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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 15:03

La réalité de nos élèves de collège, c'est ça AUSSI.

Pas SEULEMENT les images caricaturales, les récits surlignant abondamment leur supposée "nullité", les incivilités qui seraient l'unique quotidien des établissements scolaires, les violences, le racket, le harcèlement, les bagarres, la misère intellectuelle...

Ce sont nos élèves et, très souvent, ils sont formidables... Malgré leurs outrances, leurs maladresses, peurs préjugés...

Il suffit de leur donner la parole, d'aller les voir et les écouter...

Ils ont beaucoup à dire...

Nous avons beaucoup à apprendre...

D'eux..

Christophe Chartreux

 

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Published by christophe - dans Philosophie college2016 Pedagogie
7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 14:50

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Published by christophe - dans Musique
7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 14:37

Taisez-vous. Toutes les deux, a lancé mon père, c’est assez dur comme ça pour votre mère.

C’est dur aussi pour moi, ai-je pensé, mais je ne l’ai pas dit. Je suis restée silencieuse, consciente que la douleur que je ressentais n’était pas très appropriée pour une nièce. Consciente que je n’avais pas vraiment le droit de ressentir cette tristesse pour Finn. Maintenant qu’il était mort, il appartenait à ma mère et à ma grand-mère. Elles étaient celles que les gens plaignaient, même si j’avais l’impression qu’aucune des deux n’était vraiment proche de lui. Pour tout le monde, à l’enterrement de Finn, je n’étais qu’une nièce. J’ai regardé par la vitre de la voiture et j’ai compris que personne ici ne savait ce que j’avais sur le cœur, ne serait-ce qu’un peu. Personne n’avait idée du nombre de minutes que je passais par jour à penser à Finn et, heureusement, personne n’avait idée du genre de pensées dont il s’agissait.

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Published by christophe - dans Littérature
7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 14:14

Le jour J est arrivé. Ce mardi 7 juillet, vers 10 heures, les candidats au baccalauréat vont découvrir leurs résultats. Obtenu du premier coup ou échec cuisant ? Pour ceux qui ont obtenu une moyenne supérieure à 8 sur 10, il reste une dernière chance : le rattrapage. Alors comment réussir à l'oral ? Quelles matières choisir ? Voici les conseils de Frantz Badufle, prof de SES.

Depuis 25 ans, je fais passer les épreuves du second groupe, communément appelés oraux de rattrapage, aux candidats du bac ES qui obtiennent une note entre 8 et inférieure à 10 sur 20 à l’examen national.

Au rattrapage ? Ne baissez pas les bras

Après des semaines d’attente, les lycéens français vont enfin découvrir leurs résultats, ce mardi 7 juillet à partir de 10h. Et comme chaque année, certains d’entre eux vont s’apercevoir avec effroi qu’ils n’ont pas obtenu la note minimale requise de 10/20.

Pour les candidats qui plafonnent en dessous de 8, il n’y a plus rien à faire, mais pour ceux qui ont une moyenne entre 8 et 9,9, tout est encore possible.

Alors si vous faites partie des quelques rescapés ne baissez pas les bras, le rattrapage peut sauver la mise et faire de vous un bachelier comme les autres. La preuve : d'après mon expérience, environ trois candidats sur quatre soumis aux rattrapages obtiennent leur diplôme.

Loin d’être stigmatisant, la mention "obtenu au rattrapage" n’étant pas mentionnée, cet oral est une seconde chance à saisir. Voici mes 5 conseils pour repartir bac en poche.

Les 5 conseils pour décrocher son bac au rattrapage

1. Choisissez bien vos deux matières de rattrapage

Vous disposez de quelques heures entre l’annonce de votre note et les oraux de la dernière chance, il faut donc vite faire votre choix parmi les matières à rattraper. Pour bien choisir, il faut bien connaître les règles du jeu et faire preuve de stratégie.

Le calcul du rattrapage est simple : la note obtenue à l’écrit est soustraite à celle obtenue à l’oral, le total est enfin multiplié par le coefficient de la matière rattrapée. Par exemple, si vous êtes en SES et que vous avez obtenu 10 à l’écrit en économie et 15 à l’oral vous récupérerez cinq fois sept points soit 35 points.

Vous avez donc tout intérêt à choisir une matière à fort coefficient dans laquelle vous avez obtenu une faible note à l’écrit.

2. Révisez et entraînez-vous dès que vous avez choisi vos matières

L’oral de la dernière chance ne laisse pas beaucoup de temps aux révisions de dernière minute. Les moins chanceux seront convoqués dès le mercredi matin et les mieux lotis le seront le vendredi. C’est ce que j’appelle le facteur chance inhérent à tout examen.

Pour réviser, il faut bachoter comme avant les écrits tout en s’entraînant à l’exercice de l’oral.

À l’oral, nous attendons d’un élève qu’il sache nous exposer son savoir tout en nous faisant la démonstration de son savoir-faire. Il faut donc qu’il y ait les connaissances et leur mise en application.

Je conseille aux étudiants qui ne savent pas par où prendre le bout des révisions de demander à leurs professeurs de l'année, s'ils sont encore présents, de les aider. Chaque matière a ses particularités.

3. Mobilisez rapidement vos connaissances

Une fois en salle d’examen, vous aurez le plus souvent le choix entre deux sujets. Choisissez celui qui vous parle le plus et sur lequel vous pensez avoir le plus de connaissances.

Selon les matières, le timing peut varier. En SES, vous aurez 30 minutes de préparation et 20 minutes de passage. Pendant cette demi-heure, essayez de noter un maximum d’informations et de données sur le sujet. Il faut éviter de se retrouver devant l’examinateur sans avoir rien à dire.

Surtout pas de panique, si une ou deux questions vous paraissent trop difficiles concentrez-vous sur les autres. Rappelez-vous, nous sommes plus là pour vous aider à rattraper votre bac en validant vos connaissances, pas pour vous enfoncer.

4. Soyez vous-même face à l’examinateur

Il y a un juste milieu. Ne soyez pas ce jeune que j’ai vu débarquer avec une casquette vissée sur la tête ou cette lycéenne qui mâche un chewing-gum pendant tout l’examen, mais ne soyez pas non plus le candidat trop poli qui en fait des tonnes.

Pas la peine de nous souhaiter de bonnes vacances ou de demander de nos nouvelles, cela ne changera rien à votre note et vous ne paraîtrez pas naturel. La meilleure technique que le candidat peut aborder au niveau de la tenue et du comportement reste la neutralité.

Pour ce qui est de l’expression, nous attendons de vous de l’honnêteté, pas la peine de travestir votre verve pour nous.

5. Ne dites surtout pas "C’est bon ? Vous me le donnez ?"

Les examinateurs ne supportent pas cette pression. Ça ne sert à rien de nous demander à la fin de votre oral quelle sera votre note, ni de marchander.

Nous nous réunissions chaque mi-journée pour délibérer, c'est à dire discuter des situations des différents élèves afin d’arbitrer le mieux possible. Faire pression dès la fin de l’examen ne fait que nous laisser un souvenir désagréable.

De toutes les façons, notre but n’est encore une fois pas de couler les candidats. Quand nous voyons que nous avons donné 15 à une bonne prestation orale, mais qu’il suffit d’un 16 pour que le candidat ait son bac, nous n’hésitons généralement pas.

Les accidents arrivent, ce n'est pas grave

Les accidents arrivent, il ne faut donc pas se considérer en échec dès lors que l’on est qualifié pour les rattrapages.

Certains de mes collègues ont même eu leur bac au rattrapage, ça ne les a pas empêché de devenir professeur et de préparer des élèves à cet examen national. Il y a une vie étudiante après le bac, elle est souvent longue et finalement rarement influencée par ce seul examen.

Il faut davantage considérer le baccalauréat comme un rite de passage que comme une finalité en soit.


Professeur d'économie

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Published by christophe - dans Baccalauréat
7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 07:54

http://lisa.revues.org/881

 

Une architecture scolaire à la mesure des enjeux éducatifs et environnementaux

 

Une conception cohérente des « espaces–activités » 

 

L’architecture scolaire est un sujet considéré comme secondaire et minoré. 

 

Ponctuellement, des réalisations montrent la réelle volonté - et le talent - d’architectes novateurs, soucieux de prendre en compte la spécificité des fonctions multiples de l’École d’aujourd’hui. Mais l’architecture scolaire est le plus souvent (pour des raisons budgétaires et par manque de connaissance fine de ce qui fait le quotidien de la vie scolaire dans cet espace clos) le reflet matériel et spatial de conceptions d’un autre temps. Un espace segmenté où domine l’unité de base héritée de la forme scolaire (Vincent, Lahire & Thin) : une salle, un maître, une classe, un objet disciplinaire. Mis à part le cas spécifique des lycées professionnels et techniques dont les ateliers/laboratoires sont dédiés à des activités propres, nos établissements scolaires sont des suites de salles clonées. Le modèle est finalement parfaitement disjonctif, à l’image des savoirs enseignés parcellisés dénoncés par Edgar Morin.  

 

Pour travailler autrement, il s’agira là de procéder à une profonde réforme des structures spatiales nécessaires à l’étude et de concevoir des lieux qui soient « aussi » des lieux où se construisent une culture commune, des liens sociaux, l’apprentissage du collectif, la réalisation de projets et actions diversifiés, et où tous les croisements de groupes à géométrie variable que nous avons décrits dans les points précédents soient possibles et naturels.    

 

C’est un lourd chantier qui ne peut être envisagé que sur le moyen terme : réhabilitations de ce qui peut l’être et programmes de travaux de construction étagés sur 15 ans pour aboutir progressivement à la réduction du nombre d’élèves par établissement.    

 

Deux préoccupations majeures présideront à ce chantier :  

 

- à l’image du lycée Kyoto (Région Poitou-Charentes), celle de l’excellence environnementale : zéro énergie fossile et 100% d’énergie propre ;  

- celle de l’adéquation entre le Projet pour une nouvelle École du XXIème siècle et sa réalisation spatiale : ancrage et inscription pertinente dans l’espace local ; qualité des lieux dédiés à l’étude et à la diversité des activités ; osmose avec le tissu local d’activités (entreprises, activités culturelles, liens intergénérationnels, etc.).  

 

Une pluralité de lieux pour répondre aux contraintes du fonctionnement novateur des « unités éducatives »      

 

Les lieux appellent les comportements : il importe donc d’en imaginer qui soient sereins, propices à l’étude comme à la vie collective. Nous devons en finir avec ces salles de classes où s’installent bruyamment nos élèves, certains n’enlevant même pas leur manteau tant ils ont hâte de quitter le sinistre endroit. Nous devons en finir avec ces établissements où même des élèves volontaires n’ont pas de lieux où travailler (ou lire) contraints par le manque d’espaces adaptés, par des horaires trop rigides et un manque d’encadrement adulte posant des problèmes de sécurité. Nous devons en finir avec ces établissements où les enseignants n’ont pas suffisamment de lieux calmes où s’isoler pour travailler (sauf à se réfugier dans des classes vides) alors même que leurs fonctions nécessitent une présence de plus en plus importante dans les établissements scolaires.    

 

- À chaque lieu doit correspondre telle ou telle posture mentale requise. Nos élèves sauront, dès leur entrée dans espace particulier, quelle attitude est attendue de leur part. L’espace ne sera plus seulement un lieu de « rassemblement », mais un lieu dédié à telle ou telle activité, clairement définie par l’architecture adaptée choisie.    

- Nos établissements scolaires doivent se doter de salles de travail ; de salles de réunions équipées ; desalles de spectacle ; d’au moins une salle en amphithéâtre ; de petites bibliothèques spécialisées en plus du CDI.  

- L’architecture des établissements scolaires doit aussi favoriser ce qui améliore le « vivre ensemble ». Les salles d’études et d’ateliers, les salles de classes, la bibliothèque/CDI, les salles de réunions et la salle des professeurs doivent communiquer. Il faut cesser de croire que l’enseignant sera plus tranquille en « s’encloisonnant ». Il doit « habiter » l’École pendant le temps qu’il y passe. Ce sera d’autant plus facile dans des unités éducatives à taille humaine (60/100 élèves).  

- Les surveillants, qui n’enseignent aucune discipline et de ce fait peinent à trouver une légitimité disciplinaire, doivent sentir et partager la présence des enseignants lors des périodes quotidiennes « hors-classe ».  

- L’École doit, par son architecture nouvelle, être bien entendu un lieu de travail le plus calme possible, ce qui sera favorisé par l’emploi de matériaux naturels, une réflexion sur la lumière (exemple de Kyoto). Les lieux de vie doivent être séparés en fonction des moments et activités quotidiennes : enseignement ; repas ; pauses ; rencontres avec tel ou tel enseignant ; etc. L’École doit aussi être un lieu qui fasse une belle place à l’accueil des parents, des associations, du monde professionnel environnant : que l’École ne soit plus un sanctuaire fermé, parfois « barbeletisé », vidéo-surveillé, mais transparent et acteur de son environnement urbain ou rural.  

- La question des accès aux établissements et de la circulation interne des élèves doit être l’objet d’une étude particulière. Chaque lieu doit être accessible facilement et sera d’autant plus aisé à surveiller qu’il sera plus respecté. La question doit être pensée en lien avec les questions de gestion : place et rôle des surveillants, du personnel d’entretien et de gestion dans le dispositif éducatif ; taux d’encadrement adulte ; présence pour des activités variées d’acteurs extérieurs appartenant à la société civile.  

 

L’architecture scolaire est un enjeu futur capital qui devrait être l’objet de toutes nos attentions et s’appuyer mieux que cela n’est fait sur les analyses qu’en font les usagers au quotidien.  

 

Christophe Chartreux    

 

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Published by christophe - dans Architecture scolaire
7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 07:43

Il est touchant de voir, ce 3 septembre,  un président de la République et deux ministres, assis dans une salle de classe du collège Youri-Gagarine de Trappes (Yvelines). Sérieux comme les bons élèves qu’ils ont été, ils ont pris des notes devant l’équipe pédagogique de cet établissement classé en zone d’éducation prioritaire. Les caméras sont là pour le 20 heures. On parle de « passerelle« , de « contrat » pour « stabiliser » les équipes enseignantes et… de la tablette (« ne tombez pas dans l’illusion technologique » prévient le président).

Pourquoi une classe ? Ces lieux sanctuarisés depuis Jules Ferry ont reproduit les lieux d’enfermement mis en place à l’époque moderne pour les malades (hôpitaux), les criminels (prisons) et, sur le modèle des couvents, les enfants (qu’on voulait soustraire aux parents jugés piètres éducateurs). Ornée de frises chronologiques, vitrines, globes et cartes de « Vidal Lablache », elles ont été l’un des berceaux de la IIIe République. Depuis, les murs sont devenus poreux aux évolutions techniques et sociales (revoir le beau film Entre les murs). La révolution internet qui met le monde au bout des doigts tapant sur un smartphone va faire tomber le dernier pan.

Que veut dire cette photo de classe avec les huiles de la République ? Répondre à la question, c’est se demander où parler de l’école. Où est l’école ? Sous la statue du grand Jules aux Tuileries ? En ZEP ? Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne (réservé aux colloques et médailles du Concours général) ? Partout et nulle part. Parce que l’éducation n’est plus l’apanage de l’école. Et encore moins de la théâtrale salle de classe – disons-le, pourquoi pas – trop souvent profanée par la violence, l’incivisme, l’incompétence. Et dont les derniers murs, disent les élèves, suintent l’ennui.

Président, ministres, désanctuarisez les salles de classe !

Gilles Fumey dans Éducation/Le Monde à chaud

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Published by christophe - dans Education Pedagogie
7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 07:38

"Il était très sympa"

Le malheureux, qui s’est fait décapiter par un islamiste dans la banlieue de Lyon, n’aura guère eu comme épitaphe qu’un dérisoire «Il était très sympa» proféré par son entourage meurtri. Gageons qu’il était certainement autre chose, et qu’il restera peut-être dans la mémoire oublieuse comme le premier Français à avoir perdu la tête dans des circonstances aussi abominables. Décapiter n’est pas guillotiné : le message symbolique régressif vise aussi l’ancienne pratique nationale instaurée par la Révolution. C’est fou comme les islamistes aiment attaquer les symboles, de Palmyre à Charlie : Riad Sattouf déclarait récemment qu’il est moins grave de détruire des monuments que d’attaquer des hommes - grosse erreur que de séparer l’homme du symbolique, a fortiori pour un dessinateur. L’un ne va pas sans l’autre, on est gêné de le rappeler, puisque c’est par ses productions symboliques que l’homme se distingue de l’hyène, et qu’il fait accessoirement preuve de sa véritable humanité. Il est vrai que la différence entre une hyène et Yassin Salhi n’est pas excessive, mais on ne peut malheureusement pas lui refuser le titre d’homme puisque, dans sa folie barbare, il sait très bien ce qu’il fait. La plupart des animaux sont plus sympathiques que les intégristes de toute obédience ; il serait pourtant fâcheux d’oublier qu’entre un islamiste et un pigeon, il existe un moyen terme, qui s’appelle l’homme parlant. «Le terrorisme, disait Roland Barthes, ne discourt pas.» Définition qui situe exactement le problème qui est hélas le nôtre et que le temps qui nous sépare de notre mort n’aura pas résolu. L’ennemi le plus radical du langage, le terroriste, substitue l’acte au verbe dans le but de faire taire tout le monde ; cela marche plus ou moins, selon le degré de courage des individus et des peuples visés. Le terroriste nie toute rhétorique, qui régule les conflits par le truchement des mots : d’où la violence fondatrice de la littérature.

La première capitulation qui nous guette est donc la démission devant le langage. Car voilà que la sympathie, dont on crédite la victime, est dans un même moment attribuée au bourreau. C’est, en effet, par des termes semblables, ou presque, que son entourage qualifie rétrospectivement le sieur Salhi : «C’était un bon voisin, sans histoire, on est surpris.» De l’effroi, on passe à l’intolérable, comme si l’horreur se trouvait redoublée par le commentaire unanime. Ce n’est pas la première fois que l’on peut entendre l’épouvantable démonétisation du langage qui conduit les «témoins» à qualifier, par des mots totalement vides de sens, une situation ou un être qui appelle, au contraire, une nomination fine des choses. Combien de fois ai-je entendu ces paroles aussi indigentes qu’abjectes, abjectes parce qu’indigentes, qui consistaient à commenter après coup les actes monstrueux d’un laconique «pourtant, il était sympa», «c’était un garçon gentil», «un type qui rendait service dans le quartier» et autres platitudes tirées du conformisme le plus effrayant ? A chaque attentat, fait divers ou tuerie, c’est désormais la même antienne qui revient dans les bouches. Je ne sais pas si Yassin Salhi était vraiment «sympa», mais j’ai du mal à m’imaginer ce qui serait advenu de sa victime s’il ne l’avait pas été, ou s’il avait été juste un peu moins sympa. On pourrait imaginer toute une gradation du «supersympa» au «pas du tout sympa» avec les stades intermédiaires du «sympa» ou du «moyennement sympa» et les traitements afférents : pour les exemples, lisez Détective.

La violence se perpétue par l’assassinat du sens des mots. En répétant ces formules ineptes, qui accompagnent l’horreur, on ne fait pas que seconder les crimes, on les anticipe, on les produit : «sympa» est du reste un mot tronqué, décapité par la doxa ambiante qui ne cesse d’user de ces scies rapetissant la forme du mot, donc son sens. Le racisme commence avec ces jugements ressassés ad nauseam : le «bon père, bon mari, bon voisin, bon croyant, etc.» ne désigne à la lettre personne, mais un type idéal auquel on réduit tout le monde, une moyenne d’homme, jamais un individu singulier. «C’était un garçon normal» signifie : nous sommes tous aussi médiocres que lui, sinon aussi monstrueux. Ces réactions automatiques autorisent les mensonges littéraux : «Le salafisme, déclare un de ses zélateurs, c’est prôner la paix, vivre ensemble, respecter l’autre.» La pauvreté verbale est sociale, le mépris que notre société porte au verbe est social et a des conséquences sociales. Mais le langage a sa structure propre : rien de plus violent que de le vider de l’intérieur en lui faisant perdre la tête.

Cette chronique est assurée en alternance par Olivier Adam, Christine Angot, Thomas Clerc et Marie Darrieussecq.

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Published by christophe - dans Société Langage
6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 15:22

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Published by christophe - dans Musique
6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 15:17

O aimée, ô charmante, ô la plus chérie de toute la gent ailée, compagne de mes chants, rossignol, nourrie avec mal, tu es venue, tu es venue, on te voit, tu m apportes ton chant suave. Allons, toi qui modules sur la flûte harmonieuse des accents printaniers, prélude à mes anapestes. (On entend le son d'une flûte.)
Voyons, humains, aveugles de nature, êtres semblables à des feuilles, créatures de rien, pétris de boue, pareils à des ombres, inintelligents, privés d'ailes, éphémères, infortunés mortels, qu'on prendrait pour des songes, prêtez l'oreille à nous, qui sommes immortels, durant toujours, aériens, exempts de vieillesse, occupés de pensées impérissables. Quand vous aurez appris parfaitement de nous les phénomènes d'en haut, la nature des oiseaux, la genèse des dieux et des fleuves, de l'Érèbe et du Chaos, votre science parfaite vous permettra de dire adieu de ma part à Prodicos pour le reste.
Le Chaos, la Nuit, le noir Érèbe et le vaste Tartare existaient au commencement: il n'y avait ni terre, ni air, ni ciel. Dans le sein infini de l'Érèbe, la Nuit aux ailes noires enfante d'abord un œuf sans germe, d'où, après des révolutions d'années, naquit le gracieux Éros au dos brillant de deux ailes d'or, semblable aux tourbillons roulés par le vent. Eros, uni au Chaos ailé et ténébreux, dans le vaste Tartare, engendra notre race, et la produisit tout d'abord à la lumière. Ainsi, à l'origine, la race des immortels n'existait pas encore, avant qu'Éros eût tout uni. Les éléments une fois unis les uns aux autres, parut le Ciel, l'Océan, la Terre et les dieux bienheureux, race éternelle. Voilà comment nous sommes les plus anciens de tous les bienheureux: que nous sommes fils d'Éros, mille preuves l'attestent. Nous avons des ailes et nous sommes avec ceux qui aiment. Nombre de beaux garçons, qui avaient juré le contraire, au déclin de leur jeunesse, ont éprouvé notre puissance, et se sont prêtés à des amants qui offraient l'un une caille, l'autre un porphyrion, celui-ci une oie, celui-là un oiseau persique. Les mortels, c'est de nous, oiseaux, qu'ils reçoivent les plus grands services. D'abord nous leur indiquons les saisons, printemps, hiver, automne : semer, lorsque la grue, sonnant de la trompette, émigre vers la Libye et avertit le nocher de suspendre le gouvernail et de dormir ; elle conseille à Oreste de se tisser un manteau, afin qu'il n'aille pas, parce qu'il grelotte, dépouiller autrui. Le milan, à son tour, par sa venue, annonce une autre saison, c'est-à-dire le moment de tondre la toison printanière des brebis; puis l'hirondelle, quand il faut vendre le manteau et acheter un vêtement de toile. Nous sommes pour vous Ammon, Delphes, Dodone, Phébus Apollon. Vous commencez par aller vers les oiseaux pour régler toutes choses, commerce, vivres, choix d'un époux; vous regardez comme oiseau tout ce qui sert à la divination: une parole est pour vous un oiseau ; un éternuement, vous l'appelez oiseau ; une rencontre, oiseau ; une voix, oiseau ; un esclave, oiseau ; un âne, oiseau. N'est-il pas évident que nous sommes pour vous un prophétique Apollon?
Si donc vous nous croyez des dieux, vous pouvez user de nous comme de Muses prophétiques, brises, saisons, hiver, été, moyenne chaleur: nous n'irons pas nous asseoir là-haut majestueusement, au milieu des nuages, comme Zeus; mais, présents, nous vous donnerons à vous-mêmes, à vos enfants et aux enfants de vos enfants, richesse, bonheur, santé, paix, jeunesse, rire, chœurs de danse, festins, et le lait des oiseaux : si bien que vous serez écrasés sous les biens, tant vous serez riches tous. Muse bocagère - tio tio tio tio tio tio tiotinx - aux accords variés, toi avec qui, moi, dans les bois ou sur les sommets montagneux, - tio, tio, tio, tiatinx, - assis sous un frêne à la chevelure feuillue, - tio, tio, tio, tiotinx, - de mon gosier flexible je tire des chants religieux en l'honneur de Pan, mêlés aux danses consacrées à la Mère qui règne sur les montagnes, - ta to to to to to ta to totinx, - et là, Phrynichos, comme une abeille, cueille le fruit de ses chants parfumés d'ambroisie et ne cesse d'en apporter les doux accents, - tio tio tio tiotinx.
Si quelqu'un de vous, spectateurs, désire mener désormais une vie agréable avec les oiseaux, qu'il vienne vers nous. En effet, ce qui est ici honteux ou interdit par la loi, tout cela est beau chez nous autres oiseaux. Si la loi proclame honteux ici de battre son père, il est beau chez nous, ici, de courir sus à son père et de le frapper en disant : "Dresse ton éperon, si tu combats." S'il y a chez vous un esclave fugitif marqué d'un fer chaud, on l'appellera chez nous un francolin aux plumes bigarrées. S'il se trouve chez vous un Phrygien, tel que Spintharos, ce sera ici un Phrygilos de la race de Philémon. Si c'est un esclave de Carie comme Exékestidès, qu'il choisisse parmi nous ses aïeux, et on verra paraître des confrères. Si le fils de Pisias veut livrer les portes aux infâmes, qu'il devienne perdrix, oiselet de son père : chez nous il n'y a pas de honte à fuir comme une perdrix.
C'est ainsi que les cygnes - tio tio tio tio tio tio tiotinx - mêlent ensemble leur voix et battent des ailes pour chanter Apollon, - tio tio tio tiotinx, - posés sur la rive de l'Hèbre, - tio tio tio tiotinx; -leur voix a traversé les nuages éthérés : l'étonnement a saisi les diverses tribus des bêtes sauvages; les flots se calment sous une sérénité sans brise, - totototototototototinx; - tout l’Olympe en retentit; la surprise saisit les divinités souveraines; filles de l'Olympe, les Charites et les Muses répètent la mélodie, -- tio tio tio tiotinx.
Rien n'est meilleur ni plus agréable que d'avoir des ailes. Et d'abord si l'un de vous, spectateurs, était ailé, et qu'il fût tourmenté par la faim devant les chœurs tragigues, il n'aurait qu'à s'envoler chez lui, y dîner, et, rassasié, revoler vers nous. Si parmi vous un Patroclidès quelconque se sentait pressé de besoin, il ne salirait pas son manteau, mais il s'envolerait, puis, a près avoir pété et repris haleine, il reprendrait son vol. S'il se trouvait chez nous quelque amant, et qu'il aperçût le mari de sa maîtresse au banc des conseillers, il partirait d'entre vous en déployant ses ailes, cajolerait la femme et reviendrait ensuite à sa place. Ainsi, avoir des ailes, n'est-ce pas ce qu'il y a de plus précieux? Et, de fait, Diitréphès, qui n'a que des ailes d'osier, a été élu phylarque, puis hipparque : sorti de rien, il s'est élevé très haut, et il est aujourd'hui un hippalectryon aux plumes jaunes.

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Published by christophe - dans Littérature
6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 12:32

VERS UN IDEAL

Imaginons, avec Gaëtane Chapelle et Denis Meuret, le scénario (optimiste) suivant :

La Nation devra se persuader (ou devra l’être par les politiques) que :

  • l’éducation est un des moyens de faire face aux défis d’une économie ouverte
  • l’éducation  est un des moyens d’accroître les capacités des individus à faire face à un environnement instable.

Deux objectifs sont à en déduire, de manière REELLE ET URGENTE :

  • accroître la maîtrise des compétences de base en ne laissant personne quitter le système sans un socle commun de compétences ET de connaissances
  • donner aux élèves la capacité de faire face au nouveau, à l’inattendu avec la mobilisation de TOUTES les disciplines pour favoriser la prise d’initiative, le travail collectif, la critique, l’invention, l’expérimentation.

Dans un tel projet, les personnels d’éducation adhèreraient car les compétences favoriseraient la construction de la citoyenneté, de l’humanité des individus. Les enseignants n’abandonneraient en outre pas leur discipline mais retrouveraient au contraire, en rejetant tout encyclopédisme, le sens de leur présence dans UN PROJET GLOBAL D’ EDUCATION. Ce projet devra être porté aussi par les chefs d’établissement dont la responsabilité pédagogique devra être accrue dans des établissements disposant de plus de libertés dans le choix des programmes pédagogiques.

Certains modes de scolarisation, d’organisation, sont plus efficaces que d’autres :

- Il ne faut pas mettre à part les élèves faibles

- Les dispositifs scolaires qui fonctionnent

  • une définition, non de ce qu’on doit enseigner, mais de ce que l’élève doit réussir à apprendre
  • un enseignement structuré
  • l’alternance entre travail en petits groupes (homogènes ou pas) et en classes hétérogènes
  • l’intervention de tuteurs avec les élèves à risques (je l’ai personnellement testé. D'autres avec moi. Ca fonctionne !)

Dans notre scénario, il faudra mettre en place un environnement pédagogique exigeant, stimulant et aidant où les équipes enseignantes seront encouragées à essayer, à évaluer et à apprendre de leurs erreurs. Deux aspects possibles à un tel environnement :

-mettre en place des programmes qui fournissent aux acteurs de terrain des outils riches de dispositifs, d’outils efficaces, parmi lesquels ils pourront choisir

-mettre en place des procédures de responsabilisation, de compte-rendu, qui incitent les acteurs à choisir ces dispositifs et à en évaluer les effets. Un système d’incitation est efficace s’il engage les enseignants à trouver eux-mêmes ce qui convient à la situation de leur classe et à exiger de leur tutelle les ressources, la formation et l’aide qui leur serviront véritablement au mieux

  • ENSEIGNANTS ET USAGERS

- Les enseignants

§ Quelqu’un qui connaît une grande variété de procédures complexes et choisit les plus adaptées

§ Quelqu’un moins exposé personnellement mais plus attentif professionnellement

Quant aux établissements, leur autonomie devra être plus professionnelle qu’administrative. Des procédures d’évaluation devront être mises en place, non pas pour faire entrer l’Ecole dans un système concurrentiel mais, entre autres, pour révéler au public le caractère exigeant de la profession : emmener ENSEMBLE ses élèves vers un niveau de maîtrise requiert un haut niveau de compétences. Ces procédures révèleraient aux élèves que le travail des enseignants consiste à les aider à « grandir » au moyen de la matière qu’ils enseignent. (Grand public, Parents et Elèves sont souvent très loin de ces réalités). Les objectifs annexes seraient tout aussi importants :

§ Réduire le clivage entre enseignants faisant le « sale boulot » et les autres

§ Réunir les deux aspects du métier : relation à l’élève ET à la discipline enseignée

§ Trouver les sources d’une bonne distance à l’élève. L’insistance sur la participation, l’absence des classes de niveau et du redoublement, la pratique du tutorat, le fait que les enseignants se réfèrent plus à leur METIER qu’à leur STATUT diminueraient les « violences » à l’ Ecole.

- Les usagers

D’une part, la politique « ZEP » doit être renouvelée, en aucun cas supprimée ! Ces établissements, à l’intérieur desquels les équipes pédagogiques accomplissent des prouesses quotidiennes dans l’anonymat le plus total et l’absence de reconnaissance, devront recevoir une surdotation significativement plus forte que celle octroyée aujourd’hui.

D’autre part, « l’ampleur de  ces surdotations devra dépendre de la proportion d’élèves défavorisés » (Claude Thélot).  Elles reposeront sur des procédures simples et ne devront pas reculer devant le fait de privilégier, parmi les élèves défavorisés, les plus prometteurs.

Quant au choix des établissements, il se fonderait, non pas sur l’efficacité de l’enseignement des compétences fondamentales, encore moins sur le détournement de la carte scolaire devenu « sport national » des familles aisées, mais sur la partie non contrainte de l’enseignement. L’orientation vers des filières plus ou moins exigeantes se devra se faire, elle, sur la maîtrise des compétences fondamentales au moment de l’entrée en lycée ou bien, si le Lycée était intégré à la scolarité obligatoire, au moment de l’entrée dans l’enseignement supérieur. Trois conséquences positives  nos yeux :

§ Un tel système assurant que les élèves d’un même établissement présentent une forte hétérogénéité dans la maîtrise des compétences (le Banding System à Londres) deviendra alors acceptable par toutes les familles puisqu’une qualité d’enseignement sera garantie pour tous et par tous. Cette mixité (Forts et faibles ensemble) se traduira par plus d’efficacité et d’équité

§ La possibilité de choisir son établissement ne pourra plus être induit par leur hiérarchisation provoquant à la fois la ségrégation urbaine et la ségrégation scolaire. Au contraire, s’établira alors une coopération entre établissements permettant à ceux-ci d’offrir aux élèves un éventail maximal d’activités et de s’entraider pour la réalisation d’objectifs communs.

§ Le choix de l’établissement donnera alors à tous les possibilités dont profitent actuellement les plus favorisés.

Ce scénario, car ce n’est qu’un scénario, est sans doute caricaturalement optimiste. MAIS il montre des pistes à emprunter. Beaucoup d’enseignants, de parents et d’élèves y sont prêts.

Christophe Chartreux

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Published by christophe - dans Education Réforme