Vendredi 1 août 2014 5 01 /08 /Août /2014 17:58

 

Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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Vendredi 1 août 2014 5 01 /08 /Août /2014 17:25

Commune présence 

Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.

                                                         _______________________________________

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima? 

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part. 

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse. 

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas? 

                                                         _______________________________________

Si tu cries, le monde se tait: il s'éloigne avec ton propre monde.

Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie. Telle est la voie sacrée.

Qui convertit l'aiguillon en fleur arrondit l'éclair.

La foudre n'a qu'une maison, elle a plusieurs sentiers. Maison qui s'exhausse, sentiers sans miettes.

Petite pluie réjouit le feuillage et passe sans se nommer. Nous pourrions être des chiens commandés par des serpents, ou taire ce que nous sommes.

Le soir se libère du marteau, l'homme reste enchaîné à son coeur.

L'oiseau sous terre chante le deuil sur la terre.

Vous seules, folles feuilles, remplissez votre vie

Un brin d'allumette suffit à enflammer la plage où vient mourir un livre. L'arbre de plein vent est solitaire. L'étreinte du vent l'est plus encore.

Comme l'incurieuse vérité serait exsangue s'il n'y avait pas ce brisant de rougeur au loin où ne sont point gravés le doute et le dit du présent. Nous avançons, abandonnant toute parole en nous le promettant.

                                                         ______________________________________

Tes dix-huit ans réfractaires à l'amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu'au ronronnement d'abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d'abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisse-lyres, pour l'enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.

Cet élan absurde du corps et de l'âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c'est bien là la vie d'un homme! On ne peut pas, au sortir de l'enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.

Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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Vendredi 1 août 2014 5 01 /08 /Août /2014 17:08

Vive la rentrée !

Les grandes surfaces ont mis en ligne des tonnes et des tonnes de "fournitures scolaires". La rentrée, c'est maintenant, c'est toujours  ! Pas seulement les grandes enseignes mais aussi une myriade de sites Internet dégoulinant de produits tous plus colorés et attirants les uns que les autres. Beaucoup d'une inutilité absolue !...

La rentrée scolaire correspond à l'humeur du temps  : elle est marchande. A tous les sens du terme. Il faut marcher, marcher le long des gondoles, pas vénitiennes pour deux sous, mais organisées scientifiquement pour que les cerveaux des parents et rejetons soient sollicités en permanence et ne fonctionnent qu'en obéissant à des pulsions, celles de l'achat! Il n'est pas "utile" d'acheter. Non  ! Il est "obligatoire" de répondre à une exigence calendaire, celle de la rentrée. Et à la rentrée, on DOIT acheter, on DOIT fournir, on DOIT respecter la mode du moment, lui être dévouée, lui consacrer du temps, être docile et supporter les exigences de son enfant...

Est-il coupable  ? Evidemment pas. Son cerveau, comme celui des parents, a été préparé en amont. La famille déambule munie d'une liste pré-établie. A la télévision, à la radio on a matraqué les esprits dès le 1er août. Chaque marque redouble d'inventivité pour, non pas répondre à vos attentes, mais les créer  ! Enfants et parents, vous êtes innocents dans un monde coupable  ! Coupable d'avoir transformé ce moment, la rentrée scolaire, en vaste marché. Il est regrettable, pour le moins, de constater que le premier geste d'un écolier, d'un collégien, est un geste d'achat, un geste commercial, un acte marchand. Je n'ai rien contre le commerce. Il est nécessaire. En revanche, lorsqu'il se substitue à la réflexion et, de fait, n'a plus rien de "scolaire", lorsque l'Ecole devient la cible des publicitaires, des supermarchés et n'est plus qu'un coeur (de cible) à mettre en rayon, alors je m'interroge...

L'enfant et l'adolescent sont, dès le premier jour de la rentrée, sommés de comparer les fournitures achetés fin août, parfois bien avant. Pendant les premiers jours, nous (enseignants) n'avons pas des élèves assis devant nous, mais une ribambelles de filles et garçons "sandwichs" arborant les couleurs de leurs marques favorites. Faut-il s'en inquiéter  ? Dans l'immédiat, je ne le pense pas. Très vite, les élèves redeviennent des élèves et, que le stylo ou la trousse soient de telle ou telle marque, ils redeviennent des stylos et des trousses. L'élève accomplit son "métier d'élève" et oublie qu'il fut d'abord un consommateur bien dressé. Mais le "dressage" et ses effets s'inscrivent peu à peu dans la mémoire. Plus tard, l'adolescent devenu adulte, puis parent, ne manquera pas de faire pousser à ses enfants les mini-charriots que les communicants des supermarchés ont inventés afin d'habituer très tôt, dès cinq ou six ans, les chères têtes blondes et brunes à REMPLIR, à ACHETER, à CONSOMMER jusqu'à l'inutile  !  Surtout l'inutile  ! Rien de plus utile que l'inutile  ! Il faut en permanence le remplacer...

Vive la rentrée!... Surtout pour les marchands...

P.S.: Parents, sachez que plus de cinquante pour cent du contenu des cartables de vos enfants ne serviront à rien, ou à très peu...

Christophe Chartreux

Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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Vendredi 1 août 2014 5 01 /08 /Août /2014 16:49

http://merzeau.net/droit-a-l-oubli/

Rythmes scolaires : Aubervilliers opte pour le service minimum

Dans une des villes où la contestation contre les rythmes scolaires a été la plus virulente à la rentrée dernière, la nouvelle majorité Front de gauche a choisi de tout remettre à plat et ne propose plus aucune activité périscolaire. Un vrai gâchis, jugent certains parents, qui regrettent en outre le manque de concertation.

A Aubervilliers, la contestation contre la mise en place de la semaine de quatre jours et demi à l'école primaire a viré l’an dernier au bras de fer avec le maire socialiste Jacques Salvator qui a, depuis, perdu les élections. Dans cette ville de Seine-Saint-Denis devenue emblématique de la fronde contre la réforme des rythmes scolaires, la nouvelle majorité Front de gauche s’était engagée pendant la campagne municipale à tout remettre à plat et à mener enfin une concertation sur le sujet qui a, de l’avis de tous, cruellement fait défaut l’an dernier. Mais le projet de la ville pour la rentrée prochaine, présenté juste avant les vacances aux parents, laisse pourtant à beaucoup un goût amer. Si la ville, désormais dirigée par le communiste Pascal Beaudet, applique bien les neuf demi-journées réglementaires, avec des journées de classe commençant à 8 h 45 et se terminant à 15 h 45, avec le mercredi matin travaillé, elle ne propose pourtant plus aucune activité périscolaire sur les trois heures hebdomadaires dégagées par la réforme.

Ces activités sportives ou culturelles dont les élèves bénéficiaient gratuitement l'an dernier, ont été jugées par la nouvelle équipe municipale trop chères et sans grande plus-value. « Nous sommes déjà dans une situation de crise et de manque de moyens pour nos écoles, avec des enseignants non remplacés, des locaux dégradés. Le gouvernement veut nous imposer des exigences supplémentaires, mais sans mettre les moyens correspondants », plaide la première adjointe, Meriem Derkaoui, en charge de l’éducation, qui assume parfaitement la suppression de ces activités à la rentrée prochaine. « Faute de locaux, les écoles étaient transformées en hall de gare, dans une totale confusion entre ce qui relève du scolaire et le périscolaire. Nous avons donc choisi de redonner à l’école ce qui lui appartient, comme le demandaient les enseignants », explique-t-elle. Pour elle, le premier bénéfice de cette remise à plat – ou du détricotage de ce qu’avait fait la précédente majorité – est que le climat s’est enfin rasséréné autour de cette réforme.

L’an dernier, la mise en œuvre au forceps de la réforme, contre l’avis des conseils d’école de la ville et dans un climat de franche opposition du corps enseignant, avait engendré une rentrée scolaire sous haute tension. Quelques semaines après la rentrée, près de deux tiers des écoles de la ville avaient ainsi fermé en signe de protestation. L’organisation faite pour optimiser les locaux et les emplois du temps des personnels recrutés s’était avérée complexe, avec des écoles divisées en deux groupes et fonctionnant sur des rythmes différents. La qualité des activités périscolaires dans cette ville pauvre de Seine-Saint-Denis s’était aussi révélée très inégale. Alors que le maire sortant, Jacques Salvator (PS et Républicains), avait déclaré vouloir faire de sa ville une « tête de pont de la réforme des rythmes scolaires en Seine-Saint-Denis », il s’était surtout attiré les foudres des enseignants, mais aussi d’une majorité de parents, le dossier ne comptant sans doute pas pour rien dans sa défaite aux municipales.

Pourtant, le choix radical de la nouvelle majorité de supprimer ces activités fait quand même renoncer à une très importante enveloppe pour la ville. L’an dernier, la mairie avait ainsi touché près de 1,7 million d’euros d’aides publiques pour mettre en place ces activités périscolaires – pour un coût total de 3,6 millions d’euros – (780 000 euros de fonds d’amorçage, 405 000 euros de la Caisse d'allocations familiales, ainsi que le remboursement du coût salarial des emplois d’avenir embauchés dans ce cadre, 575 000 euros), selon les chiffres de l’actuel directeur des finances de la ville.

« C’est scandaleux qu’on en arrive à une telle impasse ! » juge le président de la fédération des parents d'élèves FCPE 93, Rodrigo Arenas, pour qui « à Aubervilliers, les enfants ont été pris en otages par des règlements de comptes locaux». « Rien ne justifie le fait que des mairies renoncent à organiser des activités périscolaires pour les gamins. Comment se fait-il que dans des villes pourtant pas riches comme Clichy-sous-Bois, Stains ou Sevran, ce soit possible ? À un moment, il s’agit de choix politique de la part la ville. » Un parent d’élève, pourtant très remonté contre la manière dont la réforme avait été appliquée l’année dernière, a lui aussi le sentiment « d’un immense gâchis ».

« Le coût net direct (du maintien des activités périscolaires) pour le contribuable communal s'établirait donc à 1,8 million d'euros. Cette somme équivaut à 4 % d'impôts locaux. C'est énorme et clairement insupportable », affirme Gaël Hilleret, directeur des finances de la ville.

L’aide publique, toujours pas pérenne puisqu’elle provient pour l’essentiel d’un fonds d’amorçage dont le ministre Benoît Hamon reconnaît lui-même que le maintien n’est pas acquis dans les années à venir, relève donc du mirage.

« Nous ne renonçons pas à cette somme. Il vaut mieux voir qu’on ne dépensera pas plus d’un million d’euros pour une réforme qui n’a fait que des mécontents. Avec ces sommes, on pourra se consacrer à d’autres priorités, comme la réhabilitation de certains bâtiments », assure Meriem Derkaoui.

La nouvelle majorité s’était-elle néanmoins suffisamment préparée sur ce dossier ? Au vu du déroulement des quelques réunions de concertation mises en place juste après les élections, certains parents en doutent. « Ces réunions ont un peu servi de défouloir contre tout ce qui n’avait pas marché l’an dernier, raconte une mère d’élève. Et il n’y a pas vraiment eu d’espace pour construire un projet. On a même eu le sentiment que la nouvelle équipe n’avait pas réfléchi à grand-chose. » La chargée de l’enfance reconnaît d’ailleurs qu’elle est personnellement favorable au retour de la semaine de quatre jours – une position extrêmement minoritaire qui va à l’encontre de l’appel de Bobigny signé par la quasi-totalité des syndicats enseignants et des associations de parents.*

Si les associations qui ont répondu aux appels d’offres l’an dernier sont évidemment très déçues, la ville précise qu’elles n’avaient été engagées que pour un an et que la fin des activités périscolaires n’engendrera aucun licenciement sec. Pour la nouvelle municipalité Front de gauche, cela aurait quand même un peu fait désordre. Une chose est sûre : le budget de l’éducation devrait être considérablement réduit du fait de cette nouvelle politique.

Lucie Delaporte

http://www.mediapart.fr/journal/france/010814/rythmes-scolaires-aubervilliers-opte-pour-le-service-minimum

* Là c'est TRES grave docteur!/Le webmaster

Par christophe - Publié dans : profencampagne - Communauté : Pédagogie-Education.
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Vendredi 1 août 2014 5 01 /08 /Août /2014 16:17
Jean-Baptiste Greuze - Ecolier endormi sur son livre

Synonyme de servitude pour l’Antiquité, le travail est devenu une valeur des sociétés modernes. Et si la paresse nous mettait sur la voie d’une société plus juste favorisant l’épanouissement de chacun ?
« Bouge pas comme ça, tu me fatigues », lance Alexandre à son chien. « Toi aussi, faut que tu remues, que tu cavales, mais qu’est-ce qu’ils ont tous ? On a le temps. Faut prendre son temps. Faut prendre le temps de prendre son temps. » Un an avant 1968, Yves Robert dans le film Alexandre le Bienheureux nous conviait à un hymne à la paresse à travers le portrait d’un homme qui, à la mort de sa femme, décide de tout plaquer et de se reposer enfin, au grand dam des autres.
Car la paresse dérange quand elle n’est pas odieuse. Si rares sont ceux aujourd’hui à y voir un péché au sens fort, elle reste l’objet d’une sérieuse désapprobation morale. « La paresse est mère de tous les vices », répète-t-on à l’envi. Travailler c’est bien, fainéanter c’est mal. La messe est dite.
Mais pourquoi, alors qu’il est si doux de lézarder, le travail est-il tant valorisé ? C’est une longue histoire qu’éclaire Dominique Méda, dans Le Travail. Une valeur en voie de disparition (Flammarion, 1995). Dans la Grèce et la Rome antiques, l’activité productive à laquelle l’homme est astreint pour satisfaire ses besoins matériels et sa survie n’est guère valorisée. Les esclaves pourvoient aux tâches serviles pour que les hommes libres puissent se consacrer à ce qui est proprement humain : l’art, la philosophie, la politique… Une conception que l’on retrouve dans l’opposition que font les Romains entre otium et labor : l’otium est le loisir dans lequel l’homme s’épanouit, le travail est une servitude.  
On travaille trop !
Il faudra bien des siècles pour renverser cette échelle de valeurs et faire du travail non plus seulement une nécessité mais une valeur. Un renversement que le christianisme seul ne suffit pas à expliquer même s’il le prépare (encadré p. 33). En réalité, ce n’est qu’à la fin du Moyen Âge que la valorisation du travail prend véritablement son essor. Peu à peu, au fil des siècles, l’otium devient synonyme de paresse et le travail une valeur centrale. L’économie politique au xviiie siècle, Adam Smith au premier chef, perçoit le travail comme le principal facteur de création de richesse et le centre de la vie sociale. Le xixe siècle va plus loin encore en en faisant l’essence même de l’homme. Ainsi pour Karl Marx, l’homme est devenu ce qu’il est par le travail : c’est le travail qui modèle le monde et la nature et qui humanise l’homme en lui permettant d’exprimer son individualité. Mais si Marx valorise l’essence du travail, c’est aussi pour condamner le travail réel, le travail aliéné où l’homme est asservi et exploité. Reste que le travail en lui-même n’est pas condamné, loin de là. Il doit échapper à ce qu’en a fait le capitalisme pour devenir ce qu’il doit être : un lieu d’épanouissement. Le travail est peu à peu devenu le centre de la vie sociale et de la vie productive.
 
Quelques voix s’élèvent pourtant. Telle celle de Friedrich Nietzsche dans un texte intitulé « Les apologistes du travail » qui interroge les vrais ressorts de cette moralisation : « Dans la glorification du “travail”, dans les infatigables discours sur la “bénédiction” du travail, je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd’hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir –, qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance.
Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. » Paul Lafargue, le gendre de Marx, dénonce pour sa part un productivisme insensé et malsain : « Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture (1). » Contre ceux qui défendent le droit au travail, il prône au contraire un droit à la paresse et considère qu’il ne faudrait pas travailler plus de trois heures par jour. Quelques décennies plus tard, Bertrand Russell dans son Éloge de l’oisiveté (2) fait un constat similaire : « Le fait de croire que le travail est une vertu est la cause de grands maux dans le monde moderne ; (...) la voie du bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail. » La technique, les progrès de la productivité peuvent nous permettre d’échapper à la servitude en réduisant drastiquement le temps de travail.
Mais qu’il s’agisse de B. Russell ou de P. Lafargue, l’apologie de l’oisiveté n’est pas celle de la pure inactivité. Il s’agit plutôt de défendre les activités non productives et librement choisies. C’est ce qu’explique B. Russell : « Quand je suggère qu’il faudrait réduire à quatre le nombre d’heures de travail, je ne veux pas laisser entendre qu’il faille dissiper en pure frivolité tout le temps qui reste. Je veux dire qu’en travaillant quatre heures par jour, un homme devrait avoir droit aux choses qui sont essentielles pour vivre dans un minimum de confort, et qu’il devrait pouvoir disposer du reste de son temps comme bon lui semble. » Ne pas travailler, ce n’est pas nécessairement ne rien faire, c’est faire autre chose.  
La vie n’est pas que production
La question de la place du travail dans la société est aujourd’hui plus vive que jamais. Le développement des technologies a permis une augmentation importante de la productivité et a soulagé les hommes de nombreuses tâches ingrates ; pourtant le travail occupe encore une très large place dans nos existences. Alors que c’est encore sur lui que repose largement la distribution des richesses, il n’est pas également réparti. Une frange de la population s’en trouve exclue et souffre tant des conditions matérielles à laquelle elle est réduite que du regard porté sur elle. Pour l’économiste Jeremy Rifkin, dont le livre La Fin du travail (La Découverte, 1996) suscita un large débat, le travail est sur la pente d’un inexorable déclin. Du fait de l’automatisation et de l’informatisation, une large part des emplois dans tous les secteurs d’activité est amenée à disparaître et à rendre inutile une large partie de la population active. Face à ce problème social, il préconise de réduire le temps de travail, de repenser la distribution des richesses autrement que sur la base de la production et de développer davantage ce qu’il appelle le « tiers secteur », autrement dit l’économie sociale et la sphère associative qui œuvrent au bien-être d’autrui. Une vision qui rejoint celle de D. Méda : elle en appelle également à désenchanter le travail, c’est-à-dire à relativiser sa place dans nos sociétés au profit des activités sociales et politiques, qui développent l’autonomie et la coopération. La vie humaine ne se résume pas à la production.
 
Travailler moins, est-ce paresser ? Non, soutient Guillaume Duval (3) qui, chiffres à l’appui, fait état de l’excellente productivité des Français. Malgré les 35 heures, le Bureau of Labor Statistics du ministère fédéral américain du Travail établit ainsi qu’un Français produit davantage de richesses qu’un Anglais, un Allemand ou un Japonais… Les 35 heures sont parvenues à réduire le temps de travail des 25-54 ans, sur lesquels la pression productive est très forte en France par rapport aux autres pays, et à accroître le temps global de travail tout au long de la vie : la part des 15-25 ans qui occupent un emploi est passée de 25 % en 1997 à 30 % en 2001 et celle des 55-64 ans de 28 % en 1998 à 35 % en 2002. Bien utile pour limiter le chômage des jeunes et contribuer au financement des régimes sociaux des plus âgés.  
Une question de survie?
Conclusion de G. Duval : « Si, du fait des mesures adoptées récemment, les 25-54 ans se mettent à travailler de nouveau plus longtemps, il ne faudra pas s’étonner que le chômage diminue peu malgré le départ en retraite des baby-boomers, ni qu’il soit difficile de faire reculer l’âge effectif de départ en retraite des salariés. Le “travailler plus” fait en effet très rarement bon ménage avec le “travailler tous”. » N’en déplaise donc, les Français avec les 35 heures ne sont pas devenus paresseux, loin de là.
 
Mais la réduction du temps de travail est-elle suffisante ? N’est-ce pas toute une échelle de valeurs et un mode de vie qu’il convient de construire ? Ne pourrait-on pas concevoir une société où chacun serait libre de choisir de travailler plus ou moins ? Le film Attention danger travail (4) éclairait ainsi le choix de ceux qui ont pris le parti en dépit de tout de ne pas travailler. Loin de l’image du chômeur déprimé, ils montrent qu’il est possible de s’épanouir et d’avoir une vie sociale riche hors du travail. Les tenants de la décroissance enjoignent pour leur part à consommer moins, à travailler moins et à réformer en profondeur les modes de vie et notamment notre consommation. Une question de survie expliquent-ils, pour réduire l’impact écologique et le prélèvement des ressources naturelles, mais aussi une volonté de promouvoir d’autres valeurs : l’altruisme, la coopération, le loisir… Outre que cela favoriserait notre épanouissement, un peu de paresse sauverait-il le monde ? Ce n’est peut-être pas si improbable. De quoi justifier en tout cas pour l’auteure de ces lignes qu’elle s’autorise un peu de repos.  
NOTES
(1) Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, 1880,
rééd. L’Altiplano, 2007.
(2) Bertrand Russell, Éloge de l’oisiveté, 1932, rééd. Allia, 2002.
(3) Guillaume Duval, « Les Français sont-ils
des paresseux ? », in Sommes-nous des paresseux ? Et 30 autres questions sur la France et les Français, Seuil, 2008.
(4) Pierre Carles, Christophe Coello et
Stéphane Goxe, Attention danger travail,
film documentaire, 2003.
POUR EN SAVOIR PLUS
Le Travail. Une valeur en voie de disparition
Dominique Méda, Flammarion, coll. « Champs », 1995.
Misères du présent. Richesse du possible
André Gorz, Galilée, 1997.
La Condition de l’homme moderne
Hannah Arendt, 1958, rééd. Pocket, coll. « Agora », 2007.
La Fin du travail
Jeremy Rifkin, La Découverte, 1996.
Notre paresse. Vice et vertu
Camille Saint-Jacques, Autrement, 2005.
Catherine Halpern
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