sur dossier à
l’entrée de la première année de master (M1), sélection qui était faite dans les ex-IUFM (il ne faut pas agiter le chiffon rouge devant l’UNEF !) ; combien d’heures d’enseignement possibles par année de master : 400, 500, 600, ou plus ? Stages ou non inclus ? Le ministère rejettera-t-il les maquettes trop
coûteuses en heures d’enseignement
2. Cette circulaire est un monument d’hypocrisie parce qu’elle tente un impossible compromis entre les tenants du seul
enseignement des savoirs (un enseignant doit les enseigner et donc les masters doivent avoir essentiellement un contenu disciplinaire) et les tenants des savoirs et des savoir-faire
pratiques (un enseignant doit maîtriser les contenus d’enseignement mais il doit être également capable de pouvoir les enseigner dans une classe concrète ; en master, il faut aussi apprendre le
métier par la pratique, par des “stages en responsabilité”).
3. A cause de ce compromis impossible, la circulaire opère une fuite en avant : “la formation initiale des enseignants
se développe désormais sur 3 années, comprenant les deux années de master et la première année d’exercice, dans un continuum de professionnalisation progressive”. La réforme de la
formation des enseignants, ce n’est plus du bac+5 mais du bac+6 ! Une circulaire innove significativement par rapport à un décret : les juristes de droit
public diront ce qu’ils en pensent !
4. Ce compromis veut satisfaire tout le monde et donc servir à tout. Il en résulte un
“monstre” comme on n’en avait jamais encore vu dans la large panoplie des diplômes de l’enseignement supérieur. Pour caricaturer, on pourrait presque dire que le “master enseignement” a vocation à remplacer tous les masters existants (de même que le site “admission post-bac” indique que “toutes les licences
ont vocation à préparer aux métiers de l’enseignement !”). Le nouveau master doit préparer certes à ces métiers (encore heureux!), mais également à d’autres métiers, puisque tous les
étudiants inscrits ne réussiront pas les concours et ce d’autant plus que le nombre de postes mis au concours va être réduit (réduction du nombre de fonctionnaires oblige !). Master bâtard. Master “professionnel” (avec des stages en entreprise !) permettant d’autres débouchés que l’enseignement (les
universités doivent inclure dans leurs maquettes des dispositifs de réorientation). Master “recherche”, qui doit être adossé à une ou à des équipes de
recherche labellisées qui n’en ont vraiment rien à faire : soutenance d’un mémoire de recherche permettant d’entrer en doctorat ; les directeurs d’écoles doctorales vont apprécier (à
moins qu’ils ne cherchent désespérément des candidats au doctorat!) ! Master “disciplinaire, bi-disciplinaire ou pluridisciplinaire” et pourquoi pas
“inter-disciplinaire” : magma informe ! ”Chaque étudiant doit avoir la possibilité d’adapter son cursus en capitalisant ses acquis, notamment en cas
d’échec au concours”.
5. Bien sûr, ce master doit permettre la mobilité au sein de l’Union européenne. La mobilité des enseignants du primaire et du
secondaire se décrèterait-elle ? Compétences à acquérir : “maîtrise et certification d’une langue étrangère, notamment par le biais du CLES, dispositifs de mobilité incluant notamment la
possibilité d’effectuer des stages à l’étranger”.
6. “Il est souhaitable de présenter aux étudiants une offre de formation la plus cohérente et la plus complète possible”. Ce
master, bâtard et impossible, risque d’écoeurer beaucoup d’étudiants, en particulier d’étudiants issus des classes populaires (est-ce le but
de la manoeuvre ?), tant la charge de travail va être énorme dans un calendrier hyper-tendu. Voilà ce qui attend l’étudiant en M1 et en M2, outre
les cours pour préparer le concours, selon son projet professionnel, selon son admissibilité ou non au concours, son admission ou non : “parcours ad hoc avec une majeure et une mineure”,
“stages d’observation” ou de “découverte”, “stages de pratique”, “stages en responsabilité”, “apports en pédagogie et connaissance du système éducatif”, “stages en entreprise en 1ère année”,
“connaissances des situations professionnelles”, acquisition de “compétences pour la mobilité internationale” (voir supra), “formation aux méthodologies de la recherche”, “mémoire de recherche”,
“enseignements spécifiques pour les étudiants admissibles au concours et pour ceux qui auront échoué”. On hallucine quand la circulaire ose écrire :
“les établissements veilleront à une répartition pertinente de ces éléments de formation sur les quatre semestres du master, avec une dominante disciplinaire la première année de master et une
autre plus professionnalisante la seconde”.
Les concepteurs de cette circulaire ont-ils déjà mis les pieds dans une université ? Connaissent-ils le cauchemar des emplois du temps diversifiés, de la
taille minimale des groupes, des enseignants et des salles à trouver, et ce dans un contexte cette fois non planifiable (les enseignements et activités divers vont en effet dépendre des résultats
de l’admissibilité et de l’admission). Bref, ces masters sont une usine à gaz ; ils vont entraîner une pagaille sans nom. Pire, ils ont de fortes chances de
ne pas se ressembler du tout d’une université à l’autre : ce ne seront plus des diplômes nationaux !
La première version de la réforme de la formation des enseignants, sous la pression du mouvement du printemps 2009 et suite au refus des universités de
“remonter” leurs maquettes à l’AERES, a été reportée à la rentrée 2010. Moins d’une année est passée. Les deux ministres n’ont écouté presque personne et ils
font publier par le directeur de la DGESIP, Patrick Hetzel, une circulaire hypocrite et monstrueuse. Elle ne peut être que rejetée par le CNESER d’après-demain, mais son avis n’est que
consultatif. Il est fort probable que des universités vont refuser dans ce contexte de faire parvenir leurs maquettes à l’AERES. Certaines vont sans doute hésiter à organiser un nouveau boycott,
mais il faut qu’elles sachent qu’elles vont mettre un nombre fort important d’étudiants en grande difficulté. Les masters “enseignement” ne peuvent pas être des
masters qui préparent à tous les métiers. Ces masters, il faut le dire, sont une escroquerie pour les étudiants qui ne réussiront pas le concours.
Il faut donc, très sincèrement et vu la situation d’aujourd’hui, regretter le temps des IUFM. Ils n’étaient certes pas parfaits, mais on pouvait les réformer.
Rappelons que, pendant près de 20 ans, ils ont assuré la formation des professeurs des écoles et la formation des professeurs certifiés des collèges et des lycées, en partenariat avec les
universités. Devenus composantes des universités, les ex-IUFM ont assuré cette année la préparation aux concours. Il faut les en remercier.
Puisqu’il s’agissait de LMDiser la formation des enseignants, une réforme très simple à réaliser était possible : délivrer le titre de master aux enseignants
qui avaient réussi le concours et qui étaient titularisés au terme de leur année de stage, c’est-à-dire à bac+5. Mais les ministres et leurs conseillers voulaient avoir la peau
des pédagos” de gauche. Quel gâchis !
http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/12/19/masters-enseignement/