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Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 17:30
Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 17:27

En route pour l'université Fenland, Wilt était d'une humeur de chien. La veille au soir, sa femme Eva et lui s'étaient méchamment querellés au sujet du montant exorbitant des frais de pension de leurs quatre filles: selon Wilt, elles auraient très bien pu rester dans leur école au Convent. Mais Eva s'était montrée inflexible: ils devaient envoyer les quadruplettes dans un établissement privé. 

- Il faut qu'elles apprennent les bonnes manières, ce qui n'est pas le cas au Convent. Et puis tu jures tellement qu'à ton contact elles deviennent grossières. Ce que je ne supporte pas. Mieux vaut qu'elles s'éloignent de la maison. 

- Si tu devais remplir ces paperasses inutiles et enseigner l'informatique aux analphabètes que je me coltine -ils en savent dix fois plus que moi sur ces foutus gadgets-, tu jurerais toi aussi! 

Wilt s'était abstenu d'ajouter que, depuis que leurs quatre filles étaient ados, leur répertoire d'obscénités dépassait largement le sien. 

- Je n'ai pas les moyens de payer des frais de scolarité, Dieu sait combien d'années encore, juste pour que Madame ait le plaisir de se vanter auprès de ses foutues voisines que ses chères filles fréquentent une boîte privée. Le Convent coûtait déjà une petite fortune... 

Soirée pleine d'acrimonie, donc. Car Wilt n'avait rien exagéré: avec son maigre salaire, comment régler le pensionnat des quadruplettes tout en maintenant le modeste train de vie auquel sa famille était habituée? Directeur du prétendu département des techniques de la communication, il était moins payé que les chefs des départements académiques, bombardés professeurs depuis que le collège d'arts et de technologie Fenland avait acquis le statut d'université. Résultat, ses collègues gagnaient bien plus que lui. Une discrimination qu'Eva n'avait cessé de lui rappeler durant leur prise de bec: 

- Si tu avais eu la présence d'esprit de t'en aller voilà des années, comme Patrick Mottram, tu aurais pu trouver un poste convenable avec un salaire digne de ce nom dans une vraie université. Mais non! Oh, non! Monsieur a voulu rester dans ce collège technique de bas étage parce que Monsieur y avait "trop d'amis pour le quitter"! Quelle ânerie! En vérité, tu es une vraie chiffe molle! 

Sur ce, Wilt était parti. Quand il était revenu du pub, résolu à en finir une fois pour toutes avec Eva, c'est elle qui était partie se coucher sans l'attendre. 

Le lendemain, en pénétrant dans le parking de l'université, Wilt s'avoua qu'elle avait raison. Il aurait dû démissionner depuis des années. Il détestait le département des techniques de la communication, et il aurait pu compter sur un seul doigt les amis qui y étaient restés. Il aurait aussi dû quitter Eva. C'est vrai, quelle idée d'avoir épousé ce tyran infernal qui ne faisait jamais rien à moitié! Pour preuve? Les quadruplettes! 

Son moral chuta d'un cran supplémentaire à l'évocation de ses filles, quatre copies conformes de leur abominable mère, aussi vociférantes et autoritaires qu'elle. En fait, encore plus vociférantes et autoritaires qu'Eva, puisque multipliées par quatre. Toujours à se disputer et se bagarrer, elles étaient pour beaucoup dans son manque d'ambition. 

Quand elles étaient bébés, entre les couches, les biberons et les horribles petits pots qu'Eva les forçait à avaler, Wilt avait fondé de grands espoirs sur sa progéniture, imaginant pour chacune de ses filles un avenir des plus prometteurs. Mais en grandissant leur conduite était devenue atroce. Elles torturaient les chats, importunaient les voisins -sans qu'on puisse jamais désigner la coupable tant elles se ressemblaient. "Au moins, se disait-il, maintenant qu'elles sont pensionnaires, elles sont à la charge de quelqu'un d'autre." Mais l'addition était drôlement salée. 

Wilt se réjouit en découvrant une enveloppe scellée sur son bureau. L'administrateur en chef, Mr Vark, l'informait que sa présence n'était pas requise à la réunion du comité des nominations académiques créé depuis peu. Wilt remercia Dieu: il aurait été incapable de survivre à ce genre de session interminable où l'on remuait force papiers en prononçant des jugements définitifs sur des sujets sans objet. 

De bien meilleure humeur, il alla inspecter les salles de classe, vides pour la plupart ou fréquentées par quelques étudiants en train de jouer sur les ordinateurs. Le trimestre s'achevant dans une semaine et la période des examens étant terminée, maîtres et élèves faisaient l'école buissonnière -à supposer que ces fainéants d'étudiants aient auparavant fait acte de présence. De retour à son bureau, Wilt s'attelait au planning du trimestre suivant quand Peter Braintree, professeur d'anglais, passa sa tête par la porte. 

- Henry? Tu viens à la nouvelle réunion débile de Vark? 

- Oh, que non! Vark m'a demandé de ne pas y assister. Et, pour une fois, j'obéis. 

- Tu as bien raison. Fichue perte de temps! Si seulement je pouvais sécher moi aussi, j'ai des tonnes de copies à corriger... 

Braintree marqua une pause. 

- Tu ne pourrais pas par hasard me... 

- Pas question! répondit fermement Wilt. Corrige tes copies tout seul. Tu ne vois donc pas que je suis occupé? 

Il lui flanqua l'emploi du temps sous le nez et poursuivit: 

- Je cherche le moyen d'inclure l'avenir digital dans les cours du jeudi après-midi. 

Braintree avait depuis belle lurette renoncé à comprendre les obscures formules de Wilt. Il se contenta de hausser les épaules et de laisser la porte se refermer bruyamment derrière lui. 

Wilt lâcha les problèmes d'horaires -tâche rebutante entre toutes-, et passa le reste de la matinée à remplir les formulaires concoctés quotidiennement par l'administration pour justifier la présence dans ses bureaux d'un personnel encore plus pléthorique que les maîtres de conférences.

ADL

Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 11:13

http://www.directmatin.fr/image-du-jour/la-fin-dun-printemps-318630

Entre 1972 et 1977, je me rendais chaque année au printemps à Prague pour une dizaine de jours afin d'y voir un groupe d'écrivains, de journalistes, d'historiens et de professeurs d'université persécutés par le régime totalitaire tchèque, alors soutenu par les Soviétiques.

Ma chambre d'hôtel était truffée de micros, mon téléphone était sur écoutes et, la plupart du temps, j'étais suivi par un policier en civil. Je ne fus cependant arrêté par la police que lors de mon sixième séjour, en 1977, à la sortie d'une exposition assez grotesque de tableaux de la période du réalisme socialiste soviétique. Cet incident me perturba et, dès le lendemain, suivant le conseil qui m'avait été donné par la police, j'ai quitté le pays.

Je restai en contact par lettres – parfois codées – avec certains des écrivains dissidents dont j'étais devenu l'ami à Prague, mais je n'ai pas pu obtenir de nouveau visa pour la Tchécoslovaquie avant 1989, soit douze ans plus tard.

Cette année-là, les communistes furent chassés, et le gouvernement démocratique dirigé par Vaclav Havel arriva au pouvoir, en toute légitimité, un peu comme George Washington et son gouvernement en 1789, après un vote unanime de l'Assemblée fédérale et avec le soutien massif du peuple tchèque.

Lorsque j'étais à Prague, je passais la plupart de mon temps avec le romancier Ivan Klima et son épouse Helena, qui est psychothérapeute. Ivan et Helena parlaient tous les deux l'anglais et, avec quelques autres – parmi lesquels les romanciers Ludvik Vaculik et Milan Kundera, le poète Miroslav Holub, le Pr Zdenek Stribrny qui enseignait la littérature, Rita Budinova-Mlynarova, qui était traductrice et qui fut la première ambassadrice aux Etats-Unis nommée par Vaclav Havel, et l'écrivain Karol Sidon, grand rabbin de Prague après la "révolution de velours" et, par la suite, grand rabbin de la République tchèque –, ils faisaient mon éducation sur l'étendue de la répression en Tchécoslovaquie.

Cette éducation comprenait des visites sur les lieux où Ivan et ses collègues, privés de tous leurs droits par les autorités, travaillaient aux tâches ingrates qui leur avaient été assignées par un régime omniprésent désireux de les humilier.

Après leur exclusion de l'Union des écrivains, il leur était interdit de publier, d'enseigner, de faire des voyages, de conduire une voiture ou de gagner leur vie de façon décente par une activité relevant de leurs compétences et de leur choix. Et, pour faire bonne mesure, leurs enfants, les enfants de ces intellectuels, n'avaient pas le droit de fréquenter les écoles secondaires d'enseignement général.

LA CRÈME DE L'INTELLIGENTSIA DU PAYS

Certains de ceux que j'ai rencontrés et avec lesquels j'ai pu parler vendaient des cigarettes dans des kiosques aux coins des rues, d'autres maniaient la clé à molette au service des eaux, d'autres encore passaient leurs journées à bicyclette pour livrer des petits pains dans les boulangeries.

D'autres enfin, dotés du grade de sous-concierge, étaient affectés aux travaux de ménage dans quelque musée oublié de Prague et lavaient les carreaux ou passaient la serpillière dans les salles. Ces gens-là, comme je l'ai déjà dit, étaient la crème de l'intelligentsia du pays.

Ainsi en allait-il, et ainsi en va-t-il encore dans les régimes totalitaires. Chaque jour apporte un nouveau crève-coeur, une nouvelle inquiétude, une nouvelle preuve de l'impuissance de chacun et ajoute une nouvelle restriction à la liberté de mouvement et de pensée dans une société où tout est surveillé, où tous sont bâillonnés.

Les rites habituels de cette dégradation : la perte de tout repère personnel, la fin de toute autorité personnelle, la disparition de toute sécurité – une recherche désespérée de points d'ancrage et de sérénité en face d'une incertitude chaque jour grandissante. L'impossibilité de toute prévision devient la nouvelle norme et l'angoisse perpétuelle son douloureux corollaire.

Ainsi que la colère. Les délires de l'être enchaîné. Une furie de rage futile qui ne ravage que soi. Et, à vos côtés, votre conjoint et vos enfants qui s'imprègnent de cette tyrannie en buvant leur café du matin. Tel est le prix de cette colère.

La machine implacable du totalitarisme qui induit le traumatisme et fait ressortir le pire de toute chose et, avec le temps, tout qui devient plus qu'on ne peut en supporter.

DES ACTIVITÉS CLANDESTINES SÉDITIEUSES

Encore une anecdote assez amusante qui remonte à cette triste époque où l'on ne s'amusait guère, avant de me rasseoir.

Dans la soirée qui suivit ma confrontation avec la police, quand, à la hâte et fort sagement, je quittai Prague pour rentrer chez moi, la police vint chercher Ivan chez lui et, une fois de plus, on l'interrogea pendant des heures.

Sauf que, cette fois, ils ne passèrent pas la nuit à le mettre en garde contre ses activités clandestines séditieuses, ou celles d'Helena et de leur bande de dissidents et de perturbateurs de la paix totalitaire. Au lieu de cela – changement un peu rafraîchissant pour Ivan –, ils l'interrogèrent sur mes visites annuelles à Prague.

Comme Ivan devait me le raconter par la suite dans une lettre, il ne leur fit qu'une seule réponse, toujours la même, à la question qu'ils lui posèrent pendant toute la nuit que dura cet interrogatoire sur les raisons de ma venue à Prague chaque année au printemps.

"Vous ne lisez donc pas ses livres ?", demanda Ivan aux policiers. Comme on pouvait s'y attendre, cette question les rendit fort perplexes, mais Ivan s'empressa de les éclairer. "C'est pour les filles qu'il vient !"

(Traduit de l'anglais par Lazare Bitoun.)

Philippe Roth

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/05/17/quand-la-machine-totalitaire-s-abattait-sur-le-prague-litteraire_3291082_3232.html

ADL

Par christophe - Publié dans : profencampagne
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Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 10:53

Steve Schapiro — dont les photographies composent le Godfather Family Album édité par TASCHEN — était le seul photographe accepté sur le plateau de Taxi Driver; il a saisi les moments les plus intenses et les plus violents du film depuis ses coulisses. Ce livre de photos, qui est bien plus qu’une série de plans isolés, présente des centaines de clichés inédits dénichés dans les archives de Schapiro, qui racontent aussi la personnalité perturbée et dérangeante d’un solitaire armé dans l’atmosphère rageuse et tendue de l’ère post-Vietnam.

En savoir plus sur http://www.paperblog.fr/6219971/le-livre-de-la-semaine-steve-schapiro-taxi-driver/#th94ud0CWZbmfGSK.99

ADL

Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 10:28

http://pascalpopelin.blogspot.fr/2012/09/sattaquer-concretement-la-violence.html

ÉDUCATION - Dans son numéro du 25 avril 2013, le Nouvel Obs a consacré un dossier à "La violence à l'école". Ce dossier commence par un sous-titre qui en dit beaucoup sur les présupposés idéologiques du dossier: "L'école n'est plus le sanctuaire d'antan. Les coups, le harcèlement, les insultes font désormais partie de son quotidien".

Que l'on dénonce la violence en général sous toutes ses formes est compréhensible, bien qu'on puisse se demander si des formes mineures de violences ne sont pas inévitables chez les humains. Que l'on dénonce une hyper-violence aboutissant à des blessures graves ou à des morts est nécessaire, à condition qu'on en cherche les causes profondes et qu'on intervienne sur ces causes au lieu d'accroitre la violence en y répondant par la violence.

Mais qu'on tienne un discours aussi aveuglé par l'idéologie réactionnaire et nationaliste dominante, dans un hebdo dit "de gauche" est proprement insupportable. Car l'école a toujours été un lieu de violence parce qu'elle est un appareil idéologique d'État qui reflète et construit la société.

Et en premier lieu d'une violence exercée par l'école elle-même. "Antan", comme dit le Nouvel Obs, la violence physique et verbale la plus fréquente était exercée par les enseignants (pas tous peut-être, mais la grande majorité d'entre eux). Violence latente d'imposer à des enfants de rester assis et immobiles des heures durant sur des sièges trop petits en bois dur, gifles, coup de pieds, coups de règles sur les doigts (j'ai vu un doigt brisé quand j'étais au primaire et je me souviens des hurlements de douleurs de ceux à qui on infligeait cette torture), oreilles à moitié arrachées (quand on soulevait du sol un enfant en le tenant par l'oreille), humiliations, punitions injustes et d'une bassesse inouie. Les témoignages sont innombrables.

Parmi tous ceux que j'ai recueillis dans ma carrière de chercheur sur la politique linguistique scolaire en France, celui de ma propre grand-mère m'est resté gravé: à Marseille, au début du XXe siècle, les enfants parlaient provençal (et aussi corse, napolitain, arménien...). Dans son école, on punissait de "corvée de chiottes" ceux, nombreux, qu'on surprenait à parler leur propre langue même entre eux dans la cour, langue de leur ville et de leur famille, et non le français, avec cet argument: "puisque tu as de la merdre dans la bouche, tu peux bien nettoyer celle des autres". Et, à un récidiviste, un "maître" a fait lécher les toilettes pour qu'il comprenne bien ce que c'est que d'avoir "de la merde dans la bouche": la merde en question, c'est la langue provençale, celle dans laquelle Frédéric Mistral venait d'obtenir le prix Nobel de littérature. Tout ceci donc sur le fond d'une violence symbolique extrême, de type colonial, qui consistait à déculturer les enfants pour leur inculquer à la place l'idéologie et la langue nationales françaises, au mépris de ce qu'on appelle aujourd'hui les Droits de l'Homme.

Je suis né en 1961. J'ai toujours vu la crainte des "grands" et des "costauds" dans la cour de l'école, les bagarres quotidiennes qui finissaient avec un cocard ou une lèvre fendue, ou au moins un vêtement déchiré, pour ceux qui n'arrivaient pas y échapper ou qui s'y frottaient. J'ai toujours vu à l'école le harcèlement contre ceux qui étaient différents: roux, chétifs, pâles, efféminés, gitans, paysans, prolétaires ou au contraire gros ou riches (selon le contexte)... L'école en ce sens ne fait que reproduire la société dont elle fait partie et les élèves ne faisaient que reproduire à leur façon le modèle de leurs enseignants. Et tout le monde, ou presque, trouvait ça normal, hélas.

Quant aux insultes, on croit rêver! D'abord parce que l'école est le lieu principal de développement des discriminations linguistiques (que j'appelle glottophobie), ces discriminations sournoises parce qu'hégémoniques et non condamnées par la loi, où l'on exclut et stigmatise ceux et celles qui parlent autrement que selon la norme arbitraire de l'école qui est celle des classes dominantes comme l'a bien montré Bourdieu. Et puis parce que les enseignants ont toujours insulté les élèves. Et les élèves se sont toujours insultés entre eux. Les insultes ont toujours existé et il n'y a qu'à écouter les conversations autour de nous, ou les conducteurs (et -trices) dans les embouteillages pour constater qu'elles sont partout d'une grande banalité. Il y a des degrés dans l'insulte, toutes ne sont pas graves. Mais la "violence verbale" est devenue un terme à la mode parce que l'institution cherche à exercer un contrôle étroit sur la parole spontanée et surtout populaire, au point que l'on confond un mot familier avec une insulte (comme "me casse pas les couilles", p. 86 du Nouvel Obs). Elle est à la mode parce qu'on a le projet politique d'un monde aseptisé d'où on aurait banni du monde social toute forme de diversité, d'affirmation, de rébellion des pauvres, des dominés, des exclus, ce qui laisse libre champ à ceux qui le dominent et qui tiennent l'appareil idéologique d'État, y compris l'école.

À chaque rentrée universitaire, je demande en amphi aux étudiants inscrits à mes cours ayant un rapport avec l'enseignement qui a été victime d'humiliation par l'institution scolaire. Les 3/4 lèvent la main. Et j'ajoute ceux qui en ont été témoins: tout l'amphi a le bras levé, sauf dans les cours où il y a des étudiants étrangers venant de systèmes scolaires différents. Et c'est comme ça depuis plus de vingt ans, ce que confirment des études plus systématiques.

Alors si on veut vraiment traiter du problème de la violence à l'école, ne tombons pas dans les discours mythiques et nostalgiques d'un passé que l'on croit toujours meilleur. Ne nous laissons pas piéger par l'illusion d'optique qui fait voir davantage de violence alors que c'est sa perception qui a changé, et qui ne la fait voir qu'à l'école alors qu'elle est partout dans une société qui la produit par son cynisme, ses comportements et ses croyances. Que l'on affronte donc réellement la cause de la violence, et de la vraie violence, pas de ses apparences superficielles comme une gestuelle ou un parler local ou populaire: celle inscrite au cœur même du fonctionnement de l'institution, parce qu'elle est inscrite au cœur même du projet sociétal et national en France (et ailleurs...) qui ont fait de l'injustice, de la compétition et de la loi du plus fort, l'alpha et le bêta d'un monde inhumain et asocial.

Philippe Blanchet

http://www.huffingtonpost.fr/philippe-blanchet/ecole-lieu-de-violences_b_3280117.html?utm_hp_ref=education

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