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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 18:35

Pardonnez la qualité médiocre du son...

Published by christophe - dans Education Une autre école
2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 16:41
Published by christophe - dans RefondationEcole
2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 15:58
Published by christophe - dans Musique
2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 15:39

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Il y a très peu de Sfar de religion juive. La plupart des gens qui portent mon patronyme sont musulmans et viennent de Tunisie. Pour cette raison sans doute, et aussi par la forme de mon visage (olivâtre, pas franc, nez busqué, bouche lippue), mes chauffeurs de taxi croient presque systématiquement que je suis musulman. Depuis vingt ans.

Parfois, lâchement, je laisse croire que je suis musulman, ou je ne précise pas.

Lorsque mon chauffeur est sympathique et ouvert, j'ose raconter que je suis juif. Je précise naturellement que je suis un juif moitié berbère moitié ukrainien, né en France. Car je sais que la conversation va finir par tomber sur Israël et je suis d'ordinaire, courageux mais pas téméraire. Puis si on parle d'Israël je dis invariablement que j'ai de la famille là-bas, et que j'ai peur pour eux, mais que mes compétences ne me permettent pas de trop discuter politique.

Ce qui est certain, c'est que depuis vingt ans, lorsque le chauffeur arbore les signes extérieurs de l'embrigadement religieux, je n'insiste pas sur mes origines. Pardon, je le redis en langage intelligible : quand mon chauffeur est sympa et souriant et vêtu comme moi, c'est à dire blouson ou veste et barbe pas trop longue, je m'autorise à dire que je suis juif. Mais lorsqu'il s'agit d'un chauffeur avec longue barbe, sourcils froncés, calot blanc et stigmates bleus sur le front, je préfère passer pour un musulman comme les autres. Pour voyager sans polémique inutile. Sauf hier.

Et hier je me suis aperçu que j'ai eu tort, pendant vingt ans, de fermer ma gueule.

Hier le chauffeur avait toute la panoplie du religieux : un vêtement blanc, une très longue barbe, et une dégaine vraiment pas commode. Et au bout de deux minutes il m'a expliqué que l'attaque du commissariat du 18e était un coup du Mossad. Et avant que je déglutisse il me racontait également que le Bataclan avait été fomenté par Manuel Valls qui est téléguidé par Israël. Parce que le gouvernement français est gangréné par Israël. Et que c'est un stratagème pour créer un état fort afin de...

-Afin de quoi ?

Merde. Là, il s'est demandé si j'étais un bon Sfar ou pas. J'ai pensé à mon ami Nouri Jarjir qui me dit qu'il ne faut jamais laisser passer une connerie. Nouri et moi sommes de la même obédience : celle qui n'a jamais su faire la différence entre un juif et un arabe. Celle qui pense qu'on a le droit de défendre la Palestine même quand on est juif. Celle qui pense que ça n'est pas parce qu'on est musulman qu'on doit cautionner des meurtres au couteau. Nouri me dit qu'il entend des conneries nuit et jour, dans les deux camps, dans TOUS les camps, provenant de personnes mal informées ou embrigadées. Et Nouri me dit qu'étant donnée la situation, lui, il ne laisse jamais rien passer. Alors dans un œcuménisme digne des films les plus larmoyants de mon (autre) ami Alexandre Arcady, je me dis que si Nouri prend des risques, je dois en prendre aussi.

Je fais un grand sourire, et je demande à mon chauffeur si vraiment il croit un mot de ce qu'il vient de dire. Et là il se produit une chose extraordinaire. Au lieu de développer, il saute du coq à l'âne dans un phénoménal salto de côté façon Nadia Comanecci. Il me dit "Monsieur bien sûr je comprends pas les fous qui font le Jihad, mais parfois, quand je vois certains films, les Israéliens, j'ai envie de prendre les armes et de tous les tuer".

-Quels films ?
-Plein.
-Je ne les ai pas vus.
-Plein. Sur l'ordinateur. Hier encore. Vous avez pas vu ? Il y a un Palestinien, il est déjà blessé, il est attaché dans une pièce, et les juifs, pardon, les Israéliens, ils rentrent à six dans une pièce avec des rangers et ils commencent à lui taper sur la tête avec leurs rangers. Sur la tête vous comprenez. Et ils arrêtent pas de taper tant que le type il est pas mort.
-Monsieur.
-Quoi ?
-Votre film, d'où vous savez qu'il est vrai ?
-Je sais pas.
- Monsieur, je ne m'y connais pas plus que vous. Je suis juif mais je n'ai pas d'informations particulières sur Israël. Mais j'y ai des amis, de la famille. Je vois à peu près qui on envoie à l'armée en Israël. Il y a de tout. Il y a des braves gens et aussi des sales cons, comme dans toutes les armées. Il y a aussi des militaires très jeunes, et qui peuvent faire des choses parfois inexcusables. Mais je ne crois pas que le film dont vous parlez soit vrai. Et je ne crois pas non plus à un gouvernement français qui ferait intentionnellement abattre 130 jeunes français pour instaurer un état militaire afin de... je ne sais pas quoi ? Afin de vider la Syrie de ses réfugiés, de les installer ici ? de créer un grand Israël dans un Proche Orient vitrifié. Vous croyez ce que vous dites ?
-Je sais pas. Moi je sais pas. Je répète juste ce que m'a dit un ami et lui il connaît.
-Il connaît d'où ?
-Il connaît des gens.
-Vous vexez pas, mais j'y crois pas. Monsieur. Pour de vrai, vous y croyez aux conneries que vous venez de me dire ? (je dis tout ça avec un grand sourire et sous le ton de la blague)

Et là un miracle se produit, mon chauffeur se met à rire. Je vous jure que c'est le plus joli rire que j'ai jamais entendu, c'est le rire de quand on se sent con. Et là il me dit une chose très juste.

-Monsieur, y a des morts partout, je me demande juste c'est qui les méchants et ce qu'il faut faire.

Et moi, face à un semblable qui se marre et qui doute, je me sens redevenir humain, et soudain je suis inspiré par une sorte d'espoir christique, je me dis que puisqu'on est tous aussi cons, on va peut être devenir amis, alors je lui réponds ce qu'il est possible de répondre dans ces cas là

-Monsieur, imaginez que les Israéliens veuillent massacrer au fusil TOUS les Palestiniens. Imaginez que DEMAIN, TOUS les Israéliens prennent un fusil et décident de faire un massacre, y aura combien de morts à votre avis ?
Il se marre mais il ne comprend pas où je veux en venir, à vrai dire moi non plus à ce moment, mais bon, je suis ému.

-Monsieur, ça fait quelle taille Israël ?
-Le Grand Israël ?
-Non, celui là existe juste dans la tête d'Alain Soral et de Donald Trump. Le vrai pays du vrai monde, dominé par des juifs et qui s'appelle Israël a la taille des Alpes Maritimes. Et il est par endroit moins large que douze kilomètres. Alors même si ce pays était plein de connards sanguinaires qui fument du crack et décidaient de commettre un bain de sang, ça ne serait jamais le lieu où l'on tue le plus de musulmans sur la planète.
-Je ne comprends pas.
-Je veux vous dire que ni les Israéliens ni les Palestiniens n'ont le pouvoir de changer seuls leur destin. Qu'on le veuille ou non, les arabes et les juifs de là bas se sont trouvés livrés à eux mêmes à la fin de l'empire ottoman, puis à la fin du mandat anglais. Et ils démontrent depuis soixante ans leur incapacité à vivre ensemble, avec les conséquences tragiques que l'on sait. Et sans qu'aucun des pays voisin n'ait le moindre désir que ça change. Car cette situation ne changera que lorsque la région entière le souhaitera. Monsieur, mon sentiment c'est que depuis soixante ans, on a vu des pays arabes dirigés par des dictatures qui ont adoré dire que tous les problèmes du monde étaient soit de la faute d'Israël, soit du Mossad. Vous vous rappelez, il y a trois ans, quand un journal égyptien a raconté que le Mossad téléguidait des requins pour aller manger des égyptiens ?

Là, il se marre.

-Ce que j'essaie de vous dire, c'est qu'on parle d'un petit pays, où c'est vraiment la merde, par manque de confiance et par manque d'espoir, et sans doute par lâcheté politique dans les deux camps, et par haine aussi. Mais la situation Israélienne suffit à vous rendre aveugle au fait que les plus grands bourreaux des musulmans aujourd'hui sont des musulmans ? Vous voyez où on est, avec les chiites et les sunnites ?
-Oui mais attendez, Daech, c'est les Américains !
-Que voulez-vous dire ?
-Daech, c'est pas l'Islam. Ils ont été mis là par les Américains pour...
-C'est encore une info de votre copain ?
-Ha ! ha ! je sais pas mais tout le monde le dit.
-Alors je vais vous dire. Je suis un peu d'accord avec vous. Mais pas comme vous le dites. Si vous me dites qu'il y a un complot américain pour instaurer un califat, je sors de ce taxi tellement c'est con. En revanche oui, l'intervention en Iraq a été de la merde. Et les Américains ont tout cassé là bas et ont laissé les cadres de l'armée de Saddam Hussein dans la nature. Alors oui, si vous laissez ces types là libres de nuire avec des armes et des restes d'autorité, ils vont jamais rendre les armes, et ils vont chercher n'importe quoi pour reprendre du pouvoir. Je suis d'accord avec vous, les créateurs de DAECH n'étaient probablement pas de grands religieux à la base, ça devait être des enfants mutants du baassisme cherchant à se refaire dans une nouvelle idéologie à la mode. Oui, si vous me dites que les interventions occidentales ont précipité le merdier, je suis d'accord.
-Ah, vous voyez, on est d'accord.
-Monsieur, on ne peut pas être d'accord puisque ni vous ni moi on ne sait rien. Je suis juste un couillon dans un taxi et, ne vous vexez pas, mais vous êtes juste le couillon qui conduit le taxi.
-Ha ! Ha ! Ha ! Alors on fait quoi ?
-Mais qu'est ce que vous voulez qu'on fasse ? On est ici, en France, et on n'a pas davantage d'informations que les autres. Simplement, je crois pas que vous mettre en colère derrière internet, ça va amener la paix.
-Je vous jure monsieur, une fois j'en ai eu des Israéliens dans mon taxi, c'était des crèmes, monsieur ! Ils étaient gentils, ils parlaient arabe, ils m'ont dit "nous on veut une Palestine libre et des juifs qui sont copains".
-Je peux pas vous dire. Je suis pas Israélien. Je connais quelques Israéliens. Beaucoup même. Il y en a des géniaux. Et il y a aussi de vrais gros cons. Comme partout quoi. Je ne cherche pas à vous convaincre de quoi que ce soit de politique, je dis juste que vous n'imaginez pas à quel point, dans chaque coin du monde, les citoyens sont faibles et ne peuvent pas grand chose pour infléchir la politique de leur pays. Et vraiment, face à ces deux populations en Israël et en Palestine qui se haïssent parfois si fort, ou qui se craignent; bien malin celui qui sait comment faire baisser les tensions.
-Nous, on n'a pas ces problèmes, monsieur. La vraie merde, c'est qu'avec ces attentats de merde on a plus de clients.
-Je suis désolé pour vous. Car je suis auteur de bandes dessinées. Et si les chauffeurs de taxi n'ont plus d'argent, ils vont plus pouvoir acheter des bandes dessinées à leurs enfants, et moi je vais mourir de faim.
-Ha ! Ha ! Ha ! C'est la faute aux fils de pute de Uber.
-On en parlera une autre fois car je roule aussi parfois en Uber.

Et là il était explosé... de rire. Et j'ai regretté, depuis vingt ans, de n'avoir pas discuté ouvertement avec tous mes chauffeurs de taxi.

A lire

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Published by christophe - dans Littérature Racisme
2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 15:25

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Chers amis...

En raison d'une journée plus chargée que cela était prévu, de problèmes techniques divers et variés désormais résolus et d'une belle angine, le blog reprendra sa route demain...

Si tout va bien... :)))

Amicalement

Christophe

Published by christophe - dans Divers
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 13:35
Published by christophe - dans Musique
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 12:41

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Ecrite en l'An 1740.

Oui mon cher ami, je suis paresseux, et je jouis de ce bien là, en dépit de la fortune qui n'a pu me l'enlever et qui m'a réduit à très peu de chose sur tout le reste : et ce qui est fort plaisant, ce qui prouve combien elle est innocente de tous les blâmes dont on la charge, c'est que je n'aurais rien perdu des autres biens si des gens qu'on appelait sages, à force de me gronder, ne m'avaient pas fait cesser un instant d'être paresseux. Je n'avais qu'à rester comme j'étais, m'en tenir à ce que j'avais et ce que j'avais m'appartiendrait encore : mais ils voulaient, disaient-ils, doubler, tripler, quadrupler mon patrimoine à cause de la commodité du temps, et moitié honte de paraître un sot en ne faisant rien, moitié bêtise d'adolescence et adhérence de petit garçon au conseil de ces gens sensés, dont l'autorité était regardée comme respectable, je les laissai disposer, vendre pour acheter, et ils me menaient comme ils voulaient. Un abbé Maingui surtout, devant Dieu soit son âme, fit taire mon peu d'avidité naturelle, et cet honnête homme, vraiment homme d'honneur, à force de bonté, de soins et d'intérêt pour ce blanc-bec, qu'il appelait le petit garçon de la société, dénatura tant de bribes de mon aveu qu'il ne leur est pas resté miette de nature. Ah ! sainte paresse ! salutaire indolence ! si vous étiez restées mes gouvernantes, je n'aurais pas vraisemblablement écrit tant de néants plus ou moins spirituels, mais j'aurais eu plus de jours heureux que je n'ai eu d'instants supportables. Mon ami, le repos ne vous rend pas plus riche que vous ne l'êtes ; mais il ne vous rend pas plus pauvre : avec lui vous conservez ce que vous n'augmentez pas, encore ne sais-je pas si l'augmentation ne vient pas quelquefois récompenser la vertueuse insensibilité pour la fortune.

M. le marquis de... est arrivé avec Madame. Il est venu ici, je n'y étais pas. Madame a envoyé une carte chez moi pour m'inviter à dîner. J'ai été diner chez eux, je n'ai pu vous mettre sur le tapis ; j'ai promis d'y retourner mardi, vous ferez un article de mon colloque. Le mari part jeudi pour Compiègne ; le prince de... doit le prendre pour voyager avec lui. Je ne lui envie pas sa course. Qu'il me céderait pour rien s'il pouvait, à ce que je pense ; mais il a l'honneur d'appartenir à un prince, il faut qu'il marche ; et moi j'ai la douceur de n'appartenir qu'à moi, et je ne marcherai point.

Rendez mille grâces pour moi à Madame la comtesse de... de l'obligeante mention qu'elle fait quelquefois de moi. Vous êtes bien mieux chez elle qu'on ne sera à l'armée, et le culte que vous rendez à son bon cœur et à sa belle âme, aux grâces de son caractère et à sa raison, est bien plus noble, bien plus libre, plus consolant que ne l'est le service du plus grand des princes. Dites-lui que je me mets à genoux devant son idée, comme devant un image, l'hommage de mon âme n'a jamais appartenu qu'à ce qui lui ressemble, ni mon estime qu'à ceux qui pensent et sentent comme vous. Bonjour, mon ami, je vous embrasse mille fois ; Mlle de... vous embrasse une.

Published by christophe - dans Littérature
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 10:04

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Questions à Nicolas Schaub auteur de Représenter l’Algérie. Images et conquête au xixe siècle, CTHS/INHA, collection « L’Art et l’Essai », 2015.

Vous venez de publier un livre intitulé Représenter l’Algérie. Images et conquête au xixe siècle. Que nous apprennent les cartes sur la conquête française ?

À partir de 1830, l’autorité militaire met en œuvre des méthodes inédites de cartographie pour appréhender l’immense territoire algérien et pour y conduire des opérations de conquête. Des spécialistes – ingénieurs topographes, officiers d’état-major – sont chargés de mener les premières enquêtes. Ils procèdent par tâtonnement, par reculs successifs face à une nature et une résistance résolument implacables. Ils sont contraints à l’observation linéaire, au cheminement progressif, parfois fragmenté, ne rapportant souvent que des renseignements incomplets ou erronés. Ils interprètent et accumulent des connaissances acquises sur le terrain, auprès d’informateurs locaux, dans des conditions de guerre permanente. Leurs modes de représentation – tant textuels que visuels – sont directement liés à des pratiques de contrôle et d’autorité. Car c’est en fonction de ces renseignements que l’autorité militaire assure la surveillance étroite des populations et mène les répressions en divers points du territoire. Mais ces cartes possèdent aussi un immense pouvoir d’évocation dans l’imaginaire des militaires, des scientifiques et des voyageurs. Le savoir cartographique interfère en amont de leurs travaux et expériences menés sur le terrain : il suscite un désir d’exploration, une volonté de défier des espaces incommensurables. De par leur diffusion, de plus en plus large, les cartes de l’Algérie ont sans doute exercé une véritable fascination auprès d’un public placé de part et d’autre de la Méditerranée. Elles sont les objets d’une culture visuelle dont la réception a incité certains spectateurs à s’engager dans l’aventure coloniale.

Quelle dimension apportent les images de cette conquête ?

Ces images répondent à des critères et des styles en usage à cette époque : paysage pittoresque, peinture d’histoire, etc. Elles sont donc avant tout les regards d’occidentaux portés sur un terrain étranger, à l’aide d’outils qui ne conviennent pas forcément à la culture orientale sur place. Les conditions d’élaboration des images orientalistes sont comparables à celles des premières cartes de l’Algérie. Cette fois encore, il y a bricolage, adaptation, recherche permanente au contact du terrain. Accompagnant les militaires, des artistes – comme E. Isabey, H. Vernet, A. Dauzats, H. Philippoteaux, T. Chassériau, etc. – font l’expérience à la fois intense et étrange de parcourir des lieux inconnus, d’approcher une culture différente, d’être les témoins des désastres de la guerre. Au fil de leurs avancées, ceux-là produisent une représentation synthétique du territoire algérien, au moyen de formes et de couleurs, rassemblant plusieurs points de vue et approches. Le plus souvent ils sont happés par les spectacles, ils peinent à tout enregistrer, tout inscrire. Ce sont des subjectivités fascinées par les couleurs et les motifs de l’Orient, en proie à une dérive autonome qui les pousse vers des formes et des perceptions inouïes. Les peintres envisagent cette nature vigoureuse et les lumières du Maghreb comme un vaste laboratoire où peuvent s’inventer de nouvelles pratiques picturales.

Mais, dans le même temps, les pouvoirs politiques et militaires orchestrent une propagande par l’image. C’est-à-dire qu’il y a production, diffusion, puis transmission dans les milieux populaires et bourgeois d’une imagerie de la guerre et des territoires coloniaux, qui participe d’une idéologie justifiant les opérations militaires et le projet d’occupation territoriale. Les images ont ce pouvoir de créer un faisceau de représentations, une aura légendaire de la conquête qui se transmet au fil des générations, à différents moments de la constitution de l’empire colonial français. H. Vernet est sans doute l’artiste le plus efficace dans la construction fantasmatique des formes militaires en Algérie. La démesure de sa Prise de la smala, exposée au Salon de 1845, et éreintée par Baudelaire, traduit visuellement cette saturation de discours porté contre les résistances algériennes.

L’exposition Made in Algeria expose comment le territoire algérien a été construit par les Européens. Quelle place avait les Algériens dans cette vision du territoire ?

Cette question est essentielle dans l’interprétation aussi bien des cartes, des images orientalistes, que des récits de voyage. Nous avions collaboré avec les commissaires d’exposition à ce sujet. On peut voir par certains détails, sur des esquisses exécutées en plein air, ou sur des lithographies, la présence discrète de figures d’Arabes, assis à l’écart des militaires, vêtus de burnous, et plongés dans la contemplation des paysages [voir fig.]. Leur présence est enregistrée et donne aux spectateurs une information sur l’attitude des locaux, sur l’influence de ces subalternes dans la fabrication des paysages algériens. Le travail des dessinateurs se construit à partir des éléments que livrent des informateurs, qui donnent eux-mêmes une certaine vision des territoires parcourus, rusant parfois sur les forces en présence. Un rapport de pouvoir se crée entre dessinateurs et indigènes, pour que s’établissent des connaissances exactes de configurations complexes et mouvantes.

Vincent Hirribaren

Published by christophe - dans Histoire
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 09:40

Eirick Prairat - De la déontologie enseignante.

Deux textes officiels récents posent la question de la déontologie en éducation. Comment échapper au risque potentiel d’une approche normative excessive et à celui bien réel d’un bricolage déontologique individuel à géométrie variable ? Le minimalisme déontologique proposé par Erick Prairat n’ouvrirait-il pas une perspective féconde ?

EXTRAITS

L’instruction de politique disciplinaire n° 2016-071 du 20-4-2016[1], relative aux faits portant atteinte à l'intégrité physique ou morale des mineurs, venant avec la loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires[2], est l’occasion de faire un point d’actualité sur la déontologie en éducation.

L’instruction rappelle pour commencer que « le respect de valeurs d'exemplarité, d'obligations et de règles déontologiques est inhérent à l'exercice de toute fonction publique. Du fait de leurs missions spécifiques de protection des mineurs, les personnels de l'éducation nationale en contact habituel avec des mineurs se doivent d'avoir, en toute circonstance, un comportement irréprochable, tout particulièrement sur le plan des mœurs ». Cette « exigence d’exemplarité » est reprise comme titre de la première partie de l’instruction. Elle « s'impose, en toute circonstance, aux personnels. Tout agissement d'un agent qui porte atteinte à la réputation ou à l'image de l'administration, qui jette le discrédit sur la fonction exercée ou est incompatible avec la nature des fonctions, l'honneur professionnel ou la qualité d'agent public, constitue une faute disciplinaire devant donner lieu à procédure, sans considération de l'existence ou non de poursuites au plan judiciaire même s'il est intervenu dans le cadre de la vie privée. »

Il y a là un très imprtant rappel : le champ de la faute professionnelle ne concerne pas seulement la vie professionnelle de l’agent, mais aussi sa vie privée. On retrouve là, en d’autres termes,  ce qu’au 19e siècle on appelait « bonnes moeurs », héritées des boni mores du droit romain. En matière d’éducation, nous rappelle Danièle Lochak[3], « l'administration peut faire opposition à l'ouverture d'un établissement privé d'enseignement pour des motifs tirés de l'atteinte à l'hygiène ou aux bonnes mœurs (enseignement primaire) ou en se fondant sur l'intérêt des bonnes mœurs ou de la santé des élèves (loi du 15 mars1850 sur l'enseignement secondaire libre) ». Si les atteintes à l’intégrité physique ou morale des mineurs ne font pas de doute quant à leur qualification de « mauvaises mœurs », il n’en va pas de même avec d’autres conduites dans le cadre de la vie privée : Danièle Lochak souligne dans le même article l’« impuissance de la norme juridique à définir le contenu des bonnes mœurs autrement qu'en empruntant à la morale ou au sens commun; impuissance encore de la norme juridique à contenir l'inexorable libéralisation des mœurs dans les sociétés contemporaines dont elle se borne à prendre acte ».

(...)

Le titre 1er de la loi est intitulé, à la romaine, De la déontologie. Il est composé de quatre chapitres. Le premier traite « de la déontologie et de la prévention des conflits d’intérêt », le chapitre 2 « des cumuls d’activité », le chapitre 3 « de la commission de déontologie de la fonction publique », le chapitre 4 « de la déontologie des membres des juridictions administratives et financières ».  Pour trouver une référence au monde éducatif, il faut entrer dans le cœur des articles. Ainsi, l’article 7 évoque la possibilité pour un fonctionnaire d’ « être recruté comme enseignant associé », et indique que « les membres du personnel enseignant, technique ou scientifique des établissements d'enseignement et les personnes pratiquant des activités à caractère artistique peuvent exercer les professions libérales qui découlent de la nature de leurs fonctions

(...)

L’article 2 en découle logiquement : « Le fonctionnaire veille à faire cesser immédiatement ou à prévenir les situations de conflit d'intérêts dans lesquelles il se trouve ou pourrait se trouver.
« Au sens de la présente loi, constitue un conflit d'intérêts toute situation d'interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou paraître influencer l'exercice indépendant, impartial et objectif de ses fonctions
. »

On notera qu’à la différence de l’instruction datée du même jour, la loi évoque « l’exercice de ses fonctions », et ne fait pas référence à la vie privée du fonctionnaire, mais seulement à des « intérêts privés ».

On le voit, les maîtres mots de la déontologie sont dignité, impartialité, intégrité, probité, neutralité, laïcité, égalité de traitement, respect de la liberté de conscience et de la dignité, primauté de l’intérêt général sur tout intérêt privé, exercice indépendant, impartial et objectif de ses fonctions. L’exemplarité, donnée comme valeur cardinale par l’instruction du 20 avril n’apparaît dans la loi qu’au titre 3 : « de l’exemplarité des employeurs publics ». Les mœurs, évoquées par l’instruction, sont absentes de la loi. A travers cette notation, on perçoit combien l’instruction, qui concerne directement les personnels d’éducation, est plus riche, plus exigeante aussi, d’un point de vue déontologique, que la loi[4].

(...)

On est tenté, en lisant les deux textes publiés le 20 avril, de reprendre la feuille de route tracée par Eirick Prairat : face aux « enjeux éthiques et politiques d’une modernité complexe et exigeante», ne faudrait-il pas ouvrir vraiment le chantier de la déontologie en éducation ?

Jean-Pierre Véran, Inspecteur d'Académie honoraire

[1] http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=101295

[2] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000032433852&dateTexte=&categorieLien=id

[3] LE DROIT A L'ÉPREUVE DES BONNES MŒURS, https://www.u-picardie.fr/curapp-revues/root/32/daniele_lochak.pdf_4a07e1ce0a964/daniele_lochak.pdf

[4] « Ce qui caractérise les déontologies modernes est précisément leur refus obstiné de regarder et de prescrire au-delà de la sphère professionnelle » observait déjà Erick Prairat en 2009 (article cité ci-dessous). Au delà de l’intégrité physique et morale des mineurs, il vaudrait mieux sans doute s’abstenir de se référer aux moeurs et à la vie privée.

[5] http://educationdidactique.revues.org/485

Le billet complet est à lire ci-dessous

Published by christophe - dans Education
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 06:42

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Depuis plusieurs années, quelques intellectuels comme Alain Finkielkraut ou des politiques comme Jean-François Copé, bien d'autres encore, s'en prennent en termes très violents à Internet. Pour le premier, "le web est la poubelle de la démocratie" ; pour le second, c'est "un danger pour la démocratie". Pour tous ces procureurs, Internet est un danger. Bien entendu, aucun n'en demande l'nterdiction ! Mieux même, la majorité d'entre ceux-là dispose d'un blog où ils publient de longs articles, dont certains fort intéressants.

Ce procès en rappelle d'autres, d'autres âges... Celui qu'on fit à Gutenberg, "inventeur" de l'imprimerie en occident ; celui qu'on fit aux philosophes des Lumières coupables, forcément coupables, d'oser vouloir rendre accessible la culture au plus grand nombre, entre autres nombreux objectifs dont celui d'inventer rien moins que le débat public. Ces hommes là faisaient peur, déja, aux détenteurs des savoirs. Peur d'en être dépossédés... Peur d'avoir à les partager...

Le procès éternell et récurrent fait à Internet n'a pas de sens. Pas d'autre objectif que celui de voir une nomenklatura, parisienne ou pas, se réapproprier les outils de la diffusion des savoirs. Oh bien entendu, on trouve tout sur Internet. Le meilleur mais aussi le pire. N' est-ce pas AUSSI le cas dans n'importe quelle librairie ? Même de qualité. Aux cotés de joyaux littéraires, on peut sans problême lire des stupidités absolues ! Doit-on exiger la fermeture immédiate de toutes les librairies de France ?

Internet est un outil de plus. Il convient de l'enseigner, de l'apprivoiser, de l'utiliser avec toute la distance critique nécessaire. Cela s'apprend. Cela doit s'apprendre dès l'Ecole. Le procès des Finkielkraut et autre Copé est un combat perdu et inutile. Il pointe les dérives, et seulement les dérives, du net. Il accuse à charges et seulement à charges. Est-ce là une belle image du débat démocratique ? Du débat que tout intellectuel doit avoir d'abord en lui-même afin de ne pas sombrer dans l'inquisition.

Le net, Internet, la toile, le web, appelons le comme on veut, regorge de merveilleuses pépites. Il permet aussi les contre-enquêtes comme celle menée au sujet d'un "fait-divers éducatif" déjà ancien mais signifiant:

Les lycéens qui voulaient changer de profs

Il permet aussi d'appliquer, à condition de maîtriser l'outil, la formule de Kant: "Sapere aude", c'est à dire - merveilleuse injonction! - "Ose penser"! Oser penser afin de toujours éclairer son esprit, éventuellement celui des autres, pour lutter encore et encore contre toutes les formes de tyrannies. Avec cette précaution essentielle consistant à bien se persuader qu'Internet n'est pas une CERTITUDE: "Je vais tout savoir!", mais un DOUTE perpétuel: "Que vais-je savoir?"... "Qu'ai-je ENVIE de savoir?"... "Que PUIS-je savoir?"...

Emmanuel Kant précisera même à plusieurs reprises, notamment dans "La critique de la faculté de Juger", qu'oser penser c'est « penser pour ainsi dire en commun avec d’autres auxquels nous communiquons nos pensées et qui nous communiquent les leurs ». Ne sommes-nous pas en présence de la définition d'Internet, cette "pensée élargie"?

Alors messieurs les procureurs, inquisiteurs, auto-proclamés propriétaires de la "vraie" et seule culture, s'il vous plait, un peu de modestie ! Vous n'êtes possesseurs de rien, de rien d'autre que vos brillantes compétences que nul ne conteste, que vous savez pourtant partager vous aussi sur le net. Que vous DEVEZ partager ! Le procès en sorcellerie, les anathèmes que vous lancez sur les plateaux de télévision ou dans la presse quotidienne ne font qu'alimenter...la toile ! Et vous en êtes en général fort satisfaits ! Cela augmente vos chiffres de vente...

Je vous lance donc ce défi : supprimez vos blogs! N'intervenez plus sur AUCUN site Internet ! Exigez l'interdiction de toutes vos publications sur la toile !

J'attends...

Christophe Chartreux

Published by christophe - dans Education Philosophie