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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 06:04
« Ce que peut l’histoire », par Patrick Boucheron... "Demeurer redevable à la jeunesse"...

EXTRAITS

1er janvier 2016

Il y a un mois, je suis retourné place de la République. Comme tant d’autres, avec tant d’autres, incrédules et tristes. Le soleil de novembre jetait une clarté presque insolente, scandaleuse dans sa souveraine indifférence à la peine des hommes. Depuis janvier 2015, comme une houle battant la falaise, le temps passait sur le socle de pierres blanches qui fait un piédestal à la statue de Marianne.

Le temps passait, les nuits et les jours, la pluie, le vent, qui délavait les dessins d’enfants, éparpillait les objets, effaçait les slogans, estompant leur colère. Et l’on se disait : c’est cela, un monument, qui brandit haut dans le ciel une mémoire active, vivante, fragile ; ce n’est que cela, une ville, cette manière de rendre le passé habitable et de conjoindre sous nos pas ses fragments épars ; c’est tout cela l’histoire, pourvu qu’elle sache accueillir du même front les lenteurs apaisantes de la durée et la brusquerie des événements.

Parmi les fleurs, les bougies et les papiers collés, j’ai vu une page arrachée à un cahier d’écolier. Quelqu’un, à l’encre bleue, d’une écriture sagement appliquée, y avait recopié une citation de Victor Hugo. Depuis la veille au soir, déjà, la Toile bruissait de ce nom propre, en plusieurs langues et divers alphabets.

(...)

Je rentrais chez moi et me plongeais dans les grands livres illustrés à la reliure rouge qui m’accompagnent depuis l’enfance. A chacun de mes anniversaires, mon grand-père m’offrait un volume de cette édition ancienne et populaire des œuvres complètes de Victor Hugo. J’y retrouvais, en entier, la chose vue place de la République. C’est au troisième livre des Misérables, au premier chapitre intitulé « Paris étudié dans son atome », ode au gamin de la capitale qui raille et qui règne. On y lit ceci.

« Tenter, braver, persister, persévérer, être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait, tantôt affronter la puissance injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête ; voilà l’exemple dont les peuples ont besoin, et la lumière qui les électrise. »

(...)

Qui ne voit aujourd’hui combien sont sinistres les idéologies de la séparation ? Qui ne saisit désormais les effets désastreux d’une vision religieuse du monde où chacun est assigné à une identité définie par essence ? En mettant à jour cette généalogie du regimen, l’art de gouverner les hommes, les historiens ont jeté une lumière sombre et crue sur ce qui constitue encore aujourd’hui notre modernité. S’y devine son noyau insécable, qu’on pourrait volontiers appeler l’énigme du théologico-politique. Elle est le propre de l’histoire occidentale, son reste inassimilable, car nous sommes encore redevables (qu’on le veuille ou non, qu’on le sache ou pas) de cette longue histoire qui fit du sacrement eucharistique la métaphore active de toute organisation sociale.

(...)

Demeurer redevable à la jeunesse

Cette fascination de la fatalité porte en elle le risque d’une détestation de soi infestée de rancœur. Devenant invivable, elle se soulage facilement dans la désignation de peuples cibles, chargés de porter le fardeau de notre propre rejet. L’effroi de la pensée des modernes vient de là. Hamlet, le prince des derniers jours, roi d’un Moyen Age attardé aux bords de l’extrême Occident, obsédé par ce temps si mal en point qu’il est sorti de ses gonds, finit par s’exclamer : « J’aimais Ophélie ». Mais c’est devant la tombe de l’aimée. Yves Bonnefoy l’a dit : le « Trop tard » d’Hamlet est le « Trop tard » de l’Occident. Il y a toujours un pléonasme un peu comique à parler du déclin de l’Occident puisque son nom ne recouvre rien d’autre que les pays de la nuit qui vient.

(…)

Est-il vraiment trop tard ? Non sans doute, si l’on sait se donner les moyens, tous les moyens, y compris les moyens littéraires, de réorienter les sciences sociales vers la cité, en abandonnant d’un cœur léger la langue morte dans laquelle elles s’empâtent. C’est à une réassurance scientifique du régime de vérité de la discipline historique que nous devons collectivement travailler, réconciliant l’érudition et l’imagination. L’érudition, car elle est cette forme de prévenance dans le savoir qui permet de faire front à l’entreprise pernicieuse de tout pouvoir injuste, consistant à liquider le réel au nom des réalités. L’imagination, car elle est une forme de l’hospitalité, et nous permet d’accueillir ce qui, dans le sentiment du présent, aiguise un appétit d’altérité.

Si c’est cela l’histoire, si elle peut cela, alors il n’est pas tout à fait trop tard. Et pourquoi se donner la peine d’enseigner sinon, précisément, pour convaincre les plus jeunes qu’ils n’arrivent jamais trop tard ? Ainsi travaille-t-on à demeurer redevable à la jeunesse.

(...)

« L’histoire, c’est tout de même prodigieusement amusant. On est moins solitaire et tout aussi libre. » Je me souviens pourquoi j’ai choisi d’enseigner l’histoire : parce que j’avais d’un coup compris que c’était prodigieusement amusant.

Je me souviens combien il me fut en revanche long et difficile de comprendre qu’elle pouvait aussi se déployer comme un art de la pensée. Je me souviens de la solitude, et de la manière de lui fausser compagnie, du désir de s’assembler et de se disperser. Je me souviens qu’il y a des temps heureux où la mer Méditerranée se traverse de part en part, et d’autres, plus sombres, où elle se transforme en tombeau.

Et alors, à se tenir face à la mer, on ne voit plus la même chose. « Tenter, braver, persister » : nous en sommes là. Il y a certainement quelque chose à tenter. Comment se résoudre à un devenir sans surprise, à une histoire où plus rien ne peut survenir à l’horizon, sinon la menace de la continuation ? Ce qui surviendra, nul ne le sait. Mais chacun comprend qu’il faudra, pour le percevoir et l’accueillir, être calme, divers et exagérément libre.

Patrick Boucheron

Le texte complet est à lire ci-dessous

Published by christophe - dans Education Histoire
28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 17:11
Published by christophe - dans Musique
28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 09:27
Un Jour... Un Auteur... Robert Alexis...

" La découverte dépendra d'une intelligence supérieure à la mienne. C'est pourquoi je veux laisser ces notes. Les prendra, les utilisera ou les transmettra celui ou celle qui aura le courage de les lire, car si je ne sais rien, si je n'ai qu'une vague intuition de ce à quoi nous sommes soumis, il y aura dans mes réflexions ce que fût le salpêtre pour la création du premier explosif, une poudre malodorante grattée de l'ongle sur un mur verdâtre."

Published by christophe - dans Littérature
28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 08:50
Qu'est-ce qu'une bonne école?... Enquête Sciences Humaines...

Doit-elle former des citoyens éclairés, des professionnels insérés, des adultes épanouis ? Les critères se superposent, sans que nous prenions le temps de hiérarchiser nos exigences. Sciences humaines vous concocte en ce moment même un numéro spécial pour faire le point sur nos attentes collectives. Sortie prévue à la rentrée ! En attendant, c'est à vous de nous répondre : 

Qu'est-ce qui vous motive en premier lieu dans le choix (ou l'évitement) d'une école ? Qu'est-ce qu'une bonne école, selon vous, pour les enfants d'aujourd'hui ?

Que vous soyez élève, parent, professeur, ancien élève, chef d'établissement, chercheur..., vous pouvez participer à notre enquête : 

Published by christophe - dans Education
28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 07:28
Une phrase... Un matin... "Diable"...

“Le diable peut citer les Écritures pour ses besoins.”

William Shakespeare

Published by christophe - dans Citation
28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 07:18

Des chercheurs du CNRS vous proposent un voyage audiovisuel dans le passé, au 18e siècle, à Paris. Sous forme de modules sonores, « Gens de la Seine » est un parcours sur les rives de la Seine (en français et en anglais), à utiliser sur son smartphone en se promenant sur le long des rives, ou chez soi, sur son ordinateur ou sa tablette. Un véritable audioguide 2.0.

« A quoi ressemblait la Seine au 18e siècle ? Avec ses rives de sable, ses ports animés et ses ponts chargés de maisons, elle était au cœur de la vie des Parisiens et toutes sortes de corps de métiers en dépendaient », écrit le CNRS sur son site.

Voyage (sonore) dans le temps

Gens de la Seine est constitué de 19 récits sonores, qui donnent vie des personnages situés à différents points de la Seine : le gouverneur de la pompe de la Samaritaine, la vendeuse de billets de loterie du quai des Grands Augustins, ou encore la blanchisseuse sur son bateau à lessives.

(...)

Suite et fin en cliquant ci-dessous

Published by christophe - dans Education Histoire
27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 15:40
Published by christophe - dans Musique
27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 14:50
Un Jour... Un Auteur... John Dos Passos...

Dutch Roberson était assis sur un banc du pont de Brooklyn. Il avait relevé le col de sa capote militaire et parcourait des yeux la page des cessions de fonds de commerce et des offres d’emploi. L’après-midi était lourd de brouillard. Le pont ruisselant d’eau se dressait comme un berceau dans un jardin rempli de sifflets de bateaux … 

"Bon Dieu ! j’en ai plein le dos de lire les offres d’emploi."

Il s’étira en bâillant et laissa glisser le journal sur ses jambes.

"T’as pas froid, assis là sur ce pont ?

- Peut-être bien que si… Allons manger."

Il sauta sur ses pieds, approcha tout près d’elle sa face rouge au nez fin busqué, et, de son regard noir, fixa ses yeux gris pâle. Il lui frappa le bras violemment :

"- Hello, Francie… Comment va ma petite gosse ?"

Ils rebroussèrent chemin vers Mahattan. Au-dessous d’eux, la rivière miroitait dans le brouillard. Un grand paquebot passa lentement, tout éclairé déjà. Par dessus le parapet ils regardèrent les cheminées noires.

- Est-ce que le bateau sur lequel tu es parti était aussi grand que ça Dutch ?

- Plus grand que ça.

- Comme j’aimerais partir aussi !

Published by christophe - dans Littérature
27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 14:25
Pour une école où la fraternité se vit...

EXTRAITS

L’école a longtemps cru pouvoir inculquer la citoyenneté aux élèves par des cours magistraux. Ayant perdu l’autorité morale qu’elle exerçait jadis, l’institution scolaire risque de se replier sur elle-même et d’exclure davantage. L’enjeu pour elle est alors de considérer pleinement les élèves pour ce qu’ils sont, de s’ouvrir à l’altérité pour devenir un lieu de relations et de mixité où la fraternité se vit plus qu’elle ne s’invoque.

École : la fraternité vacille sur ses fondements

Depuis la loi de 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, un consensus semblait s’être installé autour de ce que Jules Ferry appelait la « bonne vieille morale de nos pères » commune aux croyants et aux non-croyants. En revanche, Jules Ferry invitait les instituteurs à n’enseigner aucune « théorie sur le fondement de la morale », des citoyens adhérant à la même morale pouvant se déchirer sur le rôle de Dieu et celui de la raison. Pour le reste, il allait de soi que croyants et non-croyants partageaient largement la même conception de la morale quotidienne, le même attachement à la famille, à la patrie et aux institutions. D’ailleurs, la loi de 1905 légiférait sur la place des cultes dans l’espace public, pas sur la liberté de croire ou non. La longue sécularisation de nos sociétés a fini par nous laisser penser que la question était réglée une fois pour toutes. Les écoles privées sous contrat peuvent avoir un « style propre » tout en adhérant à la laïcité, conçue comme la liberté de conscience. Sécularisation oblige, la plupart de ceux qui choisissent l’enseignement catholique ne le font guère pour des raisons religieuses et changent volontiers d’école en fonction des circonstances et des intérêts. Ainsi s’est installée une image de la fraternité fondée sur l’attachement à une morale commune fixant nos devoirs envers les autres, la société et la nation, et sur la tolérance conçue comme la liberté de choisir ses propres croyances. Or ce consensus, d’autant plus fort qu’il allait sans dire, semble aujourd’hui menacé.

La représentation de notre société comme étant sécularisée, laïque et de culture chrétienne est mise à mal par la présence d’une religion, l’islam, pour laquelle la place des croyances dans l’espace public briserait le vieil accord laïc. C’est tout le sens de la querelle sur le port du voile islamique. Doit-on accepter le voile au nom de la tolérance et de la liberté ? Doit-on l’interdire au nom de la neutralité de l’espace public et de la liberté des femmes de ne pas se soumettre à une obligation religieuse ? Plus largement, la fraternité religieuse ne menace-t-elle pas la fraternité républicaine et nationale, dont il allait de soi qu’elle englobait celle des religions, dans l’espace public sinon dans le cœur de tous les hommes ? Pour divers courants politiques hostiles à l’islam (et pour quelques musulmans), l’affaire est entendue : l’islam serait incompatible avec la République, avec la démocratie, mais aussi avec la nation dont les « racines chrétiennes » reviennent sur le devant de la scène. On pourrait croire dans sa conscience, mais pas à l’ombre d’un minaret sans mettre à mal une conception de la fraternité nationale et civique.

Les attentats de janvier 2015 ont projeté l’école sur le devant de la scène de la fraternité. On redécouvre que l’école est un milieu « moral », comme le disait Durkheim, et que la seule instruction ne suffit pas. Il faut donc que l’école diffuse une morale commune, un sentiment de fraternité et un attachement aux valeurs de la République, car le parcours des terroristes formés dans cette école comme les réactions d’élèves qui ne se sentaient pas Charlie ont interrogé l’école en profondeur. Alors qu’on semblait l’avoir oublié, l’école doit redevenir l’institution chargée de former les citoyens d’une communauté civique et nationale[1].

(...)

Faire l’expérience de la fraternité

Les valeurs du civisme et de la fraternité s’apprennent moins par des leçons que par des expériences de vie commune. C’est d’ailleurs pour cela que, pendant longtemps, les mouvements de jeunes (scouts, éclaireurs, francs camarades, équipes sportives, chorales…) ont mobilisé autour d’activités capables d’engager les jeunes ensemble avec des objectifs communs et en acquérant, pratiquement, les capacités de discuter, d’agir ensemble et de se sentir solidaires. Mais ces mouvements ont bien faibli et l’école s’est souvent repliée sur son rôle d’instruction et de sélection, tout se passant comme si la vie juvénile se déployait dans l’école, mais en dehors de tout projet éducatif.

Durant longtemps, l’école n’a pas perçu comme une contradiction le fait d’enseigner la citoyenneté tout en privant les élèves des moindres droits.

Conçue comme un impératif, la laïcité à la française visait à construire un face-à-face moral entre l’universalité des valeurs et la raison d’un individu qui, détaché de ses identités sociales, s’élèverait vers la citoyenneté. La formation du citoyen procédait de la rencontre avec ces principes bien plus que d’une expérience sociale mettant ces principes à l’œuvre. C’est aussi pour cette raison que notre école républicaine a tant de mal à devenir démocratique et que, durant longtemps, elle n’a pas perçu comme une contradiction le fait d’enseigner la citoyenneté tout en privant les élèves des moindres droits. C’est enfin pour cette raison que nous avons encore tant de mal à concevoir que l’établissement scolaire puisse être une communauté éducative offrant, aux élèves un espace de relations et d’identifications entre l’universalité des principes et la singularité de chacun. L’enquête Pisa 2012 révèle que seulement 47 % des élèves français de 15 ans disent « se sentir chez eux à l’école », pourcentage le plus bas de tous les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques où la moyenne est de 81 %. En France, ce taux descend à 38 % pour les élèves défavorisés. Pourtant, c’est dans une école accueillante que nous pourrions construire une éducation à la fraternité qui ne soit pas réduite aux règles affichées sur les murs des écoles et enseignées dans une partie des programmes. C’est dans cet espace-là que les règles communes et l’acceptation des singularités pourraient ne pas être vides de sens.

Il faut descendre de la théologie laïque conçue comme un ensemble de valeurs et de principes que des élèves devraient apprendre en classe, vers des pratiques éducatives mettant ces principes en action. La citoyenneté et la laïcité s’apprennent en s’expérimentant bien plus qu’en se mémorisant. Bien des enseignants et bien des équipes éducatives le savent déjà. Au lendemain de la minute de silence du 8 janvier 2015, des groupes d’enseignants blessés par les attitudes de certains élèves – mais sachant aussi que des élèves avaient pu se sentir blessés par les réactions de certains enseignants – ont organisé des discussions avec eux. En leur permettant de dire ce qu’ils avaient sur le cœur, ils ont découvert que leurs élèves étaient moins hostiles à la laïcité qu’ils ne se sentaient rejetés par elle. Les uns et les autres ont pu s’expliquer et découvrir que la fraternité est une manière de vivre ensemble exigeant des règles communes et d’abord dans l’établissement scolaire lui-même.

(...)

La fraternité n’est pas qu’une affaire de laïcité, qu’une affaire de musulmans et, plus largement, pas qu’une affaire de pauvres qui auraient besoin d’être « éduqués » aux vertus républicaines. Tous les élèves sont concernés. Or il n’est pas normal que la « vie scolaire » se réduise souvent au règlement des questions de discipline dans les bureaux du conseiller principal d’éducation et du chef d’établissement. Même si les adolescents aiment leur autonomie et la défendent, il n’est pas normal que leur vie à l’école se déroule, soit dans une certaine indifférence, soit qu’elle apparaisse essentiellement comme une cause de trouble et de désordre. Autrement dit, le clivage radical entre la fonction d’instruction (parfois réduite à l’heure de classe) et la fonction d’éducation (ce qui serait périscolaire) n’est pas acceptable. L’éducation n’est pas un « sale boulot » que l’on devrait toujours déléguer à d’autres. Pour devenir des citoyens, il faut que les élèves aient la possibilité d’agir comme des citoyens, d’abord dans la vie scolaire elle-même, mais aussi dans les projets qu’ils pourraient mener à bien en étant tenus de collaborer entre eux et avec des adultes. Toutes ces activités mises en œuvre dans de nombreux établissements ne devraient pas être un supplément d’âme dépendant du militantisme et de la générosité de quelques adultes. Elles devraient participer de l’éducation scolaire, au même titre que l’enseignement des mathématiques ou de l’histoire. Autrement, il faudra nous résoudre à ce que l’éducation scolaire se réduise à la coexistence plus ou moins pacifique entre des heures de cours et une vie juvénile, elle aussi plus ou moins pacifique. Si l’on en restait là, les futurs citoyens n’auraient appris à n’être que des concurrents dans la compétition scolaire et des consommateurs, dans une vie juvénile vaguement indifférente ou hostile à l’école.

Bien des établissements scolaires déploient ces bonnes pratiques parce que l’équipe enseignante en a décidé ainsi, parce qu’elle a choisi de répondre aux questions que se posent vraiment les élèves et non à celles qu’ils devraient se poser. Des systèmes scolaires, souvent plus efficaces et moins inégalitaires que le nôtre, les mettent en œuvre de manière banale. Ces manières de faire école ne devraient pas dépendre des seules bonnes volontés et des aléas de la composition des équipes éducatives. Elles exigent que chaque établissement ait la possibilité de former des équipes et que la définition du travail enseignant fasse une part à l’éducation et à la vie collective. Bien sûr, ceci n’est pas sans impliquer quelques changements profonds dans notre système scolaire.

François Dubet

[1] Notons au passage que le réflexe consistant à accuser l’école d’être à la fois responsable de nos malheurs et tenue de nous sauver est profondément inscrit dans notre imaginaire social et politique, dans le récit d’une nation forgée par son école. Rien de semblable n’a été observé après les attentats qui ont endeuillé Londres et Madrid.

L'article complet est à retrouver ci-dessous:

Published by christophe - dans Education Laïcité
27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 11:01
Rappelez-vous Monsieur Sarkozy... Un quinquennat contre la laïcité...

A propos de la Loi de 1905 sur la laîcité en France, Nicolas Sarkozy a fait quelques déclarations étonnantes. Il a prétendu que "l'interprêtation de {celle-ci} comme un texte de liberté , de tolérance, de neutralité {était} une reconstruction rétrospective du passé". Il a expliqué que si la laïcité "s'affirme comme une nécessité", c'est seulement parce qu'aujourd'hui, "les citoyens ont des convictions plus diverses qu'autrefois". Il est allé jusqu'à dire que "la laïcité a tenté de couper la France de ses racines chrétiennes" et qu' "elle n'aurait pas dû".

Le Président semble n'avoir pas compris -ou pas voulu comprendre- que les "inventeurs" de la laïcité pensaient que la dignité de l'Homme pouvait être fondée sur le refus d'uns domination politique d'un Dieu personnel et qu'il y avait plus de courage à trouver sur la terre les racines d'un progrès pour moins de malheur qu'à s'en remettre à un au-delà indéfini. S'il avait compris et admis cela, jamais il n'aurait prononcé ces mots: "...la morale laïque risque toujours de s'épuiser quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini". Conseillons au candidat, et à tous, de relire le discours que fit Georges Clémenceau le 30 octobre 1902, publié dans L'Eglise, la République et la Liberté, Stock 1903 p 37-38.

La laïcité protège les pratiques publiques et ne donne gage à AUCUNE d'entre elles.

Or le Président de la République déclare, devant le CRIF, le 13 février 2008: "Je maintiens parce que je le crois profondément, que nos enfants ont le droit de rencontrer, à un moment de leur formation intellectuelle et humaine, des religieux engagés qui les ouvrent à la question spirituelle et à la dimension de Dieu"(1). Jamais aucun gouvernement depuis 1905 n'a interdit une telle rencontre à aucun enfant...

Un an avant, lors du tristement fameux Discours de Latran, Nicolas Sarkozy faisait cette autre déclaration, qui résonne encore aux oreilles des héritiers des Hussards Noirs de la République: "Dans la transmission des valeurs (...) l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance".

Dans la même veine, le Président de la République, garant des lois donc de celle de 1905, eut ces autres propos: "Dieu transcendant est dans la pensée et dans le coeur de chaque homme" ou bien "C'est peut-être dans le religieux que ce qu'il y a d'universel dans les civilisations est le plus fort". Et savez-vous OU furent tenus ces propos? A Riyad, devant le Conseil Consultatif de l'Arabie Saoudite, dont le régime n'est pas celui qui incarne avec éclat les valeurs universelles dont il s'agit.

Et nous conclurons provisoirement en citant cette dernière phrase, issue aussi du Discours de Latran: "Un homme qui croit, c'est un homme qui espère. L'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent". Si j'étais croyant, je m'inquiéterais de cette instrumentalisation de la part du Premier Magistrat de la République.

Alain-Gérard Slama n'a pas tort d'écrire:

"C'est la droite qui a souhaité séparer Dieu de César, pour protéger Dieu, mais elle n'a jamais tout à fait accepté l'idée inverse que cette séparation doit servir à protéger César". La Société d'Indifférences

Résumé des pages 108-112, L'Etat blessé, Jean-Noël Jeanneney Flammarion Paris 2012

1- Imaginez un instant ce que de tels propos ont pu avoir comme écho dans les milieux intégristes et fanatisés, toutes religions confondues!...

Published by christophe - dans Education Laïcité