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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 14:18
Published by christophe - dans Musique
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 13:29
Un Jour... Un Auteur... Colette (et Willy)...

Chers bois! Je les connais tous; je les ai battus si souvent. Il y a les bois-taillis, des arbustes qui vous agrippent méchamment la figure au passage, ceux-là sont pleins de soleil, de fraises, de muguet, et aussi de serpents. J'y ai tressailli de frayeurs suffocantes à voir glisser devant mes pieds ces atroces petits corps lisses et froids; vingt fois je me suis arrêtée, haletante, en trouvant sous ma main, près de "la passe-rose", une couleuvre bien sage, roulée en colimaçon régulièrement, sa tête en dessus, ses petits yeux dorés me regardant; ce n'était pas dangereux, mais quelles terreurs! Tant pis, je finis toujours par y retourner seule ou avec des camarades; plutôt seule, parce que ces petites grandes filles m'agacent, ça a peur de se déchirer aux ronces, ça a peur des petites bêtes, des chenilles velues et des araignées des bruyères, Si jolies, rondes et roses comme des perles, ça crie, c'est fatigué, insupportables enfin.

Published by christophe - dans Littérature
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 12:31
Vivement la rentrée!...

Chers amis,

Mes vacances d'été s'achèvent dans la canicule béarnaise au pied de mes Pyrénées d'adoption. Je les retrouverai à la Toussaint.

Dans quelques jours, avec collègues et élèves, je retrouverai "mon" collège, mes élèves.

J'attends ce moment avec une impatience plus grande, bien plus grande, que les années précédentes.

Pour la première fois depuis si longtemps, j'ai la certitude de COMMENCER quelque chose bien plus que RE-commencer.

Une réforme, décriée ou soutenue, va permettre de COMMENCER à regarder et à pratiquer le collège de manière différente.

Il était temps!

Pouvions-nous décemment continuer d'accepter un collège qui, entre autres défauts récurrents et dénoncés par tous, participait au creusement des écarts entre élèves, reproduisait les inégalités dans un élitisme dynastique bien plus que républicain, abandonnait 150 000 enfants sur le bord du chemin, les trop tristement fameux décrocheurs.

Alors, que des chroniqueurs très engagés à droite, voire à droite de la droite, comme le triste Jean-Paul Brighelli nous expliquant sans rire que c'est "l'inégalité qui crée de l'égalité" (??!!), comme des collègues très engagés contre cette réforme mais ne proposant que le statu quo, comme des intellectuels nous affirmant que la civilisation est en danger (??!!), que tous ceux-là continuent de s'y opposer, c'est une erreur, une perte de temps et un mauvais combat.

La réforme du collège a été débattue. On n'a même fait que ça depuis plus de trois ans! Voire plus si l'on se plonge dans l'Histoire de l'Education.

Le temps est venu, dès jeudi, de prendre en main, ENSEMBLE et sans rancoeur les uns à l'encontre des autres, les nombreux outils à notre disposition, avec comme premier moyen notre volonté COMMUNE de voir nos élèves, TOUS nos élèves, aller vers la maximisation de leurs possibilités de réussite!

Cette réforme doit être la première pierre d'une construction permanente. Gare à l'échec! Rien ne serait pire que d'y participer!

Des volontés obscures attendent 2017 pour imposer une autre école, celle du rejet, de la sélection TRES précoce, de l'orientation par défaut, de la remise en question de nos statuts, d'une formation supprimée... Une Ecole contre la République...

Si c'est cela que nous voulons...

Mais je ne peux y croire...

Bonne rentrée à toutes et à tous!

Christophe Chartreux

Published by christophe - dans college2016
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 10:52
«Rien n'a plus mauvaise réputation que de lancer un appel aux bons sentiments»...

Dans son dernier ouvrage, voyage dans l’histoire de la langue, la philosophe retrace l’évolution de l’expression «bons sentiments», qui n’a pas toujours eu la connotation négative qu’on lui accole aujourd’hui.

Notre époque est-elle allergique à la sentimentalité ? Associés au miel, à la guimauve, les «bons sentiments» dégoulinent. Mièvres, artificiels, paresseux, ils sont systématiquement moqués, dénigrés, méprisés. Comment une chose qualifiée de bonne en vient-elle à signifier son contraire ? Dans Traité des bons sentiments, qui sort la semaine prochaine aux éditions Albin Michel, la philosophe et dramaturge Mériam Korichi explore les différents usages de l’expression «bons sentiments» et analyse un brouillage de sens derrière l’évidence de la formule. Il n’a d’ailleurs pas toujours été de bon ton de critiquer les bons sentiments. Et si, aujourd’hui, à travers la multiplication de foules pacifistes comme celles du 11 janvier ou de Nuit debout, les bons sentiments reprenaient une connotation positive ?

Anastasia Vécrin

L'entretien est à lire en cliquant ci-dessous. Passionnant!

Published by christophe - dans sociologie Philosophie
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 08:04
Silence d’or, parole de plomb...

Telle une musique d’ambiance, la parole ne cesse de se déverser par divers porte-voix. Mais pour établir une communication fructueuse, il faut donner du temps à la pause, celle-là même qui implique une réflexion porteuse du sens enfin retrouvé.

Nous sommes désormais immergés dans la continuité du bruit. Le monde résonne sans relâche des instruments techniques de communication dont l’usage accompagne la vie personnelle ou collective. Mais la parole elle-même est sans fin, relayée par tant de porte-voix. Non pas celle toujours renaissante, heureuse, de la conversation qui donne chair à la sociabilité, mais celle des réseaux sociaux, des haut-parleurs dans les villes, la musique d’ambiance qui vise à réguler la tonalité affective d’un lieu, ou la parole désincarnée médiatisée par les téléphones portables que nous sommes souvent contraints d’écouter dans les rues, les cafés ou les transports en commun. Cette parole qui ne sait plus se taire court le risque de ne plus être écoutée, elle est là, envahissante et intolérable pour les uns, et rassurante pour les autres, égarés sans l’enveloppe sonore qui les protège du sentiment d’insignifiance. Elle érige une communication fondée sur le seul contact, où l’information est secondaire, où il importe plutôt de manifester la continuité du monde. Comme la musique, elle se transforme en données d’ambiance, bruissement régulier et sans conséquence dans son contenu, essentielle seulement par sa forme. Son message ne cesse de rappeler que le monde existe encore et toujours.

La «communication», en tant qu’idéologie moderne, est une confirmation réitérée des individus dans leurs positions réciproques de locuteurs et de récepteurs, une manière de situer des limites sécurisantes pour les uns et les autres sur le mode d’un service rendu : «Tu es là, tu existes puisque tu m’entends, et moi j’existe puisque je te parle.» Communication phatique qui insiste seulement sur le contact, la teneur du message étant souvent accessoire. Nous ne cessons de communiquer, mais nous nous rencontrons de moins en moins. Une parole sans présence reste sans effet concret sur un auditeur sans visage et sans corps.

La tyrannie de la communication

Internet, les réseaux sociaux, les portables sont une interruption permanente du silence de la vie, leur bruit prend la place des anciennes conversations. Avant l’arrivée du portable, les gens se parlaient à la table familiale, au restaurant, dans les cafés, les transports en commun, sur le chemin du travail ou du domicile, désormais le téléphone en main, chacun autour de la table, ou en marchant avec les autres, consulte ses mails ou envoie un SMS, en distribuant un mot de temps en temps comme pour rappeler aux autres à ses côtés qu’ils existent quand même malgré la parenthèse.

Dans ce contexte de tyrannie de la communication, le vrai drame serait le silence des médias, une panne généralisée des ordinateurs, une impossibilité de fonctionnement des téléphones portables, bref un monde livré à la parole et aux visages des plus proches, à la seule appréciation personnelle. L’homme est désormais un lieu de transit voué à recueillir un message infini qui ne le concerne que de manière périphérique pour le confirmer le plus souvent dans son existence à défaut d’autre chose.

La force signifiante de la parole se discrédite ou s’émousse dans l’impératif de dire, de tout dire, que rien ne soit tu, que règne une transparence sans défaut qui ne laisse en friche aucune zone de secrets, aucune zone de silence. La prolifération technique de la parole la rend inaudible, interchangeable, disqualifie son message ou impose une attention particulière pour l’entendre dans le brouhaha qui l’entoure. La communication est moins prodigue de sens que d’une voix bavarde et sans conséquence, elle est toujours essoufflée par la vitesse de son élocution et de son obsolescence.

Se taire pour être entendu

L’hémorragie du discours naît de l’impossible suture d’un silence désormais transformé en un temps d’angoisse, dénué de signification propice. La communication qui tisse interminablement ses fils dans les mailles de la trame sociale est sans lacune, elle se donne sur le mode de la saturation, elle ne sait pas se taire pour être entendue, elle manque du silence qui lui donnerait un poids, une force. Et le paradoxe de cet écoulement sans fin, c’est qu’elle perçoit le silence comme son ennemi juré : aucun blanc à la télévision ou à la radio, par exemple, impossible de laisser passer en fraude un instant de silence. Toujours règne un flux ininterrompu de paroles ou de musiques comme pour conjurer la menace d’être enfin entendu. Toute pause, même en marchant dans la rue, devient source d’inquiétude pour d’innombrables piétons, et pas seulement les adolescents, qui ne cessent de tenir leur portable à l’œil et avancent comme tirés en avant par lui, ou ne cessent de le sortir de leur poche dans la hantise de manquer un SMS d’une minute.

L’impératif de communiquer, au sens moderne du terme, est une mise en accusation du silence, comme il est une éradication de toute intériorité. Il ne laisse pas le temps de la réflexion ou de la flânerie, car l’exigence de réactivité l’emporte. Il faut rester branché ou connecté, éternellement disponible. Le péché dans ce contexte est de «mal» communiquer, plus répréhensible encore, impardonnable, est de se taire. L’idéologie de la communication assimile le silence au vide, à un abîme, elle ne comprend pas que parfois c’est la parole qui est la lacune du silence.

Le silence est l’ennemi juré de l’homo communicans, sa terre de mission, le bruit le plus nocif à ses yeux, le plus impensable. Il implique en effet une intériorité, une délibération, une distance prise avec la turbulence des choses, une patience. Le silence devient un vestige archéologique, un anachronisme, il produit le malaise, la tentative immédiate de le juguler comme un intrus. Il rappelle les efforts qui restent encore à fournir pour que l’homme accède enfin au stade glorieux de l’homo communicans : la connexion généralisée et instantanée de tous dans la transparence et la liquidation d’une intériorité perçue comme un abîme. Simultanément le silence résonne comme une nostalgie. Cette ébriété de parole rend enviable le repos, la jouissance de penser enfin l’événement et d’en parler en prenant le temps, dans le rythme d’une conversation qui avance à pas d’homme en s’arrêtant enfin sur le visage de l’autre.

David Le Breton Sociologue, auteur de Du silence et Disparaître de soi, une tentation contemporaine, Ed. Métailié, 2015.

Published by christophe - dans sociologie Communication
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 07:39
Une phrase... Un matin... Vérité...

“Vérité révélée contre vérité argumentée, le débat est l'un des plus difficiles qui soit, précisément parce que la révélation exclut en principe l'idée même de débat.”

Mireille Delmas-Marty / Le Monde de l'éducation - Juillet - Août 2001

 

Published by christophe - dans Citation
26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 17:22
Published by christophe - dans Musique
26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 16:48
Un Jour... Un Auteur... Daniel Pennac...

"Donc, j’étais un mauvais élève. Chaque soir de mon enfance, je rentrais à la maison poursuivi par l’école. Mes carnets disaient la réprobation de mes maîtres. Quand je n’étais pas le dernier de ma classe, c’est que j’en étais l’avant-dernier. (Champagne !) Fermé à l’arithmétique d’abord, aux mathématiques ensuite, profondément dysorthographique, rétif à la mémorisation des dates et à la localisation des lieux géographiques, inapte à l’apprentissage des langues étrangères, réputé paresseux (leçons non apprises, travail non fait), je rapportais à la maison des résultats pitoyables que ne rachetaient ni la musique, ni le sport, ni d’ailleurs aucune activité parascolaire.

— Tu comprends ? Est-ce que seulement tu comprends ce que je t’explique ?

Je ne comprenais pas. Cette inaptitude à comprendre remontait si loin dans mon enfance que la famille avait imaginé une légende pour en dater les origines : mon apprentissage de l’alphabet. J’ai toujours entendu dire qu’il m’avait fallu une année entière pour retenir la lettre a. La lettre a, en un an. Le désert de mon ignorance commençait au-delà de l’infranchissable b.

— Pas de panique, dans vingt-six ans il possédera parfaitement son alphabet."

Published by christophe - dans Littérature
26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 10:11
Lettre aux futur-e-s enseignant-e-s...

Ecrit un jour de juin, il y a quelques temps...

"Chère H...

Mais ce pourrait être "Chère A...", "Cher R...". Ce pourrait être tous ces collègues qui, dans quelques jours désormais, vont "faire classe"... Vont passer du statut de "stagiaire" à celui de "titulaire"...

Je t’ai rencontrée en septembre, puis côtoyée sans vraiment te parler ni te connaître pendant ces quelques premiers mois. Jeune professeur-stagiaire, j’ai lu ton enthousiasme. Tu débutes dans la carrière et je me suis bien gardé de t'accabler de conseils. Qui suis-je pour être un « conseilleur » ?

Alors nous avons vécu, en parallèle, toi ne sachant même pas que, sans indiscrétion aucune, je t’ "observais"…

Ce métier, en collège en tout cas et je ne connais que lui, offre toutes les occasions imaginables de travailler ensemble, de partager nos expériences, d’échanger nos idées. Et pourtant nous ne le faisons que rarement. Il faut parfois des années à deux enseignants du même établissement pour s’apercevoir un jour que bien des choses les rapprochent. Mais voilà, chacun ferme sa porte de salle de classe, ne l’ouvre que pour faire entrer les élèves du groupe suivant. Puis vient la sonnerie, celle d’une fin de journée qui pour les uns se termine à midi, pour d’autres à quatorze heures…Nous nous croisons bien plus que nous ne nous voyons…

Oh bien sûr, il y a les récréations, la machine à café et la cantine… Mais les dialogues sont toujours un peu les mêmes, les propos sont pesés et soupesés… De quel droit pourrais-je te demander ce que tu fais dans ta classe, comment tu parviens à obtenir de Cécile ou de Mokhtar ce que je n’obtiens pas ? De quel droit pourrais-je te dire que j’ai fait lire Sébastien, que Marie apprend ses leçons alors qu’avec toi elle n’y parvient pas ? Ou inversement... Oui, de quel droit ?

Un jour en réunion je te dirai peut-être tout bas comme un élève soucieux de ne pas se faire "prendre": " Vas-y, dis ce que tu as à dire… allez… "

Curieux métier qui nous fait tant parler à nos élèves mais si peu ou si mal DE nos élèves… Un jour, H., tu la prendras cette parole à ton tour… Tu seras alors entrée vraiment dans la carrière. Espérons qu’on t'entende plus qu'on ne t’écoute… Mais ça, c’est une autre histoire…

Dans quelques mois les vacances d'été vont séparer les collègues. Je penserai souvent à toi, jeune enseignante car je me suis revu en toi il y a plus de trente ans. Moi non plus je ne parlais pas beaucoup. Je ne partageais pas. Je ne partage toujours pas plus que nécessaire… Par pudeur sans doute… Par très mauvaises habitudes que je combats pourtant... 

Notre profession souffre, nous et nos élèves avec, de tous ces lourds silences, de ces portes closes sur nos pratiques et le poids du secret étouffe nos enthousiasmes. Parlons-nous ! Engueulons-nous même s’il le faut ! Cela vaudra toujours mieux que tous les non-dits… Travailler en équipe ne doit pas être qu'un slogan...

Chère H., je te souhaite d’aimer ce métier, le plus beau du monde. Tu l'aimes déja... Cela se voit et s'entend... Je te souhaite de ne pas voir passer les heures, les jours ni les années. Je te souhaite de croiser des regards et des sourires sur les visages de tes élèves, ces regards et ces sourires qui nous font les aimer, les haïr aussi…Cela arrive…

N'oublie pas aussi, de t'adresser, non pas seulement à ta classe, mais à chacun de tes élèves. Parle à ton groupe comme si tu ne t'adressais qu'à Claire, la petite timide du second rang, ou à Farida mise un peu à l'écart par son français approximatif, ou encore à David, Pierre, Mokhtar, Elise, à chacune et à chacun... Laisse-les répondre et surtout, oh oui surtout, permets-leur toujours de te poser des questions, d'être curieux, de vouloir savoir et de le dire!

Quant à toi, H, dis ce que tu penses, fais ce que tu dis, ne trahis jamais tes engagements et dans trente ans, en repassant le film, tu n'auras aucun regret !

Nous voilà fin août... Tu es Professeure !

Fais-toi plaisir, partage-le avec tes élèves et...bon voyage!

Christophe Chartreux

Published by christophe - dans Education Pédagogie
26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 09:58
Najat Vallaud-Belkacem : « Je me suis attachée à l’école comme à une bouée »...

EXTRAITS

(...)

Nous posons cette même question à tous ­nos interlocuteurs : en quoi l’école a fait de vous ce que vous êtes ?

J’ai tant de souvenirs, bons et moins bons, qu’il est difficile d’en isoler un. Globalement, je dirais que j’ai été heureuse à l’école. A chaque rentrée scolaire, j’en ai repris le chemin avec enthousiasme. J’ai vécu jusqu’à 4 ans au Maroc, j’y ai côtoyé mes cousins et cousines, et j’étais consciente qu’ils allaient peu à l’école, surtout les petites filles. Je vivais dans un hameau de 300-400 habitants où les maisons n’avaient pas l’électricité, où l’on ne voyait presque jamais de voitures. Je ne suis pas passée d’une grande ville du Maroc à Abbeville puis Amiens, où ma famille s’est installée : j’ai débarqué, toute petite, dans un pays dont je ne connaissais rien, même pas la langue.

Comment avez-vous vécu ce contraste ?

Ça a été un vrai choc. Je me suis attachée à l’école comme à une bouée. Après un bref passage – quelques semaines à peine – dans un « dispositif d’accueil », je suis allée en maternelle, puis j’ai commencé l’école primaire à Amiens. Ce fut pour moi un vrai plaisir d’y trouver un cadre sécurisant, en même temps que la réponse à un besoin vital : déchiffrer ce monde nouveau, comprendre ce que les gens disaient dans la rue, ce qu’on voyait à la télévision…

(...)

Au collège, je me souviens très bien de ma prof de lettres et de mon prof d’histoire-géo. C’est sans doute banal, mais les enseignants qui m’ont marquée sont ceux que je sentais passionnés, ceux qui ne lésinaient pas sur les discussions après le cours, qui ouvraient l’horizon de leurs élèves et allumaient des petites lumières dans leur imaginaire en leur parlant du dernier livre qu’ils avaient lu ou de la dernière pièce de théâtre qu’ils avaient vue. Je me souviens d’ailleurs d’un très beau projet de théâtre, autour de Molière, mené dans une MJC, alors que j’étais en 3e. J’y ai vu certains de mes camarades littéralement se transformer, prendre confiance en eux, avoir envie de briller, s’intéresser soudain aux codes de la réussite, c’est-à-dire au travail, à la mémorisation, à la répétition…

(...)

La ministre de l’éducation est issue des ZEP : voilà une belle histoire sur laquelle, pourtant, vous semblez éviter de vous attarder. Pourquoi ?

Je n’ai pas à me plaindre et je ne tire pas de mon expérience personnelle une quelconque volonté de revanche. Contrairement à d’autres, j’ai surtout une conscience aiguë que l’école d’aujourd’hui, avec ses défis nombreux et nouveaux, est très différente de celle que j’ai connue il y a trente ans. Puiser dans ses souvenirs n’est pas le plus grand service à lui rendre.

Mon histoire scolaire s’est jouée en ZEP, mais elle n’est pas l’histoire véridique du système scolaire. Je regrette que, ces dernières années, on ait trop personnalisé le jeu politique en faisant tourner les discours, les projets, les réformes autour d’individus plutôt que d’idées. Je refuse de céder à cette tentation facile. Mon parcours fait partie des exceptions : je ne veux pas être l’arbre qui cache la forêt. C’est a posteriori, quand j’ai quitté Amiens et ses quartiers nord pour accéder à une grande école, que j’ai pris conscience du fossé, immense, entre mon devenir et le sort de la majorité de mes camarades d’Amiens-Nord.

(...)

Propos recueillis par Mattea Battaglia et Luc Cédelle

L'ITW est accessible dans sa totalité en cliquant ci-dessous

Published by christophe - dans Education Rentrée scolaire