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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 16:10

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Published by christophe - dans Musique
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 15:56

« Pierre observe Victoire. Il réalise que cette femme si élégante qui, d'une certaine manière régit leurs vies, est à la merci des mains de sa femme. Comme une enfant, chaque matin, elle a besoin d'elle pour se vêtir. Leurs existences à tous sont finalement étrangement imbriquées, c'est ce qu'il comprend tandis qu'elle jette un deuxième corset dans un grand éclat de rire. Ils sont tous dépendants les uns des autres, chacun à sa manière, liés aux us et coutumes, liés à leur rang social. »

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Published by christophe - dans Littérature
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 15:36

Tout commence à l'école primaire, la pédagogie aussi ! De la maternelle au CM2, voici plein d'idées pour faire classe autrement, coopérer, tweeter, lire, apprendre avec le numérique, innover.

Vers une pédagogie de la lecture...

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Mieux apprendre avec la coopération...

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Dossier coordonné par Armelle Legars et Ostiane Mathon

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Jean-Michel Zakhartchouk - CANOPE, Editions Eclairer

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Tout commence en maternelle

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Published by christophe - dans Pedagogie Primaire
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 15:11

La consultation du ministère de l’Education Nationale sur les projets de programmes d’enseignement moral et civique, qui s'est déroulée en janvier 2015, souligne la "large adhésion" des enseignants à l'EMC, mais aussi leurs "doutes" et "inquiétudes".

Lancée le 5 janvier, deux jours avant l’attentat contre Charlie Hebdo, la consultation du ministère de l’Education Nationale sur les projets de programmes d’enseignement moral et civique (EMC), avait pour but de “recueillir les réactions et les suggestions de la communauté pédagogique et éducative”.

“Ces projets visent une appropriation libre et éclairée des principes qui fondent la République et la démocratie. Ce nouvel enseignement a pour objectif la transmission d’un socle de valeurs communes : la dignité, la liberté, l’égalité entre les femmes et les hommes, la solidarité, la laïcité … Il est aussi fondé sur une école bienveillante et exigeante qui favorise l’estime de soi, le développement du sens moral et de l’esprit critique”, écrit le ministère sur Eduscol.

Disponible sur ce portail, la synthèse de la consultation, élaborée par la DGESCO (direction générale de l’enseignement scolaire) et transmise au Conseil supérieur des programmes, met en évidence “une réelle adhésion des enseignants au principe, à l’esprit et aux ambitions du projet d’enseignement moral et civique”.

Des programmes autour des normes et des valeurs de la République

Pour rappel, le projet de programmes d’enseignement moral et civique pour les cycles 2, 3 et 4  prévoit de mettre l’accent sur la transmission des valeurs et des normes de la Constitution et de la Déclaration des droits de l’homme, à travers quatre “cultures” : la sensibilité (soi et les autres), la règle et le droit (“des principes pour vivre avec les autres”), le jugement (“penser par soi-même et avec les autres”) et l’engagement (“agir individuellement et collectivement”).

De son côté, le projet de programme d’EMC pour le lycée propose une progression pédagogique offrant à chaque niveau une logique directrice : “la personne et l’Etat de droit” et “égalité et discrimination” en classe de seconde ; “exercer sa citoyenneté dans la République française et l’Union européenne” et “les enjeux moraux et civiques de la société de l’information” en première ; “pluralisme des croyances et laïcité” et “biologie, éthique, société et environnement” en terminale.

Au lycée, quatre types de compétences sont évalués : “identifier les valeurs éthiques et les principes civiques en jeu”, “mobiliser les connaissances exigibles”, “développer l’expression personnelle, l’argumentation et le sens critique”, et “s’impliquer dans le travail en équipe.”

Une “large adhésion” des enseignants à l’EMC

Lors de la consultation, qui s’est déroulée du 5 au 30 janvier dans les différentes académies de France, les personnels d’enseignement et d’éducation ont souligné leur “large adhésion” à l’existence et au fondement de “ce nouvel enseignement, qui réaffirme les valeurs républicaines et humanistes, et conforte une mission essentielle de l’École à cet égard.”

Pour les enseignants, “le projet d’EMC apparaît clair, lisible et structuré”. La dimension transversale des projets de programmes est selon eux “propice à la démarche de projet”, quand ils considèrent que les modalités de mise en oeuvre préconisées “favorisent leur liberté pédagogique”. Selon le ministère, “l’enseignement moral et civique constitue une opportunité pour faire évoluer les pratiques pédagogiques et éducatives.”

Fabien Soyez

La suite et la fin de cet article sont

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Published by christophe - dans Education Civisme
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 15:06

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Published by christophe - dans Education Economie
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 14:41

C'est une piste de réflexion tracée par la dernière étude de l'OCDE sur les inégalités scolaires.

Dans la nouvelle étude très commentée de l’OCDE, sur les inégalités filles-garçons à l’école, on constate une fois de plus le décalage entre les enfants en fonction de leur sexe: les filles une fois arrivées à dans les études supérieures, sont «sous-représentées» dans les domaines des sciences : mathématiques, sciences physiques, informatique. En 2012, seules 14 % des jeunes femmes sont inscrites dans ces cursus. Et l’étude précise bien, au cas où il faudrait encore le rappeler, qu’il ne s’agit pas de «différences d’aptitudes innées».

Il y a plusieurs pistes pour appréhender ce décalage qui se forge au fur et à mesure de la scolarité. L’une des plus intéressantes, explorée par l’étude de l’OCDE, est celle qui suggère que les filles sont trop scolaires.

L’étude de l’OCDE s’appuie sur la grande enquête PISA publiée en décembre 2013, réalisée sur 65 pays. Elle nous apprend notamment que parmi les adolescents de 15 ans, les filles sont en général plus tournées vers les loisirs de type scolaire, au contraire des garçons:

  • Les garçons sont plus susceptibles que les filles de jouer aux jeux vidéo.
  • Les garçons sont plus susceptibles que les filles de passer du temps sur des ordinateurs et Internet.
  • Les garçons sont moins susceptibles que les filles de lire par plaisir en dehors de l’école.

  • Les garçons sont moins susceptibles que les filles de prendre plaisir à des activités en rapport avec la lecture.
  • Les garçons sont plus susceptibles que les filles de jouer aux échecs et de faire de la programmation informatique.
  • Les garçons sont moins susceptibles que les filles de faire leurs devoirs.
  • Les garçons sont plus susceptibles que les filles d’avoir des attitudes négatives à l’égard de 
l’école.
  • Les garçons sont plus susceptibles que les filles d’arriver en retard à l’école.
  • Les garçons sont moins susceptibles que les filles de faire leur travail scolaire par motivation intrinsèque.

D’après l’OCDE toujours:

«Ces activités non scolaires sont peut-être une des raisons pour lesquelles les garçons et les filles auraient des niveaux différents de compétence en mathématiques».

L’étude explique en effet que ce rapport aux loisirs induit un type d’apprentissage différent et/ou un usage différent de cet apprentissage.

Les filles sont moins susceptibles que les garçons «de jouer aux échecs, de faire de la programmation informatique, de participer à des compétitions de mathématiques ou de participer à des activités extrascolaires en rapport avec les mathématiques», toutes activités qui n’apparaissent pas directement comme scolaires car il ne s’agit pas de faire ses devoirs, de compléter des apprentissages concrètement utiles de manière immédiate pour la classe. Ces loisirs-là, sont pourtant extrêmement utiles; ils «stimulent la pensée logique et peuvent s’avérer un moyen amusant d’utiliser ses compétences et capacités en mathématiques dans des situations ludiques.»

La suite et la fin de ce article de la toujours excellente Louise Tourret sont

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Published by christophe - dans Education
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 14:17
Depuis quatre ans, Mathilde Levesque est professeure de français dans un lycée de Seine-Saint-Denis et elle aime ça. Elle vient de publier chez First Editions LOL est aussi un palindrome, un ouvrage qui rassemble les plus brillantes réparties de ses élèves. 

Au départ, Mathilde Levesque n'était pas vraiment destinée à devenir professeure dans un lycée de Seine-Saint Denis. Spécialiste de la stylistique du 17e siècle, cette agrégée de Lettres modernes, docteur en langue et littérature française, pensait plutôt faire carrière à l'université, entre enseignement et recherche. Mais l'université ne recrute pas beaucoup... 

Parce qu'il faut bien travailler, il y a quatre ans elle accepte donc un poste de professeur de français dans un lycée. Une révélation. Mathilde Levesque tombe "sous le charme" de ses élèves. Au point de leur rendre hommage avec un livre, LOL est aussi un palindrome, paru le 22 janvier chez First Editions. Un petit recueil de 160 pages dans lequel elle relate le meilleur de trois ans d'échanges plein d'humour et d'esprit avec ses élèves du lycée Voillaume d'Aulnay-sous-Bois. 

Sandrine Chesnel

Pourquoi ce livre?

Au début, je voulais juste garder une trace des échanges en classe qui m'avaient fait rire. Au fil de ces trois années, je me suis donc constitué un petit recueil de citations de mes élèves. C'est mon éditrice, ancienne camarade de classe, qui m'a proposé d'en faire un livre. Je me suis dit que c'était une bonne occasion de montrer que des élèves du 93 peuvent être aussi malins et intelligents que d'autres issus d'établissements plus favorisés. 

Bien sûr, avant de publier le livre, je me suis assurée que mes élèves, des lycéens et des élèves de BTS, étaient d'accord pour que leurs propos soient reproduits. J'ai expliqué qu'il ne s'agissait pas de se moquer d'eux ou de faire "Les perles du bac", mais au contraire de valoriser leurs répliques les plus brillantes. Ils ont tous dit 'oui'. 

Savoir manier l'humour, c'est important quand on est professeur?

Je ne prétends pas avoir trouvé la formule magique. Comme tous les professeurs, je connais aussi parfois des moments moins faciles. Je ne suis pas un "Bisounours". 

Mais, l'humour est trés pratique pour désamorcer les conflits avec les élèves. C'est aussi efficace pour capter leur attention. Quand je leur fais un cours sur le poème de Ronsard "Quand vous serez bien vieille...", si je me mets à imiter la vieille, ils accrochent beaucoup plus facilement! Mais si ça fonctionne, c'est aussi parce que mes élèves ont déjà une certaine maturité - avec des collégiens, ce serait peut-être moins évident. 

Votre enthousiasme tranche avec les nombreux récits de professeurs désarmés face à des élèves qui n'ont pas voulu respecter l'hommage aux victimes des attentats... Seriez-vous une heureuse exception?

Pas du tout. Je crois surtout que les médias parlent plus volontiers de ce qui ne va pas! La majorité des professeurs aiment leurs élèves et leurs métiers et beaucoup utilisent l'humour en classe comme je le fais. Car pratiquer l'ironie ou l'autodérision avec les élèves, c'est leur enseigner comment ils peuvent prendre de la distance avec ce qu'ils entendent, ce qu'ils voient, ce qu'ils lisent... C'est finalement être capable de rire de tout, y compris de Ronsard et de Corneille! Une compétence essentielle. Quand ils quitteront le lycée, la plupart de mes élèves n'auront plus à faire des commentaires de texte; mais cette capacité à prendre du recul, que nous avons développée ensemble, elle leur servira toute leur vie. 

Sandrine Chesnel

Sandrine Chesnel

Sandrine Chesnel

Sandrine Chesnel

http://www.lexpress.fr/education/lol-est-aussi-un-palindrome-quand-une-professeure-met-ses-eleves-a-l-honneur_1647862.html

                                          _________________________________

Note du webmaster:

Moi qui déteste que l'on fasse rire DES élèves (notamment sur les réseaux sociaux lorsque sont reproduites des copies, reproductions destinées à être moquées), j'ai adoré rire AVEC ces élèves-là et avec cette collègue. Chaque dialogue "respire" la complicité bienveillante sans que jamais l'autorité de professeur soit mise en doute.

Bravo chère collègue!

Christophe Chartreux

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Published by christophe - dans Pédagogie Humour
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 08:11

Pas un jour, depuis les attentats de janvier, sans que des voix s’élèvent, chez les politiques, les intellectuels ou dans la presse, pour dire l’importance de l’apprentissage du « vivre ensemble » à l’École… Certains ajoutent, fort justement, que l’École ne pourra, en aucun cas, reconstituer, à elle seule, le lien social si, dans le même temps, un travail de fond n’est pas engagé par l’ensemble de la société en matière de politique de la ville, de priorité d’accès à la formation continue pour ceux et celles qui sont les plus éloignés de l’emploi, de lutte contre toutes les formes de ségrégation aussi bien sur le plan territorial, social que culturel… D’autres – trop peu nombreux à mon goût – soulignent aussi que la responsabilité de l’institution scolaire elle-même est engagée et que l’injonction moralisatrice au « vivre ensemble » doit s’articuler à une politique volontariste de mixité sociale, intégrant les établissements privés et publics, limitant, par des mesures fortes en matière de dotation aux établissements et de carte scolaire, toutes les formes de regroupements claniques, subis ou voulus, qu’ils soient fondés sur la complicité culturelle ou le niveau de revenus. Et c’est évidemment là une responsabilité essentielle pour une institution qui se veut, à la fois, publique et laïque dans un État qui n’interdit pas les communautés affinitaires mais n’a pas à les financer. La tâche est donc immense et nécessite bien, pour le coup, une « refondation » authentique de la politique scolaire… qui, malheureusement, tarde à venir ! Pour autant, cela ne doit pas nous empêcher – tout au contraire – de travailler inlassablement, au sein de l’École, à l’élaboration d’outils pédagogiques qui permettent, avec des élèves dont l’hétérogénéité devra être assumée comme une richesse, de construire de véritables « collectifs », capables non seulement de « vivre ensemble », mais de « faire ensemble société ». (1)

Du « vivre ensemble » au « faire ensemble »

Disons le clairement : on peut parfaitement « vivre ensemble » indifférents les uns aux autres, résignés à une juxtaposition subie, en n’ayant en commun que l’individualisme nécessaire pour tolérer l’autre tant qu’il ne conteste pas le principe du « chacun pour soi ». On peut très bien « vivre ensemble » sous l’emprise d’un gourou qui contient par la force d’une identification fusionnelle toute velléité d’individuation et, a fortiori, d’émancipation. On peut tout à fait « vivre ensemble » sous l’autorité d’un despote dont le pouvoir des menaces anesthésie toute tentative de résistance. On peut aussi « vivre ensemble » lobotomisés par la machinerie publicitaire, enrôlés dans la « société du contrôle » dont parlait Gilles Deleuze, les yeux rivés à des écrans qui ne nous renvoient que notre propre image, figés dans la sidération narcissique, sans jamais prendre le temps de rencontrer réellement les autres ni de se coltiner avec eux à l’élaboration d’un projet commun.

J’avais étudié, à ce sujet, il y a une quinzaine d’années, un phénomène que j’avais baptisé « l’effet jokari », du nom de ce jouet, un peu désuet, où une balle est attachée à un plot de bois par un élastique et revient donc systématiquement à celui qui l’a envoyée, avec une force proportionnelle au coup de raquette qu’elle a reçue. Je désignais ainsi les comportements claniques d’un certain nombre de jeunes, « attachés », en quelque sorte, à un groupe qui leur offre une identité et une protection, et qui ne parviennent pas à s’en éloigner, ni pour des raisons affectives, ni pour des raisons professionnelles, ni, évidemment, pour exprimer le moindre désaccord avec la position dominante incarnée par « le chef ». Toute tentative dans ce sens est, en effet, perçue comme une incartade insupportable et immédiatement suivie d’un vigoureux rappel à l’ordre, quand ce n’est pas d’une punition sévère. Le simple fait de se déplacer seul pour se rendre dans un Mission locale, chez un possible employeur ou à un rendez-vous amoureux est vécu, dans ce cas, comme une trahison et sanctionné par l’injonction immédiate d’un surcroit d’obéissance mimétique… Et ce fonctionnement groupal n’a évidemment pas disparu, bien au contraire. Il est une des composantes de cette radicalisation dont tout le monde s’inquiète aujourd’hui et que chacun cherche à comprendre. Il est le corollaire de l’exclusion dont sont victimes une partie des jeunes et la conséquence de leur recherche éperdue d’une protection que les institutions de la République ne leur offrent plus. Il est une manière de fabriquer, dans des enclaves plus ou moins clandestines, un « vivre ensemble » particulièrement préoccupant. Un « vivre ensemble » qui est un vaccin efficace contre la solitude des exclus, mais un vaccin aux effets mortifères sur les valeurs fondatrices de notre République, un vaccin qui détruit lentement mais surement les anticorps nécessaires à toute démocratie, ceux-là même que Kant évoquait en définissant « Les Lumières » : « Sapere aude »… « Ose penser par toi-même. »

C’est pourquoi il faut préférer le « faire ensemble » au « vivre ensemble » et, mieux encore, la « construction du collectif » à la juxtaposition des individus, fût-elle « pacifiée » par nos machineries technocratiques… le plus souvent, d’ailleurs, en ayant été auparavant minutieusement « passifiée » par un conditionnement psychique redoutable ! Car un groupe humain, pour faire une place à chacun et lui permettre de se tenir debout, pour promouvoir chaque membre et lui donner les moyens de s’engager avec d’autres dans la construction d’un avenir commun, suppose bien autre chose que la « passification », même obtenue, à grand frais, par le déploiement d’un arsenal de signalements et de sanctions. Cela suppose de donner à chacune et à chacun la possibilité d’adhérer à un projet collectif tout en construisant librement sa propre identité.

Des collectifs qui donnent à chacun une place et un projet à tous

Que faut-il, en effet, pour faire exister un véritable collectif ? Il faut conjuguer, grâce à des « institutions » (2), le droit à la ressemblance et le droit à la différence. Il faut que les personnes se reconnaissent, pour une part, comme « semblables », tout en se respectant, par ailleurs, dans leur « altérité ». Il faut qu’elles partagent un projet commun et que chacune et chacun aient, dans ce projet, un rôle, une responsabilité qui permettent ensemble au projet d’aboutir…

Mais attention ! Le projet commun n’est nullement un préalable à la définition du rôle de chacun, comme on le croit trop souvent. L’adhésion à ce projet, en effet, est même souvent problématique dès lors que chacune et chacun ne voit pas la place qu’il pourrait y avoir et la contribution qu’il pourrait y apporter. En réalité, la définition du projet et celle des rôles que peuvent endosser tous les participants entretiennent un rapport dialectique : c’est parce que chacun entrevoit comment il va s’impliquer dans le projet que ce projet prend corps sous ses yeux et qu’il peut y adhérer… et c’est au fur et à mesure que ce projet est précisé, inscrit dans l’espace et dans le temps, avec des perspectives concrètes et saisissables, qu’il permet à chacun de se demander comment il pourra s’y inscrire au mieux. Les personnes définissent le projet en cherchant, tout à la fois, ce qui les réunit et ce qui les spécifie. Et le projet permet aux personnes de mieux comprendre comment chacune d’entre elles peut contribuer concrètement à la construction du collectif. C’est dans l’interaction permanente entre « ce qu’on pourrait faire ensemble » et « ce que chacun veut faire », c’est dans les ajustements et redéploiements que cette interaction impose, que se construit, souvent laborieusement mais de manière féconde, un avenir du commun qui promeut les singularités.

Des collectifs qui permettent de faire l’expérience de la solidarité et de l’autorité légitime

Ainsi, dans un travail qu’il faut bien appeler pédagogique – et auquel il faudra bien, un jour ou l’autre, se décider à former les futurs enseignants – s’élabore du collectif. Du collectif qui « tient debout » parce qu’il sait où il va et qu’il fabrique de l’inclusion et non de l’exclusion. Du collectif qui configure une architecture grâce à laquelle « les êtres ne tombent pas les uns sur les autres », en des alternances d’amour et de haine, de réconciliations faciles – toujours sur le dos de boucs émissaires – et de règlements de compte internes – pour s’assurer du pouvoir sur les autres. Du collectif où l’on fait l’expérience, tout à la fois, de la solidarité et de l’autorité : solidarité nécessaire pour que ce qui s’est construit ensemble se réalise au mieux… autorité pour que chacun et chacune, dans son rôle et « en tant qu’il est responsable d’une tâche précise », puisse contribuer à ce que le projet soit mené à bien.

Car la véritable autorité – celle que nous devons apprendre et faire respecter aux élèves –, c’est bien celle qui s’exerce « en tant que… ». « En tant qu’il est responsable du bocal à poissons rouges, un élève de quatre ans peut avoir autorité sur ses camarades et leur interdire légitimement d’en polluer l’eau », expliquent les praticiens de la « pédagogie institutionnelle ». Et, en tant qu’il est chargé de présider une séance ou un débat, un élève de collège a autorité sur la distribution de la parole dans le groupe. Comme, en tant qu’il est chargé de la comptabilité de la « micro-entreprise », un élève de lycée professionnel a autorité pour organiser la recherche des financements et vérifier l’équilibre des comptes… On pourrait multiplier les exemples de responsabilités qui contribuent ainsi à la construction d’un collectif, de la plus banale – la responsabilité d’expliquer à un camarade quelque chose qu’il n’a pas compris – à la plus exotique – celle de composer, par exemple, la musique d’une vidéo illustrant le surgissement du plissement alpin ! Car il existe une multitude de tâches, de fonctions et de rôles qui, dans toute démarche pédagogique, permettent de faire l’apprentissage de la véritable autorité, celle qui fonde notre démocratie : l’autorité de la responsabilité et du service rendu au collectif, l’autorité qui donne à chacune et à chacun la certitude qu’il a bien une place… et que, dans ces conditions, il n’a pas besoin de prendre toute la place – en détruisant la possibilité même du collectif – pour montrer simplement qu’il existe !

On nous demande aujourd’hui – fort justement – de lutter contre toutes les formes d’emprise et de nous mobiliser pour les « valeurs de la République ». Mais, on n’y parviendra pas par de simples « rappels à l’autorité des enseignants » ! On y parviendra peut-être, en revanche, en travaillant, partout dans l’École, à la construction de collectifs où se réfléchit et se met en œuvre une conception démocratique de l’autorité fondée sur la responsabilité assumée.

Construire du collectif « à tous les étages » de l’institution scolaire

Ne boudons pas notre plaisir ! Même si cette préconisation est un peu « perdue » dans un ensemble assez hétéroclite, nous trouvons dans le plan paru récemment et intitulé « Tous mobilisés pour vaincre le décrochage scolaire », une mesure (la mesure 4 de l’axe 2, « Faire le choix de la prévention ») qui ouvre quelques perspectives : on nous demande, en effet, de favoriser « l’entraide et le travail collaboratif entre élèves » : « habituer les élèves à travailler en binômes ou en petits groupes, nous explique-t-on, permet de stimuler l’entraide et le soutien entre élèves tout au long de leur scolarité. Un temps d’entraide et de travail hebdomadaire sera développé afin d’encourager le soutien mutuel entre élèves. Le travail en petits groupes autour d’un projet commun sera favorisé, en particulier au collège, afin de développer l’esprit collectif. » (3)

Chiche ! Inscrivons donc concrètement ces propositions dans tous les projets d’établissements d’ici la fin de l’année scolaire afin qu’elles soient opérationnelles partout dès la prochaine rentrée ! Nous serons nombreux à nous réjouir et à jouer le jeu !

Mais, sans doute, doit-on aller encore plus loin en considérant « la construction du collectif » comme un objectif fondateur et structurant « à tous les étages » de l’institution scolaire. L’entraide entre élèves est, effectivement, une priorité absolue : ressource pédagogique essentielle longtemps sacrifiée au mythe de la classe homogène où « tout le monde fait la même chose en même temps », elle doit revenir aujourd’hui au premier plan, dans la classe comme entre les classes. Elle doit être institutionnalisée de la maternelle à l’université, car elle est l’expression de la solidarité en actes, représente souvent un moyen de contourner des blocages affectifs ou cognitifs et profite, évidemment, tout autant au moniteur qu’au « monitoré »… Et puis, dans la classe, sur des apprentissages précis, il faut aussi développer de véritables « groupes d’apprentissage » : pas simplement des mises en groupes « sauvages » où l’on propose aux élèves de se regrouper par trois ou quatre pour rédiger un texte ou résoudre un problème – avec la quasi certitude que, très vite, la répartition se fera « naturellement » en concepteurs, exécutants et chômeurs – , mais des groupes de travail où l’on s’assure de l’apport de chacun, où le mode de fonctionnement impose la mise en commun et où une évaluation rigoureuse garantit que toutes et tous se sont bien appropriés les savoirs en jeu… (4) Il faut aussi, bien évidemment, développer la « démarche de projet » telle qu’elle a été formalisée depuis l’Éducation nouvelle : avec de vrais projets mobilisateurs, des « institutions » pour les expliciter, les organiser, les mettre en œuvre et les réguler ; avec aussi une attention toute particulière à la nécessaire rotation progressive des tâches pour que les plus compétents ne se voient pas attribuées systématiquement les places les plus gratifiantes, tandis que les moins mobilisés seraient progressivement marginalisés, voire exclus… Et puis, bien sûr, il faut qu’au sein de l’école, du collège et du lycée – et même à l’université ! – nous construisions de véritables « collectifs apprenants », à taille humaine, avec des élèves encadrés par des équipes cohérentes où les enseignants travaillent ensemble, incarnent l’institution et ses exigences, de manière visible et solidaire, aux yeux des élèves et des parents, proposent des activités adaptées aux besoins qui émergent tout en assurant un suivi personnel solide. Le travail effectué, dans ce sens, par les « micro-lycées » et les « micro-collèges » est souvent remarquable et il n’y a aucune raison qu’il soit réservé aux « décrochés » ! Au sein de chaque établissement, nous devrions pouvoir proposer de réunir les élèves en de telles « unités pédagogiques fonctionnelles » et briser ainsi aussi bien la juxtaposition des indifférences, la concurrence brutale entre les personnes que la « clanification » systématique du public scolaire.

Philippe Meirieu

NOTES

(1)       Cette contribution s’inscrit évidemment dans le prolongement du dossier du CAFE PEDAGOGIQUE : « Ségrégation ou école de la fraternité » qui, lui-même, doit donner lieu à une journée de travail à Paris le 21 mars 2015. Inscription : http://www.cafepeda.net/Colloque2015.html

(2)       J’emploie, évidemment, ce terme d’ « institution » dans le sens que lui donnent les théoriciens et promoteurs de la « pédagogie institutionnelle ».

(3)       Cf. « Tous mobilisés pour vaincre le décrochage scolaire », sur le site du Ministère de l’Éducation nationale.

(4)       Je me permets de renvoyer ici à mon ouvrage Apprendre en groupe ? tome 2 – Outils pour apprendre en groupe, Lyon, Chronique sociale, nouvelle édition 2005

(5)       Cf. http://www.meirieu.com/ECHANGES/heure_vie_de_classe.pdf

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Published by christophe - dans Pedagogie
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 08:00

Habillement - Réforme - Voie professionnelle

Aujourd’hui, on s’interroge beaucoup sur la façon de s’habiller pour aller en cours. On parle aussi de la réforme du collège et de la voie professionnelle.

Habillement

Comment s’habiller pour aller en cours ? Une question qui agite l’infosphère ces jours-ci.
Les parents d’élèves d’un collège de Toulouse ont décidé : ce sera la blouse (à lire dans 20Minutes). " Objectif pour la principale : « obtenir un léger lissage en termes de différences sociales » car selon elle 17% de ses élèves, issus de milieux sociaux difficiles, doivent faire face au quotidien à une pression des marques." Les élèves vont s’emparer du sujet et en mai et " Le fruit de leur réflexion pourrait être soumis au prochain conseil d’administration de l’établissement.".

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Le dessin de Geneviève Brassaud

Apparemment certains Français regrettent effectivement une certaine éducation à l’ancienne : " Bonnet d’âne sur la tête, un élève en blouse se retrouve au piquet, le dos tourné à la classe. C’est l’image, en noir et blanc, de l’école en France dans les années 1950 et 1960. Une époque révolue, mais que certains semblent regretter." L’article de FranceTVInfo revient pourtant sur des principes d’éducation qu’on peut définitivement laisser au placard : les châtiments corporels, les humiliations devant la classe, l’absence de dialogue. Il y a aussi la blouse et les cours de morale, mais là, on assiste à un retour, notamment des cours de morale. Remarquons quand même qu’ils ne se différencient pas vraiment de ce qui se fait déjà en éducation civique. Mais l’Education nationale a le don d’annoncer des nouveautés qui n’en sont pas, comme l’enseignement des religions qui se fait déjà aussi en histoire.

A l’université, c’est le port du voile qui fait parler. L’Express est allé recueillir des témoignages d’étudiantes à Cergy-Pontoise : " elle a beau chercher, Zaineb, elle ne voit pas au nom de quelles valeurs de la République il lui faudrait se découvrir la tête quand elle arrive à l’université : "Je n’empiète sur la liberté de personne. Je ne manque de respect à personne. Et je ne suis pas moins française parce que je suis voilée." Le président de l’université rappelle que l’Université accueille de jeunes adultes et n’a pas les mêmes objectifs que l’enseignement secondaire. " L’une des missions du primaire et du secondaire, explique François Germinet, c’est de transmettre les valeurs de la République et d’éduquer les futurs citoyens. D’où l’interdication des signes religieux ostentatoires. A l’université, nous ne sommes plus dans l’éducation des enfants, mais dans l’accompagnement de jeunes adultes. De jeunes adultes qui viennent ici librement pour construire leur projet personnel et professionnel. Et donc je ne vois pas comment on pourrait aider une personne à se construire en lui imposant une manière de s’habiller..."

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Le dessin de JiMo
 
Réforme
 
Pour Les Echos, la réforme du collège est un test pour Najat Vallaud-Belkacem. C’est la première grosse réforme pour la ministre, réforme qui implique énormément de tensions. " D’abord, parce que les syndicats qui soutiennent les enseignements transdisciplinaires ne sont pas majoritaires. Ensuite, parce que la réforme ravive des conceptions de l’école radicalement différentes." Les points de tension : le socle commun de compétence, l’autonomie des établissements (tous les élèves de France n’auraient pas les mêmes enseignements), etc. Le journaliste estime que la ministre devra faire passer la réforme en force et s’interroge sur le soutien de Matignon.

Un autre article des Echos fait le tour des organisations syndicales et de leurs positions face à ce qu’on sait déjà de la réforme. " L’interdisciplinarité convient bien au SGEN-CFDT ou au SE-Unsa. Ceux qui se présentent comme « réformistes » partagent l’idée du ministère de permettre aux élèves d’apprendre différemment." . " Cette philosophie transdisciplinaire « gêne » en revanche Jean-Rémi Girard, du SNALC-FGAF. « Nous sommes attachés à un enseignement disciplinaire, confie-t-il." " Le SNES-FSU, principal syndicat du second degré, tonne aussi contre ce qu’il interprète comme une « diminution des horaires disciplinaires ». « C’est l’alarme » sur la réforme du collège, traduit le SNES-FSU de Lille dans un tweet." Il est donc urgent d’attendre les annonces officielles.

C’est le parcours citoyen qui fait réagir un professeur d’histoire, Bernard Girard, sur son blog hébergé par Rue89NouvelObs. Un billet très critique sur l’obligation de l’école de participer à l’éducation à la défense. " Conséquence de la disparition du service militaire, c’est aux enseignants que revient dorénavant la charge « de former les jeunes aux principes de notre défense (…) de les préparer à leur devoir de défense. »" Il regrette la contradiction avec d’autres missions " « la culture du jugement », « la réflexion critique » ou encore « l’argumentation », dont l’importance est pourtant affirmée par le Conseil supérieur des programmes (CSP) dans son projet d’enseignement moral et civique annoncé pour la rentrée 2015. Car dans son principe, éduquer à la défense conduit à imposer à tout un public, captif par nature, des représentations personnelles, des analyses partisanes et politiques que le cadre impératif des programmes et des examens officiels interdit de remettre en cause. Dans un domaine – la guerre et la paix – où tout questionnement serait au contraire non seulement bénéfique mais parfaitement légitime, une prescription administrative tient lieu de morale d’Etat.".
Sur le sujet on peut aussi lire ou relire l’interview de Laurent Fillion pour le blog Ecole de demain.
Et la synthèse de la consultation sur les programmes d’enseignement moral et laïc est parue.

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Le dessin de JiMo

Voie professionnelle

La recherche se penche sur la voie professionnelle et l’apprentissage : " Pourtant largement dénigrée, la voie professionnelle en France fait l’objet de toutes les attentions. Le ministère souhaite développer l’apprentissage, les régions souhaitent avoir plus de prérogatives en ce qui concerne la formation professionnelle (initiale et continue), elles sont d’ailleurs reconnues comme l’échelon pertinent pour ce faire." A lire sur Eduveille.
Le Figaro, quant à lui, signale que l’apprentissage peine à rebondir en France. On note une baisse de 3,2% des contrats en 2014. La faute à une politique erratique ? " Il est vrai qu’en matière d’apprentissage, les entreprises ont été soumises au jeu des montagnes russes ces derniers mois. En 2013, on leur rabote 500 millions d’aides à l’embauche ; l’année suivante, on crée un nouveau régime d’aide. "

Actualité

Communiqué de presse de l’Elysée.
"Geneviève FIORASO, secrétaire d’Etat chargée de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a présenté sa démission pour raisons de santé."

Géraldine Duboz, avec l’aide des copains de la revue.

Demain c’est Emilie Kochert qui s’y colle.


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Réussir l’école du socle - En faisant dialoguer et coopérer les disciplines

Francis Blanquart, Céline Walkowiak - ESF, 2013
Organisé de manière très concrète autour des pratiques scolaires de classe au collège et en 2de de lycée, cet ouvrage s’attache à tous les aspects de la pédagogie ouverte et innovante nécessaire à la réussite de « l’école du socle commun ».

Au lycée professionnel
Coordonné par Sabine Coste
octobre 2010

Comment travaille-t-on, enseignants et élèves, dans les lycées professionnels ? Comment fait-on :
- avec des publics souvent fâchés avec l’école, pas toujours convaincus par les perspectives d’orientation professionnelle qu’on leur propose, parfois décrocheurs ?
- avec de nouvelles prescriptions comme l’accompagnement personnalisé, le contrôle en cours de formation ?
- avec des ambitions de formation importantes, indispensables pour une économie moderne, mais bien difficiles à tenir dans le cadre du nouveau bac pro en trois ans ?
Les nombreux témoignages de ce dossier montrent le LP comme un lieu d’effervescence, et nous espérons qu’il intéressera à ce titre tous les enseignants. Si nul ne nie les difficultés et les inquiétudes, c’est bien l’optimisme de l’action qui prédomine.

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Published by christophe - dans Education Medias
5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 17:11

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Published by christophe - dans Musique